BONAPARTE.

Au quartier-général à Tortone, le 26 prairial an 4 (14 juin 1796).

_Au sénat de la république de Gênes._

La ville de Gênes est le foyer d'où partent les scélérats qui infestent

les grandes routes, assassinant les Français et interceptant nos

convois, autant qu'il est en eux.

C'est de Gênes que l'on a soufflé l'esprit de rébellion dans les fiefs

impériaux. M. Girola, qui demeure dans cette ville, leur a publiquement

envoyé des munitions de guerre; il accueille tous les jours les chefs

des assassins, encore dégoûttans du sang français.

C'est sur le territoire de la république de Gênes que se commettent une

partie de ces horreurs, sans que le gouvernement prenne aucune mesure;

il paraît au contraire, par son silence et l'asile qu'il accorde,

sourire aux assassins.

Malheur aux communes qui voient avec joie et même avec indifférence

ces crimes qui se commettent sur leur territoire, et le sang français

répandu par des assassins!

Il est indispensable que ce mal ait un terme, et que les hommes qui, par

leur conduite, protègent les brigands, soient très-sévèrement punis.

Le gouverneur de Novi les protège, je demande que le gouvernement en

fasse un exemple sévère.

M. Girola, qui a fait de Gênes une place d'armes contre les Français,

doit être arrêté, ou au moins chassé de la ville de Gênes.

Ces satisfactions préalables sont dues aux mânes de mes frères d'armes,

égorgés sur votre territoire.

Pour l'avenir, je vous demande une explication catégorique. Pouvez-vous

ou non purger le territoire de la république des assassins qui le

remplissent? Si vous ne prenez pas des mesures, j'en prendrai: je

ferai brûler les villes et les villages sur lesquels il sera commis

l'assassinat d'un seul Français.

Je ferai brûler les maisons qui donneront refuge aux assassins. Je

punirai les magistrats négligens qui auraient transgressé le premier

principe de la neutralité, en accordant asile aux brigands.

L'assassinat d'un Français doit porter malheur aux communes entières qui

ne l'auraient pas protégé.

La république française sera inviolablement attachée aux principes de

la neutralité; mais que la république de Gênes ne soit pas le refuge de

tous les brigands.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 450 / 899 题