Au quartier-général à Lodi, le 22 floréal an 4 (11 mai 1796).
_Au citoyen Carnot._ La bataille de Lodi, mon cher directeur, donne à la
république toute la Lombardie. Les ennemis ont laissé deux mille hommes
dans le château de Milan, que je vais nécessairement investir. Vous
pouvez compter dans vos calculs comme si j'étais à Milan; je n'y vais
pas demain, parce que je veux poursuivre Beaulieu et chercher à profiter
de son délire pour le battre encore une fois.
Bientôt il est possible que j'attaque Mantoue. Si j'enlève cette place,
rien ne m'arrête plus pour pénétrer dans la Bavière: dans deux décades
je puis être dans le coeur de l'Allemagne. Ne pourriez-vous pas combiner
mes mouvemens avec l'opération de ces deux armées? Je m'imagine qu'à
l'heure qu'il est, on se bat sur le Rhin; si l'armistice continuait,
l'armée d'Italie serait écrasée. Si les deux armées du Rhin entrent en
campagne, je vous prie de me faire part de leur position et ce que vous
espérez qu'elles puissent faire, afin que cela puisse me servir de règle
pour entrer dans le Tyrol, ou me borner a l'Adige. Il serait digne de la
république d'aller signer le traité de paix, les trois armées réunies,
dans le coeur de la Bavière, ou de l'Autriche étonnée. Quant à moi, s'il
entre dans vos projets que les deux armées du Rhin fassent des mouvemens
en avant, je franchirai le Tyrol avant que l'empereur ne s'en soit
sérieusement douté. S'il était possible d'avoir un bon commissaire
ordonnateur? celui qui est ici serait bon en second, mais il n'a pas
assez de feu et de tête pour être en chef.