BONAPARTE.

Au quartier-général à Bassano, le 22 fructidor an 4 (8 septembre 1796).

_Au directoire exécutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte de la marche de l'armée d'Italie sur Trente et

du passage des gorges de la Brenta. Cette marche rapide et inattendue

de vingt lieues en deux jours, a déconcerté entièrement l'ennemi,

qui croyait que nous nous rendrions droit sur Inspruck; et avait en

conséquence envoyé une colonne sur Verone pour menacer cette place, et

nous faire craindre pour nos derrières. Wurmser voulait nous couper, et

il l'était lui-même.

Je vous ai rendu compte de notre marche et des événemens qui l'ont

accompagnée jusqu'au 21 au soir, où nous avons couché au village de

Cismone, près du débouché des gorges de la Brenta. Il ne me reste plus

qu'à vous rendre compte de la bataille de Bassano.

Le 22, à deux heures du matin, nous nous mîmes en marche: arrivés aux

débouchés des gorges, près du village de Salaqua, nous rencontrâmes

l'ennemi. Le général Augereau se porta avec sa division sur la gauche,

et envoya à sa droite la quatrième demi-brigade; j'y fis passer

également toute la division du général Masséna. Il était à peine sept

heures du matin, et le combat avait commencé. Forts de leur bonne

position, et encouragés par la présence de leurs généraux, les ennemis

tinrent quelque temps; mais grâce à l'impétuosité de nos soldats, à

la bravoure de la cinquième demi-brigade légère, de la quatrième

demi-brigade de ligne, l'ennemi fut partout mis en déroute. Le général

Murat envoya des détachemens de cavalerie à la poursuite de l'ennemi.

Nous marchâmes aussitôt sur Bassano: Wurmser et son quartier-général y

étaient encore. Le général Augereau y entrait par sa gauche, dans le

même temps que le général Masséna y entrait par sa droite, à la tête de

la quatrième demi-brigade, dont une partie à la course, une partie en

colonnes serrées, fonce sur les pièces qui défendent le pont de la

Brenta, enlève ces pièces, passe le pont et pénètre dans la ville malgré

les efforts des grenadiers, élite de l'armée autrichienne, chargés de

protéger la retraite du quartier-général.

Nous avons, dans cette journée, fait cinq mille prisonniers, pris

trente-cinq pièces de canon tout attelées, avec leurs caissons; deux

équipages de pont de trente-deux bateaux, tout attelés; plus de deux

cents fourgons également tout attelés, portant une partie des bagages de

l'armée. Nous avons pris cinq drapeaux; le chef de brigade Lannes en a

pris deux de sa main. Le général Wurmser et le trésor de l'armée n'ont

été manqués que d'un instant. Une escouade de ma compagnie des guides,

qui était à ses trousses, l'ayant poursuivi vivement, a eu deux hommes

tués; et le citoyen Guérin, lieutenant de la compagnie, blessé.

Le général Verdier, le général Saint-Hilaire; le chef de bataillon de la

quatrième demi-brigade, Frère, qui a été blessé; les citoyens Cassau et

Gros, capitaines des grenadiers de la même brigade; le citoyen Stock,

capitaine de la cinquième demi-brigade d'infanterie légère; le citoyen

Pelard, carabinier de la cinquième demi-brigade (ce brave homme traversa

trois pelotons ennemis, et arrêta l'officier général qui les commandait;

il lui a seul tué treize hommes), se sont couverts de gloire.

Nous sommes dans ce moment à la poursuite d'une division de huit mille

hommes que Wurmser avait fait marcher sur Vicence, et qui est le seul

reste de cette armée formidable qui menaçait, il y a un mois, de nous

enlever l'Italie.

En six jours, nous avons livré deux batailles et quatre combats; nous

avons pris à l'ennemi vingt-un drapeaux; nous lui avons fait seize mille

prisonniers, parmi lesquels plusieurs généraux; le reste a été tué,

blessé ou éparpillé. Nous avons, dans les six jours, toujours nous

battant dans des gorges inexpugnables, fait quarante-cinq lieues, pris

soixante-dix pièces de canon avec leurs caissons, leurs attelages, une

grande partie du grand parc de l'armée, et des magasins considérables

répandus sur toute la ligne que nous avons parcourue.

Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au chef de

brigade Lannes: il est le premier qui ait mis l'ennemi en déroute à

Dego, qui ait passé le Pô, le pont de Lodi, et qui soit entré dans

Bassano; à l'adjudant-général Chabran, qui s'est particulièrement

distingué à la bataille de Roveredo, comme il l'avait précédemment fait

à celle de Lonado et à la retraite de Rivoli.

Je vous demande de nommer à la place de chef de brigade de la quatrième

demi-brigade le chef de bataillon Frère, et de l'avancement pour les

officiers qui se sont distingués dans les affaires différentes dont je

vous ai rendu compte.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 527 / 899 题