CXXVIII

Mais Hyeronimo, qui ne comprenait rien à mes changements, à mes

silences et à mes éloignements de lui, paraissait lui-même malade de

coeur et d'humeur, de la même fièvre et de la même langueur que moi; à

mon dépit, il semblait à présent moins me chercher que me fuir; il ne

me regardait plus en face et jusqu'au fond du regard comme auparavant;

il frissonnait comme la feuille du tremble quand, par hasard, il

fallait que sa main touchât la mienne en jetant les panouilles de maïs

dans mon tablier ou en retournant les figues dans le même panier sur

le toit; nous ne nous parlions plus que de côté, quand il fallait

absolument se parler pour une chose ou pour une autre, et pourtant,

nous ne nous haïssions pas, car, à notre insu, nous étions aussi

habiles à nous chercher qu'à nous fuir, tellement qu'on aurait dit que

nous ne nous fuyions que pour nous retrouver, et que nous ne nous

retrouvions que pour nous fuir.

Je me disais: «Est-ce que je ne l'aime pas? Mais qu'est-ce qu'il m'a

fait pour le haïr?» Ou bien: «Est-ce qu'il ne m'aime pas? Mais

qu'est-ce que je lui ai fait pour qu'il me haïsse?»

Ce fut le temps où je me cachai de ma tante elle-même pour m'habiller,

toute seule, derrière la porte de la maison, les dimanches, et où je

me regardai pour les premières fois dans le morceau de miroir cassé

encadré dans le mur contre la cheminée. Il semblait que je voulusse me

faire belle pour mon ange gardien, car, quand les pèlerins passaient

par hasard près du châtaignier, et qu'ils regardaient, en se parlant

entre eux, mon visage, cela me faisait honte au lieu de me faire

plaisir; ce n'était pas pour eux que je désirais voir mes cheveux

reluire comme de l'or au soleil.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 207 / 222 题