CIV

--J'avoue, monsieur, que je n'y avais jamais pensé et que je restai

muet à cette réponse; mais si ma parole ne pouvait repousser sa

raison, toute ma vie en moi protestait contre cette iniquité de

l'homme de loi.

Magdalena et Fior d'Aliza alors, qui n'avaient jamais, plus que moi,

pensé seulement qu'on pouvait nous abattre le châtaignier sur la tête,

ne cherchaient pas de raisons, mais des supplications contre cet

homicide.

Tombées à genoux aux pieds de l'homme noir, elles levaient leurs mains

vers ses mains, le conjurant de nous laisser vivre, et lui expliquant,

ainsi qu'aux bûcherons, que nos quatre vies tenaient aux racines et

aux branches de ce toit nourricier de leurs pères. Ah! si vous les

aviez entendues, monsieur, demander aux bûcherons avec quoi elles me

nourriraient dans cette cabane, désormais sans le moindre champ à

cultiver autour des murs? sur quoi, elles coucheraient leur pauvre

petit troupeau, dont les feuilles du châtaignier étaient la nourriture

et toute la litière? Il y avait de quoi fendre le tronc de l'arbre,

mais non le coeur de l'homme de loi.

Cependant il faut être juste, les bûcherons semblaient attendris en

voyant cette belle jeune fille, inondée de larmes jusqu'au bout des

mèches de ses cheveux épars sur son sein d'enfant. Ils se regardaient

entre eux, ils comprenaient cette misère, ils regardaient la masse,

la magnificence et la verte vieillesse féconde de l'arbre; ils

détournaient le tranchant de leurs haches sur lesquelles quelques

gouttes de leurs yeux tombaient silencieusement.

--Allons, à l'ouvrage! dit l'homme de loi.

Les bûcherons semblaient hésiter à obéir: l'un dit qu'il ajuste le

manche de sa hache, l'autre que les dents de sa scie ne mordent pas.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 182 / 222 题