Au quartier-général de Tortone, le l5 floréal an 4 (4 mai 1796).
_Au général en chef de l'armée du Piémont_.
Sous peu de jours, monsieur, je serai maître des états du roi au-delà
du Pô, si le sort des armes continue d'être favorable à l'armée que je
commande. J'obligerai M. Beaulieu à évacuer ces pays, qui seront conquis
sur l'armée autrichienne et qui appartiendront de droit à la république.
Cependant, je sens combien il est dur pour le roi de voir presque tous
ses états envahis par nos troupes. Je vous propose en conséquence de
réunir une division de six mille hommes d'infanterie et quinze
cents chevaux à l'armée que je commande, pour m'aider à chasser les
Autrichiens; je les mettrai en garnison dans les états du roi au-delà du
Pô.
Cela est si urgent, monsieur, qu'il serait nécessaire que j'eusse la
réponse le plus tôt possible. L'envie que j'ai de concilier les intérêts
du roi avec ceux de la république et de l'armée me porte, monsieur,
à vous faire ces ouvertures, que vous jugerez sans doute
très-raisonnables.
Je suis avec considération, etc.