--Aussi, vous le savez bien, mon père, et vous, ma tante, nous
n'avions jamais deux volontés, lui et moi. Quand il me disait: Allons
ici ou là, j'allais; quand je l'appelais, il venait partout où j'avais
fantaisie d'aller moi-même; nous ne savions jamais qui est-ce qui
avait pensé le premier, mais nous pensions toujours la même chose: à
la source, pour puiser l'eau de la maison; sur les branches, pour
battre les châtaignes; aux noisetiers, pour remplir lui sa chemise,
moi mon corset de noisettes vertes; au maïs, pour sarcler les cannes
ou cueillir les grains jaunis par l'été; à la vigne, aux figuiers,
pour couper les grappes ou pour sécher les figues mûres; à l'étable,
pour traire les chèvres, pendant qu'il les tenait par les cornes; dans
le ravin, où il y a l'écho de la grotte, pour nous apprendre à remuer
les doigts sur les trous du chalumeau de la _zampogna_, à chercher à
l'envi l'un de l'autre des airs nouveaux dans l'outre du vent qui
s'enflait et se désenflait de musique sous notre aisselle; ici, là,
enfin partout, toujours deux, toujours ensemble, toujours un! Quand
vous en appeliez un, mon père ou ma tante, il en venait toujours deux,
car votre appel ne trouvait jamais l'un sans l'autre.