(25 octobre 1796).
_Au directoire exécutif._
Nous sommes en mouvement: l'ennemi paraît vouloir passer la Piave pour
s'établir sur la Brenta; je le laisse s'engager: les pluies, les mauvais
chemins, les torrens m'en rendront bon compte.
Nous verrons comme cela s'engagera. Je vous prie de me dire la conduite
que je dois tenir à Trieste, si jamais, après la saison des pluies et
une bonne victoire, j'étais obligé de porter la guerre dans le Frioul.
Si vous pouviez envoyer trois frégates dans l'Adriatique, elles seraient
utiles dans toutes les hypothèses.
La paix avec Naples et Gênes, notre situation avec les peuples, et les
troupes que vous annoncez, vous assurent l'Italie, si elles arrivent. La
vingt-neuvième demi-brigade, partie de Paris, forte de 4,000 hommes,
est arrivée ici à 1100. Si Willot ne retient que 2,000 hommes, la
quatre-vingt-troisième devrait déjà être en marche. Cette très-bonne
demi-brigade est forte de 2,500 hommes: elle se repose depuis un an;
elle devrait, selon mes ordres, être déjà à Nice. Si je l'ai avant les
grands coups, comme il paraît que j'aurai la quarantième, j'espère
non-seulement battre les Autrichiens, prendre Mantoue, mais encore
prendre Trieste, obliger Venise à faire ce que l'on voudra, et planter
nos drapeaux au Capitole.
Il sera nécessaire d'envoyer en Corse au moins 1200 hommes; il serait
bon que quelques frégates se rendissent à Ajaccio et à Saint-Florent,
pour se faire voir.
Si vous envoyez quelques frégates dans l'Adriatique, il serait bon qu'un
officier de l'équipage vînt se concerter avec moi pour choisir un point
pour les protéger et de correspondance. Il serait bon qu'une grosse
gabarre vînt à l'embouchure du Pô, je la chargerais de chanvre et de
bois de construction: elle pourrait en place nous apporter trois mille
fusils, dix mille baïonnettes, deux mille sabres de chasseurs et de
hussards, quatre mille obus de six pouces, mille boulets de 12, et six
mille boulets de 18: ce sont des choses dont nous avons toujours
besoin. Je ne vois que ce moyen pour que la marine ait bientôt des
approvisionnemens, qui sont abondans dans le Ferrarais et la Romagne.
Si l'on craint de manquer de blé au printemps, l'on peut envoyer des
bateaux à l'embouchure du Pô, je ferai filer tout le blé que l'on
voudra.
Les neiges tombent, cela n'empêche pas de se battre dans le Tyrol. Il ne
sera pas impossible que j'évacue Trente: j'en serais fâché, les habitans
nous sont très-affectionnés; je ne le ferai qu'au moment où cela sera
utile: je n'y pense pas encore.
Wurmser est à la dernière extrémité; il manque de vin, de viande et de
fourrage; il mange ses chevaux et a quinze mille malades. Il a trouvé le
moyen de faire passer à Vienne la proposition que je lui ai faite. Je
crois que nous serons bientôt aux mains ici: dans cinq décades, Mantoue
sera pris ou délivré. S'il m'arrive seulement la quatre-vingt-troisième
et la quarantième, c'est-à-dire, cinq mille hommes, je réponds de tout;
mais, une heure trop tard, ces forces ne seront plus à temps. Si j'étais
forcé de me replier, Mantoue serait secouru.
Je fais travailler à force à fortifier Pizzighitone et le château de
Tresso, sur l'Adda, ainsi que nos deux ponts sur le Pô.
Six cents matelots ou soldats faits prisonniers par les Anglais sont
arrivés de Bastia à Livourne. Lorsque vous enverrez des troupes en
Corse, je crois que vous ferez bien de ne choisir, pour y commander,
aucun général ni commandant de place, de ce pays.
On a le projet, à ce que j'apprends, de donner une amnistie générale en
Corse: il faut, à ce que je crois, en excepter: 1°. les quatre députés
qui ont porté la couronne à Londres; 2°. les membres du conseil d'état
du vice-roi, composé de six personnes; enfin les émigrés, qui étaient
portés comme tels sur les registres du département. Je crois que c'est
la seule mesure de rendre l'amnistie sûre, cela n'en exceptera que douze
ou quinze; sur tant de coupables, c'est être indulgent.
J'ai fait arrêter à Livourne le citoyen Panalieri, secrétaire de Paoli,
arrivant de Londres, et venant de nouveau intriguer.