IV

_LA LUTTE POUR L'EXISTENCE_

La loi, l'unique loi, farouche, inexorable,

Qui régit tout progrès, c'est la loi du plus fort.

L'être imparfait périt; marâtre impitoyable,

La Nature l'écrase et poursuit son effort.

Partout est engagé le combat redoutable;

A l'heure harmonieuse où la terre s'endort,

Il rend la nuit sinistre et l'ombre épouvantable,

Tout brin d'herbe est un champ de carnage et de mort.

L'angoisse de la faim, qui toujours hurle et gronde,

Est le ressort puissant jouant au cœur du monde,

Et celui qui dévore est l'élu du destin.

L'esprit même naquit des brutales entrailles;

Et la rivalité du repas incertain

Fait surgir l'avenir en de sombres batailles.

V

_LA SOURCE_

La source de cristal frémit sous la fougère;

La voici qui murmure et court sur les cailloux.

Tout enfants, autrefois, dans sa nappe légère

Nous avons en riant miré nos fronts si doux.

Aussi n'est-elle point à nos cœurs étrangère;

Nous lui disons tout bas: «Te souviens-tu de nous?»

Quoi! ne savons-nous pas que l'onde est passagère?

Sans cesse un flot s'enfuit devant un flot jaloux.

Par son aspect charmant c'est encor notre source;

Mais, changeante toujours en sa rapide course,

Peut-elle être aujourd'hui ce qu'elle fut hier?

Et notre âme, elle aussi, se transforme à tout âge.

Qu'est-ce donc après tout que notre Moi si fier?

Rien qu'un vain souvenir dans une frêle image.

Poésies de Daniel Lesueur · 第 25 / 54 题