[Footnote 9: Ce général Despinois est le même qui commandait Paris en
1816.]
Au quartier-général de Roveredo, le 17 messidor an 4 (5 juillet 1796).
Au directoire exécutif. Après le combat de Borghetto, citoyens
directeurs, les ennemis se sont retirés sur les hautes montagnes pour
nous défendre les issues du Tyrol; ils ont tiré des lignes, qu'ils ont
fortifiées avec beaucoup de soins, entre la tête du lac de Garda et
l'Adige. Masséna ordonna au général Joubert d'attaquer les ennemis par
la Bochetta de Campion. Le chef de bataillon Marchand se mit en marche,
tourna l'ennemi par la droite: ce fut le signal de l'attaque. Les armes
sur le bras et sans tirer un coup de fusil, nos soldats gravirent les
rochers escarpés, tuèrent cent hommes, firent deux cents prisonniers,
avec quatre cents tentes et tous les bagages. Pendant ce temps-là, le
chef de bataillon Recco, officier de la plus grande bravoure, tourna
l'ennemi par la gauche, s'empara de l'excellente position de Belone,
tua trois cents hommes, et fit soixante-dix prisonniers. L'ennemi a
abandonné des retranchemens que nous n'aurions pas construits en six
mois, tout a été culbuté; et un mois de fatigues, de peines, est perdu
en un instant.
Voilà le premier combat qui a eu lieu entre les deux armées, depuis que
le nouveau général la commande.
J'irai bientôt attaquer l'escadre autrichienne qui tient le lac de
Garda.
Voici les traits de bravoure qui ont honoré les républicains dans cette
affaire:
Claude Roche, carabinier de la deuxième compagnie de la onzième
demi-brigade d'infanterie légère, sauta le premier dans les
retranchemens ennemis, tua l'officier; et, sans s'arrêter à sa montre
qui paraissait, ni à ses dépouilles, il se saisit de son sabre nu, en
tua un Autrichien, et en fit trois prisonniers.
Jean Gerrin, de la même compagnie, tombe sur douze Autrichiens, les met
en joue: son fusil ratte, il se jette sur eux le sabre à la main, coupe
le bras au premier; les autres tombent à ses genoux et se rendent.
Ardionne, sous-lieutenant de la même compagnie, le même qui, avec une
vingtaine d'hommes, s'empara de la pièce de 13 à Borghetto, s'est
toujours présenté dans les retranchemens, à la tête des carabiniers,
auxquels son exemple fait affronter tous les dangers.