Il est palpable, pour qui veut réfléchir, qu'une partie de Marseille
veut la contre-révolution, l'on avoue vouloir la république, mais c'est
un rideau que l'on rendrait tous les jours plus transparent; l'on vous
accoutumerait à voir la contre-révolution toute nue; déjà le voile qui
la couvrait n'était plus que de gaze, votre peuple était bon, mais avec
le temps on aurait perverti la masse, sans le génie de la révolution qui
veille sur elle.
Nos troupes ont bien mérité de la patrie pour avoir pris les armes
contre vous avec autant d'énergie, elles n'ont pas dû imiter l'armée
de 1789, puisque vous n'êtes pas la nation. Le centre d'unité est la
convention, c'est le vrai souverain, surtout lorsque le peuple se trouve
partagé.
Vous avez renversé toutes les lois, toutes les convenances. De quel
droit destituiez-vous votre département? Était-ce à Marseille qu'on
l'avait formé. De quel droit le bataillon de votre ville parcourt-il les
districts? De quel droit vos gardes nationales prétendaient-elles
entrer dans Avignon? Le district de cette ville était le premier
corps constitué, puisque le département était dissous? De quel droit
prétendiez-vous entrer sur le territoire de la Drôme? et pourquoi
croyez-vous que ce département n'ait pas le droit de requérir la force
publique pour le défendre? Vous avez donc confondu tous les droits,
vous avez établi l'anarchie, et puisque vous prétendez justifier vos
opérations par le droit de la force, vous êtes donc des brigands, des
anarchistes.
Vous aviez établi un gouvernement populaire, Marseille seul l'a nommé;
il est contraire à toutes les lois, ce ne peut être qu'un tribunal de
sang, puisque c'est le tribunal d'une faction; vous avez soumis par
la force, à ce tribunal, tout votre département. De quel droit? Vous
usurpez donc cette autorité, que vous reprochez injustement à Paris?
Votre comité des sections a reconnu des affiliations. Voilà donc une
coalition pareille à celle des clubs contre qui vous vous récriez; votre
comité a exercé des actes d'administration sur des communes du Var;
voilà donc la division territoriale méconnue.
Vous avez, à Avignon, emprisonné sans mandat, sans décret, sans
réquisition des corps administratifs; vous avez violé l'asyle des
familles, méconnu la liberté individuelle; vous avez, de sang-froid,
assassiné sur les places publiques; vous avez renouvelé les scènes
dont vous avez exagéré l'horreur, et qui ont affligé l'origine de la
révolution, sans informations, sans procès, sans connaître les victimes,
seulement sur la désignation de leurs ennemis; vous les avez prises,
arrachées à leurs enfans, traînées dans les rues, et les avez fait périr
sous les coups de sabre; l'on en compte jusqu'à trente que vous avez
ainsi sacrifiées; vous avez traîné la statue de la liberté dans la boue;
vous l'avez exécutée publiquement; elle a été l'objet des avanies de
toute espèce d'une jeunesse effrénée; vous l'avez lacérée à coups de
sabre, vous ne sauriez le nier; il était midi, plus de deux cents
personnes des vôtres assistaient à cette profanation criminelle; le
cortège a traversé plusieurs rues, est arrivé à la place de l'horloge,
etc., etc. J'arrête mes réflexions et mon indignation. Est-ce donc
ainsi que vous voulez la république? Vous avez retardé la marche de nos
armées, en arrêtant les convois; comment pouvoir se refuser à l'évidence
de tant de faits, et comment vous épargner le titre des ennemis de la
patrie?