Je n'y pensais plus deux jours après, et je n'en parlais déjà plus à
la maison, quand le jeune capitaine des sbires redescendit avec ses
amis de l'Ermitage.
Cette fois, Fior d'Aliza, c'était un dimanche, revenait de la messe
des Camaldules avec son cousin Hyeronimo, revêtu de ses plus beaux
habits. Les derniers sons de la cloche d'argent des ermites
résonnaient encore, comme une gaieté des anges, à travers les branches
du châtaignier; le soleil d'automne éblouissait dans les feuilles
jaunes; les châtaignes, presque mûres, tombaient une à une, avec les
feuilles d'or, sur l'herbe court tondue par les brebis; on entendait
la cascade pleuvoir allègrement dans le bassin, et les merles siffler
de joie en se frôlant les ailes et en se rappelant dans les lauriers.
Il semblait qu'une joie sortait du ciel, de l'eau, de l'arbre, de la
terre, avec les rayons, et disait, dans le coeur, aux oiseaux, aux
animaux, aux jeunes gens et aux jeunes filles: «Enivrez-vous, voilà la
coupe de la vie toute pleine.» Dans ces moments-là, monsieur, on se
sentait, de mon temps, soulevé pour ainsi dire de terre, comme par un
ressort élastique sous les pieds.