Au quartier-général à Livourne, le 11 messidor an 4 (29 juin 1796).
Le général Vaubois tiendra garnison à Livourne avec la
soixante-quinzième demi-brigade, une compagnie d'artillerie et un
escadron du premier régiment de hussards; il fera mettre les batteries
qui défendent l'entrée du port dans un bon état de défense, les fera
arranger de manière qu'il n'y ait que des pièces d'un ou de plus deux
calibres à chaque batterie; il fera monter des grils à boulets rouges,
et aura soin que les pièces soient approvisionnées à cent coups; il
choisira un fort de la ville, celui le plus dans le cas de se défendre,
et qui a des communications avec l'intérieur; il fera mettre ce fort en
état de défense; fera, à cet effet, les déplacemens d'artillerie qu'il
jugera nécessaires; établira un magasin où il y ait de quoi nourrir
deux mille hommes pendant quarante jours avec tous les accessoires pour
soutenir le siège.
Il n'épargnera aucun moyen pour maintenir Livourne dans une parfaite
tranquillité; il fera en sorte de s'attacher les troupes du grand-duc de
Toscane, sur lesquelles il aura toujours l'oeil; il se maintiendra en
bonne harmonie avec le gouverneur; il lui renverra toutes les affaires
de détail; lui montrera de grands égards, surtout en particulier; mais
conservera sur lui, surtout en public, une grande supériorité. S'il
y avait à Livourne des complots ou toute autre chose qui intéressât
l'existence des troupes françaises, il prendra alors toutes les mesures
nécessaires pour rétablir le calme et punir les malintentionnés. Il
n'épargnera ni les personnes, ni les propriétés, ni les maisons.
Dans toutes les affaires difficiles qui pourraient lui survenir, il
consultera le citoyen Miot, ministre de la république française à
Florence, qui sera à même de lui donner de bons renseignemens.
Il protégera le consul dans l'opération intéressante dont il est chargé:
se trouvant le premier agent de la république à Livourne, il surveillera
tous les intérêts de la république, et me rendra compte de tous les abus
qu'il ne dépendrait pas de lui de réprimer.
Il vivra d'une manière convenable; il aura souvent à sa table les
officiers du grand-duc et les consuls des puissances étrangères: il lui
sera accordé à cet effet des dépenses extra-ordinaires. Il nommera un
officier pour surveiller le port; il nommera un commandant de chaque
fort; il maintiendra les corsaires dans une sévère discipline, et
veillera à ce qu'ils respectent le pavillon neutre, et spécialement
le pavillon espagnol. Il se fera, tous les jours, rendre compte des
rapports des vigies; il me tiendra informé de tout ce qui se passe dans
le pays où il se trouve, et m'enverra le rapport de toutes les nouvelles
de Corse qui lui arriveront. Il écrira aux fiefs impériaux qui
environnent la ville, afin qu'ils reconnaissent la république, et il
me fera part du nombre de ces fiefs, et de leur population, de leur
richesse, et de l'esprit qui les anime. Il maintiendra une sévère
discipline vis-à-vis ses troupes; il tiendra la main à ce que tous les
soldats soient casernés, et que personne, depuis le général, jusqu'au
dernier employé, ne soit logé chez l'habitant. Il aura avec lui un
adjudant-général, un commissaire des guerres, un employé de chaque
partie de l'administration.