Magdalena resta immobile, pétrifiée, muette à ces paroles dont elle
comprit bien la malice. L'idée de dépayser ma fille de la cabane où
elle ne faisait qu'une avec nous trois; l'idée de la séparer
d'Hyeronimo, dont elle n'avait jamais été désunie depuis la mamelle
qui les avait nourris l'un et l'autre; l'idée de jeter cette âme, qui
rayonnait semblable au soleil de tous nos matins sur notre fenêtre,
comme un misérable tas de _baïoques_ de cuivre à un étranger, en
échange de la place qu'il nous laisserait ainsi pour végéter sur la
montagne, lui souleva le coeur.
--Moi, monsieur, donner Fior d'Aliza pour quoi que ce soit, même pour
ma pauvre vie en ce bas-monde! Ah! si c'est là le prix qu'exige le
ciel pour nous épargner, qu'il nous tue tout de suite; qu'il nous
ensevelisse tous les quatre ensemble dans le tronc de l'arbre que ces
bourreaux de bûcherons vont abattre sur nos têtes! Mille fois plutôt
mourir que de céder ma fille à cet homme dur! Quand ce serait même le
prince de Lucques, il n'aurait pas assez de son duché pour la payer à
sa tante, à son père et à Hyeronimo; c'est comme si vous me disiez
qu'on va payer à quelqu'un le souffle de sa respiration; quand la
somme serait comptée, l'homme serait mort.
Elle fondit en larmes et elle devint rouge comme une feuille morte de
notre treille coupée, de douleur et de honte de ce qu'on osait
seulement lui faire une si offensante proposition.