--Non, non! dis-je avec une curiosité qui venait de bonne intention,
parlons-en, à moins que cela ne vous fasse trop d'angoisse. Je suis
jeune encore, mais j'ai toujours aimé, dès mon enfance, à pleurer avec
ceux qui pleurent, plus qu'à rire avec ceux qui rient; si vous ne
voulez pas me dire toute l'histoire aujourd'hui, vous me la direz
demain, car je n'ai rien qui me presse, et si j'étais pressé, quelque
chose encore me retiendrait ici que je ne puis pas définir.
En parlant ainsi, je jetai involontairement un coup d'oeil à la
dérobée sur l'angélique figure de la jeune mère, qui était allée
donner le sein à son enfant sur le seuil de la cabane. Jamais beauté
si pure et si rayonnante n'avait fasciné mes yeux: une apparition du
ciel à travers le cristal de l'air des montagnes, la fraîcheur du
matin, un fruit d'été sur une branche, une joie céleste à travers une
larme, une larme d'enfant devenue perle en tombant des cils; puis ces
quatre âges de la vie sous un même arbre: l'aïeule, le père, la jeune
épouse, l'enfant à la mamelle; ces pauvres animaux domestiques: le
chien, les chèvres, les colombes, les poussins sous l'aile de la
poule, les lézards courant avec un léger bruit sous les feuilles
sèches du toit. Cette scène me fascinait.
Nous soupâmes.