LA FORCE.

Et plus bas:

_J. M. Nattier pinx. Balechou._

L'adresse est:

_À Paris, chez Surrugue, graveur, rue des Noyers, attenant le magasin de

papier, vis-à-vis St-Yves A P D R._

Ce portrait réduit avec quelques changements, dans le format in-4°, et

gravé en contre-partie, a été reproduit par Pruneau sous le titre:

MADAME LA DUCHESSE

DE CHÂTEAUROUX

_Morte le 10 décembre 1744._

On lit en bas:

_Peint par J. M. Nattier.--Gravé par Pruneau.

À Paris, chez Bligny, cour du Manège, aux Tuileries._

Ce portrait est dans un médaillon avec un nœud de ruban plissé dans des

fleurs.

Un autre portrait, le beau portrait désigné dans les _Mémoires inédits

sur les membres de l'Académie royale_, sous le titre du _Point du Jour_,

a été également gravé. Il représente la duchesse couchée sur un nuage,

des roses dans les cheveux, habillée en déesse mythologique d'une courte

chemisette très-décolletée, avec un flottement de draperie sur ses

jambes nues, et repoussant d'une main, une étoile au front, des pavots

et la Nuit. Derrière elle, un Amour se prépare à éteindre son flambeau

pâlissant dans le jour naissant. On lit au bas de l'estampe:

_Nattier pinx. Malœuvre sc._

LA NUIT PASSE, L'AURORE PAROIT.

_À Paris, chez Basan, graveur._

Dans la série des figures de femmes olympiennes gravées d'après Nattier,

les catalogues de vente font encore des duchesses de Châteauroux de LA

SOURCE, de FLORE À SON LEVER; mais rien ne confirme ces attributions.

Un autre portrait, qui a été gravé pour une édition des _Mémoires du

maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, porte:

LA DUCHESSE

DE

CHÂTEAU ROUX.

La Duchesse est représentée les cheveux coupés courts à la façon d'un

homme; l'attache d'un carquois retient la chemise qui laisse à découvert

un bouton de sein. Elle a au-dessus de la tête une étoile. On lit en

bas, à la pointe: _Masguelier sculp._

Il y a un second état qui porte en haut: _t. VII, page 52_; et en bas au

dessous du nom: «_Mais croyez-vous qu'il m'aime encore?_»

Cet état porte à la pointe: _Peint par Nattier, Gravé par J.

Masquelier_, 1792.

Je connais deux portraits peints de la duchesse de Châteauroux Le

premier est celui gravé par Masquelier en 1792 et qui a été intercalé

dans l'édition des _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_. Il est en la

possession de M. de Saint-Valry qui le tient de sa famille. Il provient

du château de Crécy possédé par madame de Pompadour, qui, d'après une

tradition du pays, aurait fait construire un _Boudoir des Beautés_

aimées avant elle par son royal amant. Les cheveux courts de la duchesse

sont légèrement poudrés; elle a de grands yeux très-bruns (et non bleus)

en amandes et imperceptiblement relevés à la chinoise dans les coins; le

nez est fin, délicat, presque mutin, la bouche très-petite et charnue

avec un menton grassouillet un peu lourd. Très-fardée, le rouge de ses

joues fait paraître nacrées les blancheurs de sa gorge. Elle est

habillée d'un habit de satin blanc avec une bretelle en forme de cordon

de carquois retenant l'étoffe à ses épaules. Ce portrait est un Nattier

moins conventionnel que d'habitude et qui, dans la peinture esquissée de

cette figure, serre la nature d'assez près et vous donne une

représentation de la favorite moins enjolivée, moins affinée, moins

_délicatifiée_ que dans son portrait officiel de la Force.

Un autre portrait d'une qualité inférieure, et appartenant au baron

Jérôme Pichon, est exposé en ce moment au Trocadéro. C'est, sauf un

changement dans le mouvement des mains, la même coiffure, le même

allumage des joues par le fard, la même robe de satin blanc en une

effigie plus grossière et dans une peinture plus alourdie.

Il y aurait peut-être un portrait de la duchesse de Châteauroux dans les

palais royaux de la Prusse: le portrait demandé, d'après de Luynes, par

Frédéric à d'Argenson, par l'entremise de M. de Courten.

Il existait autrefois un dessin de madame de la Tournelle dans le

cabinet de M. de Fontette, que la Bibliothèque ne possède plus.]

[411: Voici un portrait en vers de madame de la Tournelle, que donnent

les Mélanges de Bois-Jourdain:

Elle a d'Hébé la brillante jeunesse,

Toute la grâce et l'enjouement,

Ce doux regard plein de finesse

Où se niche si joliment,

Sous les traits de la gentillesse,

L'expression du sentiment;

Ce je ne sais quoi qui nous touche

Plus séduisant que la beauté;

Le sourire enfantin, des lèvres, une bouche

Où réside la volupté,

Un teint que le lys et la rose

Tour à tour ont soin d'embellir;

Un sein qui jamais ne repose,

Doux labyrinthe du désir.

]

[412: _Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas_. Lettres de

Lauraguais à Madame ***. Buisson, 1802.]

[413: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[414: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[415: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[416: _Mémoires du duc de Luynes_, t. IV.]

[417: _Chronique du règne de Louis XV_, 1742, 1743, _Revue

rétrospective_, t. V.]

[418: _Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin avec

le duc de Richelieu_, 1790.]

[419: Lettre autographe de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber.

Bibliothèque de Rouen.]

[420: Madame de Tencin écrivait au commencement d'octobre à Richelieu:

«De Betz a un moyen pour faire à madame de la Tournelle 80,000 francs de

rente, sa vie durant, sans qu'il en coûte rien au Roi; c'est en lui

donnant le duché de Châteauroux qui est compris dans le bail des fermes,

et qui ne diminuera pas d'un sou le bail, en le retranchant et en le

donnant à madame de la Tournelle.»]

[421: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[422: Les rentes du duché arrivaient fort à propos à madame de la

Tournelle. Elle avait de grands besoins d'argent, depuis qu'elle était à

la cour; elle s'était même, paraît-il, considérablement endettée. Il y

avait bien des moyens, dit madame de Tencin, de lui faire avoir de

l'argent, mais il fallait que le Roi fît au moins un _clin d'œil_, et ce

clin d'œil, il ne le faisait pas. Puis la favorite était en garde contre

les marchés compromettants, contre ces pots de vin dans lesquels

Maurepas, qui la guettait, espérait lui prendre la main. Un moment des

amis l'avaient abouchée avec un chevalier de Grille et un M. de Betz,

mais il semble que la délicatesse de la favorite en matière d'argent

avait fait rompre la négociation.]

[423: Le cardinal de Tencin écrivait à Richelieu, à la date du 25

janvier 1744: «Montmartel et Duverney ont aussi vu madame de

Châteauroux... Le premier prendra soin de sa terre et de toutes ses

affaires et lui donnera tant par mois ce qui pourrait bien aller à des

mille livres. Elle n'a pas été d'avis qu'on demandât une augmentation du

brevet de retenue.»]

[424: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[425: L'original de ces lettres patentes dont un fragment est donné dans

les _Mémoires de Maurepas_ et dont la publication intégrale existe dans

de Luynes, est conservé aux Archives nationales, carton O/1 87.--Barbier

disait en exagérant, je crois, un peu les choses: «Le Roi en même temps

a formé une maison considérable à madame de la Tournelle... Cela se

passera dans le grand à l'exemple de Louis XIV,... on parle pour elle à

Versailles de l'appartement qu'avait feu madame la Duchesse et que le

Roi lui donne des meubles superbes.»]

[426: Richelieu n'avait encore eu comme récompense obtenue du temps de

madame de Mailly «de l'obligation que lui avait Louis XV» que les

premières entrées à Versailles. On sait qu'il y avait cinq espèces

d'entrées chez le Roi: 1° les entrées familières; 2° celles des

gentilshommes de la chambre; 3° les premières entrées; 4° les entrées de

la Chambre, celles qu'on appelle des quatorze et qui sont proprement

celles du cabinet; 5° les entrées de la Chambre. Donnons de ces entrées

si recherchées, un brevet, le BREVET d'entrée pour M. de Soubise:

«Aujourd'huy 16 février 1744, le Roy étant à Versailles, désirant donner

à M. le prince de Soubise une nouvelle marque d'estime et de sa

bienveillance, Sa Majesté lui a permis et permet d'entrer librement et à

toutes heures qu'il voudra en tous les lieux de la Maison où Sa Majesté

pourra être, voulant que les portes lui en soient ouvertes sans

difficultés, conformément au présent brevet que pour assurance...»

(Archives nationales. Lettres missives. Registre 0/1 88.)]

[427: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[428: L'auteur de la _Vie privée de Richelieu_ dit avoir vu la lettre de

Louis XV à Richelieu, où le Roi annonçait que la place du duc de

Rochechouart avait été demandée par la _Princesse_ pour lui, et qu'à la

cour on la lui avait déjà donnée; il ajoutait: «Et moi aussi, vous

pouvez le lui dire de ma part.»]

[429: Le vendredi, 14 février 1744, Richelieu prenait les entrées de la

charge de premier gentilhomme de la Chambre, prêtant serment avant que

le Roi allât à la messe. Il avait servi la veille le Roi à son coucher,

il le servait le matin à son lever. Le vendredi 21 février, au petit

couvert du Roi dans sa chambre, Richelieu servait Louis XV à table pour

la première fois.]

[430: _Mémoires de d'Argenson_. Édition Renouard, t. IV.]

[431: Après trois grossesses successives, la Tencin avait obtenu par le

crédit de son frère un bref du pape qui résolvait ses vœux et lui

permettait de vivre dans le monde avec le titre de chanoinesse.]

[432: C'était elle qui était l'ordonnatrice de ces _Fêtes d'Adam_, de

ces _Fêtes des Flagellants_, pour lesquelles la sœur du cardinal,

recherchant dans les monuments du passé tous les détails de la débauche

de tous les âges et de toutes les nations, mettait en scène les tableaux

vivants du Plaisir des temps antiques et des temps modernes.]

[433: _Mélanges historiques, satiriques et anecdotiques_, de M. B.

Jourdain, Paris, 1807, t. II.]

[434: On sait que c'était madame de Tencin qui, continuant la protection

de mademoiselle de la Sablière à _sa ménagerie_, à _ses bêtes_, donnait

au premier de l'an, à ses dîneurs deux aunes de velours pour le

renouvellement de leurs culottes. Voir le salon de madame de Tencin dans

_La Femme au_ XVIIIe _siècle_.]

[435: _Mémoires de Marmontel_. Paris, 1804, t. I.--Madame de Tencin est

l'auteur des _Malheurs de l'amour_, qu'on dit être une espèce

d'autobiographie, et en collaboration avec d'Argental et Pont-de-Veyle,

des _Mémoires du comte de Comminges_ et du _Siège de Calais_.]

[436: Madame de Tencin n'avait seulement pas contre elle, le scandale de

ses amours publiques avec le vieux Fontenelle et son neveu d'Argental,

avec le cardinal Dubois, avec Dillon, colonel d'un régiment irlandais

qui la rendit mère de deux enfants, avec le maréchal de Medavy qui lui

succéda, avec d'Argenson, avec Camus Destouches, lieutenant-général

d'artillerie, auquel quelques-uns attribuent la paternité de d'Alembert;

il y avait encore contre elle le suicide du conseiller de la Frenaye

qui, avant de se brûler la cervelle chez elle, l'accusait dans son

testament de l'avoir dépouillé de tout son bien et la laissait même

soupçonner d'être pour quelque chose dans la violence de sa mort. À la

suite de cette mort arrivée le 6 avril 1726, madame de Tencin était

arrêtée et conduite au Châtelet, où elle subissait un interrogatoire de

quatre heures devant le cadavre de son amant. Son frère, le cardinal

d'Embrun remuait ciel et terre pour ôter la connaissance de l'affaire à

cette juridiction et grâce à l'appui du maréchal d'Uxelles, qui était

alors l'amant de madame de Fériol, il obtenait un ordre pour faire

transférer sa sœur à la Bastille avec la remise des papiers saisis à M.

le Duc, premier ministre, et ensuite un arrêt qui renvoyait la

connaissance de cette affaire au Grand Conseil. L'affaire instruite et

jugée de nouveau au mois de juillet; la mémoire de la Frenaye était

condamnée et son testament biffé, et la dame déchargée de l'accusation

intentée contre elle. Et le 3 juillet elle sortait de la Bastille, pour

rentrer dans sa maison de la rue Saint-Honoré, «ayant la tête aussi

haute que si c'eût été une femme vertueuse.»]

[437: _Journal historique de Barbier_, 1854, t. II.]

[438: La clef de ses correspondances secrètes.]

[439: «Pour prendre un peu de relâche dans des occupations si sérieuses,

dit Bois-Jourdain, elle se délassait de temps en temps, sur son lit de

repos, des fatigues de son cabinet; et sans se piquer autrement de

constance, ni de délicatesse, elle partageait ses faveurs entre un

certain nombre d'amis, dont elle traitait les uns par intérêt, les

autres par estime, quelques-uns par caprice et d'autres par amour du

plaisir.»--Disons ici que l'intérêt, quoi qu'on ait dit, semble n'avoir

pas joué de rôle dans sa vie. Elle n'a jamais joui que d'un revenu

très-modique, et les richesses, elle ne les voulait que pour son frère

et encore comme un moyen de pouvoir et de domination.]

[440: Le cardinal de Tencin avait eu dans sa jeunesse l'heureuse idée,

pour attirer l'attention sur lui, de convertir Law, projet qui d'abord

avait fait rire le Régent, mais auquel se rattachait bientôt le prince,

en songeant que le protestantisme du financier pouvait nuire au succès

de sa banque. La conversion de l'Écossais valait au convertisseur des

actions qu'il avait l'esprit de changer en espèces à temps, en même

temps qu'elle le faisait envoyer à Rome par Dubois auquel il obtenait le

chapeau. Puis il devenait lui-même cardinal et archevêque de Lyon. En

dépit de son billet à la princesse Borghèse: «Adieu, princesse, je vous

aimerai toute ma vie et par de là, si tant est qu'il y ait un par de

là,» le frère de madame de Tencin, jusqu'à ce qu'il fût appelé au

ministère, jouait la dévotion, avait toujours son bréviaire sous son

bras, et était soutenu par la maison d'Orléans, par madame de Chelles,

_moine des pieds à la tête_, et toutes les _repenties_ de la régence

dont il s'était fait en quelque sorte le prêcheur ordinaire. Avec cela

il donnait deux dîners sans femmes par semaine: l'un aux ministres

étrangers, l'autre aux gens de la cour, et faisait tous les soirs le

piquet du Cardinal. Le duc de Luynes le peint comme un vieillard à la

figure charmante, à la conversation toute aimable, au tour d'esprit

caressant, insinuant. Bernis dans ses Mémoires déclare qu'il n'y avait

personne pour tirer autant de parti d'un sourire qui avait l'air d'être

fin, ou d'un silence réfléchi.]

[441: Madame de Tencin engage quelque part Richelieu à ne point se

brouiller avec d'Ayen à propos de madame de Boufflers «qui n'est point

une femme sûre surtout quand elle a du vin dans la tête».]

[442: Dans une lettre à la date du 3 janvier 1742, madame de Tencin dit:

«Madame de la Tournelle a fait ses visites du jour de l'an avec mesdames

de Boufflers et de Luxembourg. Elles lui proposèrent en passant devant

la porte de mon frère de s'y faire inscrire. Madame de la Tournelle

refusa. Elles insistèrent et ne purent la déterminer: elle dit qu'elle

ne le connaissait point. Or, vous remarquerez qu'elle a dîné chez lui

dans un voyage qu'il fit à Paris avant d'être cardinal.» Madame de

Tencin dit dans une autre lettre: «Madame de la Tournelle et mon frère

se sont conduits comme la bienséance le demandoit; ils se sont fait

quelques politesses réciproques et ne sont pas allés plus loin...» Au

fond il y eut pendant assez longtemps du froid entre le cardinal et la

favorite à laquelle Belle-Isle avait persuadé, dit la _Chronique du

règne de Louis XV_, que le cardinal avait blâmé ses rapports avec le Roi

de France.]

[443: Cette répulsion pour madame de Tencin existait surtout au plus

haut degré chez le Roi; D'Argenson écrit quelque part: «Il lui venait la

_peau de poule_ quand on lui parlait de madame de Tencin.»]

[444: Rien n'avait égalé l'indifférence ou au moins l'indolence de Louis

XV lors de la bataille de Dettingen, cette bataille où le duc de

Rochechouart, les marquis de Fleury et de Sabran, les comtes d'Estrades

et de Rostaing furent tués, où le prince de Dombes, le duc d'Ayen, le

comte d'Eu, le duc d'Harcourt, Beuvron, le duc de Boufflers furent

blessés, et où pour la première fois, depuis qu'elle existait, la maison

du Roi perdit deux étendards.]

[445: _Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d'État et de

madame de Tencin sa sœur, avec le duc de Richelieu, sur les intrigues de

la cour de France depuis 1742 jusqu'en 1757, et surtout pendant la

faveur de mesdames de Mailly, de Vintimille, de Lauraguais, de

Châteauroux et de Pompadour_. En un seul volume in-8 de 400 pages,

1790.--Ce livre, un des plus rares du XVIIIe siècle, et dont, par

parenthèse, l'exemplaire de la Bibliothèque nationale est incomplet, et

dont l'exemplaire que je possède provient de la bibliothèque du

malheureux Maximilien de Bavière, ne doit pas être confondu avec les

fausses correspondances de madame Gacon-Dufour et autres. Cette

correspondance dont on attribue quelquefois la publication à de La Borde

et à Soulavie, est due presque entièrement aux soins de Benjamin de La

Borde: le volume contenant 385 pages et Soulavie n'ayant été chargé de

la collation de l'édition qu'à partir de la page 369. Cette

correspondance a été imprimée incontestablement sur des originaux

confiés à M. de La Borde par Richelieu, peut-être pas avec toute la

fidélité réclamée aujourd'hui, mais telles qu'elles sont, ces lettres

apportent pour l'histoire des sœurs de Nesle, un document, que

j'hésiterais à citer textuellement jusqu'à la retrouvaille des

originaux, mais qui ne peut manquer d'être employé et produit dans son

esprit. Un petit nombre des lettres de madame de Tencin publiées dans le

volume de Benjamin de La Borde ont été reproduites en 1793 dans le

second volume de la _Vie privée de Richelieu_, et en 1823 dans un autre

recueil qui a un caractère plus sérieux: _les Lettres de madame de

Villars, de Lafayette, de Tencin_, Chaumerot jeune, 1823. À la fin du

volume se trouve une clef. _La guimbarde_, _Lesperoux_, _les robes

brodées_; c'est le Roi. _Les gouttes du général_; c'est madame de la

Tournelle. _Helvétius_, _le géomètre_; c'est Richelieu. _Mademoiselle

Sauveur_; c'est le cardinal Fleury. _Le cuisinier_; c'est d'Argenson,

etc.]

[446: _Fragment des Mémoires de madame la duchesse de Brancas_, publié

dans les lettres de Lauraguais à madame ***. Paris, Buisson, an

X.--_Portraits et caractères de personnages distingués de la fin du_

XVIIIe _siècle_, par Senac de Meilhan. Dentu, 1813.]

[447: Le duc de Luynes peint le maréchal de Noailles comme un grand

vieillard de soixante-cinq ans, au visage aimable. Retiré et enfermé

chez lui depuis des années il vivait dans la plus grande dévotion, une

dévotion qui allait jusqu'à se faire dire l'office des morts, couvert

d'un drap mortuaire pour l'expiation de ses péchés. Il savait beaucoup

de choses, mais assez superficiellement. Avec cela du brillant dans la

conversation, beaucoup de badinage dans l'esprit, de la singularité dans

l'imagination, des conceptions militaires et l'art de parler au soldat.

D'Argenson qui ne flatte pas ses contemporains dit du maréchal que

«c'est un fol et un hypocrite, un bonhomme un peu _bilboquet_, un brave

avantageux, une imagination déréglée conduite par un follet indécent et

malin, une cervelle hantée par des songes de la nuit, un _noctambule_.»

Quant à Saint-Simon, on sait qu'il était l'ennemi personnel du maréchal,

et qu'il l'a peint beaucoup trop en noir.]

[448: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.--_Mémoires du maréchal duc de

Richelieu_, t. VI.--_Mémoires du comte de Maurepas_, t. IV.]

[449: Là, dans cette conférence entre la mère et le fils, étaient sans

doute préparés les événements qui devaient éclater à la veille du départ

du Roi pour l'armée: la disgrâce d'Amelot, l'espèce d'exil à Lyon de

Tencin qu'on rendait responsable de la malheureuse tentative de Stuart,

l'envoi en province de Maurepas sous le prétexte d'une inspection des

ports; seul d'Argenson, le ministre de la guerre, qui appartenait au

parti de la favorite et des Noailles, devait suivre le Roi.]

[450: _Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV_, par

Barbier, 1849, t. II.]

[451: Au maréchal qui implorait la présence du Roi, et le suppliait de

voir ses troupes, de visiter ses frontières que le Roi son bisaïeul

avait presque entièrement examinées à l'âge de seize ans, Louis XV qui

rêvait une action, une bataille, répondait que la seule visite de ses

frontières ne lui convenait nullement dans ce moment.]

[452: À propos de cette soirée à l'Opéra, qui eut lieu le 3 janvier

1744, le commissaire de police Narbonne écrit: «Bien des personnes

disent que le Roi ne devrait pas mener sa maîtresse avec ses filles.»

Narbonne raconte que, à un mois de là (le 9 février), le Roi se rendait

avec les deux sœurs, le duc d'Ayen, le comte de Noailles, déguisés de

manière à n'être pas reconnus, dans le bal public du _Cabaret Royal_,

bal dont l'entrée était de trois livres, et qui avait été fondé par

Cosson, le valet de chambre du comte de Noailles. Le Roi en sortait

bientôt en disant: «Voilà un vilain bal!»]

[453: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[454: Il n'y avait même jamais eu de surintendante d'une dauphine en

France; madame de Montespan était surintendante de la Reine.]

[455: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[456: Madame de Rottembourg qui avait dans les veines du sang de sa

mère, semble s'être fatiguée vite de la vie de couvent. Le marquis

d'Argenson donne cette anecdote sur son compte: «Fargis a fait la

cérémonie de marier deux couples d'amants mariés ailleurs. C'était au

camp de Compiègne où M. le duc de Biron commande. Madame de Rottembourg

et la duchesse de Vaujour l'y sont venus voir. On a bu et on a dit que

leur fréquentation était illégitime. On a habillé Fargis en pontife; on

lui a fait une mitre de carton; il a béni les prétendus mariés, puis il

a mis au lit M. de Biron avec madame de Rottembourg, et M. de Bissy avec

la duchesse de Vaujour.»]

[457: Frédéric II, dans l'_Histoire de mon temps_, vol. III chap. IV,

dit: «Le baron de Chambrier, depuis vingt ans ministre de Prusse à la

cour de Versailles, étant âgé, et n'ayant pas assez de liaisons avec les

gens en place pour se servir auprès du Roi de leur crédit, avait,

d'ailleurs, peu traité de grandes choses, et était scrupuleusement

circonspect. Cela fit juger au Roi qu'il fallait envoyer quelqu'un à

cette cour qui fût plus délié, plus actif, pour savoir à quoi s'en tenir

avec elle. Son choix tomba sur le comte de Rottembourg. En 1740, il

avait passé du service de France à celui de Prusse; il était apparenté

avec tout ce qu'il y avait de plus illustre à la cour: il pouvait par

ces voies se procurer des connaissances qui auraient échappé à d'autres

et, par conséquent, informer le Roi de la façon de penser de Louis XV,

de ses ministres, de ses maîtresses; car il fallait une boussole pour

s'orienter. Le trop grand feu du comte de Rottembourg pouvait se

tempérer par le flegme de M. de Chambrier: tous deux pouvaient rendre

des services utiles à l'État. Le comte de Rottembourg partit donc pour

Versailles. Il fit faire ses premières insinuations par Richelieu et par

la duchesse de Châteauroux.» Et le récit de Frédéric est confirmé par

Flassan dans son _Histoire de la Diplomatie Française_, t. V, où il

répète les expressions du Roi de Prusse disant que Rottembourg fit faire

les premières insinuations d'alliance par le maréchal de Richelieu et la

duchesse de Châteauroux.]

[458: La coopération de Frédéric n'était pas aussi désintéressée qu'elle

apparaît dans le récit fait par Richelieu à Besenval. Avant de partir de

Berlin, Rottembourg, étant venu sonder Valori, sur les dispositions du

ministère français à l'égard du Roi de Prusse, l'avait prévenu qu'il

fallait du grain à son oiseau, ajoutant: «Qu'est-ce que vous voulez lui

donner?» (_Mémoires et négociations du marquis de Valori, ambassadeur de

France à la cour de Berlin_, Paris, 1820. T. I.]

[459: _Mémoires du baron de Besenval._ Baudouin frères, 1821. T. I.]

[460: Quand la présence de Rottembourg fut connue à Paris, il fit

habilement répandre le bruit qu'il n'était chargé d'aucune négociation,

mais qu'il était venu pour se faire soigner de la blessure qu'il avait

reçue à la bataille de Molivitz.]

[461: _Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin avec

le duc de Richelieu_, 1790.]

[462: Le maréchal de Belle-Isle, alors en disgrâce, mais qui disait que

la faveur d'un homme comme lui repoussait comme la barbe, et pour

lequel, nous l'avons dit, Frédéric avait la plus grande estime, était le

collaborateur de Rottembourg dans le projet du traité.]

[463: _Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin avec

le duc de Richelieu_, 1790.--Flassan, dans son _Histoire de la

Diplomatie française_ dit que le traité fut signé le 5 juin.]

[464: D'Argenson dit que Rottembourg venu en France pour traiter

secrètement de la nouvelle alliance du Roi de Prusse, demanda dans ses

entrevues avec la duchesse et Richelieu, comme condition du traité de

juin 1744, le renvoi d'Amelot et que cela s'exécuta deux jours après.]

[465: Richelieu poussa très-vivement au renvoi du ministre, disant que

faire chasser Amelot, c'était toujours _crever un œil à Maurepas.]

[466: _Chronique du règne de Louis XV_. _Revue rétrospective_, t.

V.--Aux Archives nationales, dans les _Monuments historiques_, carton K,

138, existe un long mémoire manuscrit sur l'administration d'Amelot qui

se termine triomphalement par ces lignes: «Si l'on rapproche et le peu

de durée de son ministère (1737-1744) qui ne fut que de sept ans, et la

multitude et l'importance des révolutions qu'il dirigea, on conviendra

qu'il étoit difficile d'exécuter de si vastes projets en si peu de

temps. Reculer nos frontières et ajouter une province au Royaume, donner

des états à un Roi détrôné, placer sur le premier trône du monde un

prince faible, sans argent et presque sans armée, assurer au légitime

possesseur une succession disputée par des puissances redoutables,

rétablir la paix entre trois empires, soumettre à une république

orgueilleuse des insulaires jusqu'alors indomptables, abaisser du moins

pour un temps la maison d'Autriche, et mettre, pour ainsi dire, la

dernière main à l'ouvrage de Richelieu...»]

[467: C'était de lui dont Louis XV parlait, décidé qu'il était déjà à

reprendre la direction de la politique étrangère.]

[468: _Correspondance de Louis XV avec le maréchal de Noailles_, par C.

Rousset, Didier, 1869. Introduction.]

[469: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.]

[470: _Mémoires de d'Argenson_, t. IV.--Barbier rapporte un bruit qui

courait à Paris sur la cause de la démission d'Amelot: «On dit à

présent, comme chose sûre, que le déplacement d'Amelot vient de ce que

le Roi de Prusse avant de nous abandonner en Bohême, ce qui a passé pour

trahison, avait écrit au Roi trois lettres que le cardinal Fleury avoit

reçues et tenues secrètes et dont il avoit défendu à M. Amelot de parler

au Roi, et que le Roi de Prusse, piqué de ne pas recevoir de réponse,

avait pris son parti. Cela s'est découvert. Le comte de Rottembourg,

envoyé extraordinaire du Roi de Prusse, en a montré au Roi les copies.

M. Amelot a été obligé de convenir du fait, et que, sur ses excuses, le

Roi lui a demandé de qui il était ministre, du Cardinal ou de lui.»

Amelot sortait du ministère fort pauvre, n'ayant que 1,000 écus de rente

et 18,000 de sa femme; il avait dépensé 30,000 livres de rente qu'il

devait avoir à la mort de son père pour faire honneur à l'état de

ministre.--Au fond, cette démission d'Amelot effrayait tous les

ministres et le comte d'Argenson disait au marquis: «Croyez que ceci est

la destruction du ministère; que ce sont les cabinets, les Noailles, M.

de Richelieu et la maîtresse qui veulent nous détruire pour régner, et

ils nous traitent comme vous voyez.»]

[471: Le duc de Luynes nous apprend qu'après la mort de madame de

Châteauroux, Frédéric fit demander par M. de Courten le portrait de la

favorite à d'Argenson qui le lui envoya.]

[472: _Œuvres de Frédéric II_. Berlin, Decker, 1854. T. XXV, p. 562.]

[473: _Œuvres de Frédéric_. Berlin, Decker, 1854, P. 561.]

[474: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux adressées au

maréchal de Noailles. Bibliothèque nationale, département des manuscrits

(_Supp. français_ 1234. _Recueil de lettres autographes du dix-huitième

siècle_). Cette correspondance, publiée pour la première fois par nous

dans les _Maîtresses de Louis XV_, on la retrouvera ici dans le corps du

volume et dans l'appendice.]

[475: _Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles_, par C.

Rousset. Didier, 1869. T. I.--La lettre est datée du 11 septembre 1743.]

[476: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux au maréchal de

Noailles. Bibliothèque nationale, département des manuscrits(_Supp.

français_ n° 1234).]

[477: _Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles_, par C.

Rousset, t. II.]

[478: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[479: _Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles_, par C.

Rousset. Didier, 1869. T. II.]

[480: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.--Pierre Narbonne, le premier

commissaire de police de Versailles, nous a laissé un curieux récit de

ce départ d'un Roi de France pour la guerre. Je le donne ici en note:

«Le Roi partit de Versailles pour se rendre à l'armée de Flandre, le

dimanche 3 mai, à trois heures un quart du matin. Il sortit de sa

chambre pour aller à la chapelle faire sa prière et adorer le

Saint-Sacrement. Il descendit par le petit escalier de la chapelle et

monta dans une calèche avec le duc d'Ayen, fils de M. le maréchal de

Noailles, faisant les fonctions de capitaine des gardes, le marquis de

Beringhen, premier écuyer, et le marquis de Meuse.

«L'escorte était composée d'officiers aux gardes et de vingt gardes.

«La chaise de poste du Roi suivait. Il y avait dans le coffre de cette

voiture deux millions en or.

«Venaient ensuite une cantine et un fourgon sur lequel il y avait des

roues, cordages, essieux et autres ustensiles pour servir au besoin.

«Sur les quatre heures, le Roi fut rencontré à Sèvres suivi de sa chaise

de poste, dans laquelle il n'y avait personne, et de onze autres

chaises. Il passa à la Muette ou il entendit la messe et en partit pour

aller droit à Péronne, à 31 lieues de Paris, où il doit rester jusqu'au

mardi 5 mai.

«Sa Majesté, qui devait partir incognito et n'emmener personne, a changé

d'opinion.

«Le reste de sa maison militaire comme gardes du corps, gendarmes,

chevau-légers et mousquetaires, quatre-vingts suisses, gardes de la

porte, la prévôté de l'hôtel, vingt-quatre pages de la grande et petite

écurie, vingt-quatre valets de pied, ont ordre de partir depuis le lundi

4 jusqu'au samedi 9 mai. Il y aura aussi un détachement de la bouche et

autres offices du Roi.

«On dit que les bureaux de la guerre se tiendront à Lille.

«M. d'Argenson, ministre de la guerre, était parti dès la veille du

départ du Roi.

* * * * *

«La veille de son départ (2 mai), le Roi écrivit une lettre à Mgr

l'Archevêque de Paris pour ordonner des prières publiques et pour

demander à Dieu la prospérité de ses armes.

«Le 3 mai parut un mandement de Mgr l'Archevêque, portant que l'on

ferait des prières de quarante heures qui commenceraient à Paris le 6

mai et continueraient les deux jours suivants, et que jusqu'au retour du

Roi, on ferait des processions les dimanches et fêtes entre vêpres et

complies.

«Les prières de quarante heures commencèrent à Versailles, le dimanche

10 mai. La Reine vint à la grand'messe, puis à vêpres et au salut avec

Mgr le Dauphin et Mesdames de France. Le lundi et le mardi, la Reine

vint seule au salut; le mardi, elle suivit avec toutes ses dames la

procession derrière le Saint-Sacrement.»]

[481: _Journal de Barbier_, édition Charpentier, t. III.]

[482: _Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles_, par C.

Rousset. Introduction.]

[483: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. IV.]

[484: Le Roi abandonnait la campagne commencée pour aller recevoir sa

maîtresse à Lille et tout en écrivant au maréchal de Noailles:

«Quoiqu'il fasse très-beau et bon ici, je suis tout prêt à partir

aussitôt que ma présence pourra être de la plus petite utilité...» Louis

XV ne se pressait pas de retourner au siège.]

[485: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t. VII.]

[486: _Mémoires de d'Argenson_. Édition de Renouard, t. IV.--La nouvelle

est donnée par d'Argenson à la date du 5 mai; aussi ne faut-il regarder

la lettre de la duchesse datée du 11 mai, que je donne dans l'appendice,

et où elle se lamente d'être menacée de ne pas voir le Roi pendant cinq

mois, que comme un moyen d'intéresser à son départ le maréchal de

Noailles. Du reste, il n'est pas impossible que l'appel par le Roi de sa

maîtresse, qui devait presque aussitôt son départ se rendre de Plaisance

à Séchelles et de Séchelles à Lille, ait été retardé par des causes

inconnues. Il avait été question au mois d'avril d'un mode de

rapprochement abandonné depuis. La duchesse devait aller prendre les

eaux à Saint-Amand, et la comtesse de Toulouse avait envoyé plusieurs

chariots pour meubler un de ses châteaux de la Flandre, où la maîtresse

de Louis XV aurait été à portée du camp et du quartier du Roi.]

[487: Richelieu, usant de son ascendant sur son ancienne maîtresse,

l'avait décidée à ce voyage dans l'intention de donner un illustre

cortège à la duchesse.]

[488: Madame de Châteauroux avait une certaine inquiétude de ce voyage

de la vieille princesse, d'après les secrets motifs que les bruits de la

cour et les communications de madame de Tencin prêtaient à ce voyage.

Suivant une lettre de Mademoiselle écrite à M. de Langeron, un objet qui

tenait plus à cœur à la princesse de Conti, que la chute de son gendre

et la grossesse de sa fille, était un renversement du ministère suivi du

retour de Chauvelin. On lui attribuait encore la pensée de donner sa

fille au Roi pendant l'absence de la duchesse de Châteauroux.]

[489: _Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux._ Collection

Leber. Bibliothèque de Rouen.]

[490: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.--«Madame de Flavacourt, sœur

de madame de Châteauroux, dit d'Argenson à la date du mois d'avril,

belle, mais fausse, avec peu d'esprit ni de naturel, a été lorgnée par

le Roi et y a répondu; il a été question d'un marché à l'imitation de sa

sœur. Elle a voulu pour première condition que l'on renvoyât sa sœur, le

Roi a craint que cela donnât une nouvelle scène au public et les grands

frais d'une maîtresse nouvelle déclarée, de sorte que la première

personne à qui il a été le dire c'est à madame de Châteauroux. Sur quoi

elle a dit: _Sire, vous me chasserez, si vous voulez, mais je commence

par vous demander ou que cela soit sur-le-champ, ou que ma sœur le

soit_; et sur cela il a été déclaré que ladite sœur de Flavacourt ne

serait plus des cabinets, ni de la Muette, ni de Choisy.]

[491: «Je crois aussi que M. de la Rochefoucauld mettra le peu qu'il

sait en usage pour faire réussir la Flavacourt. Elle est très-engraissée

et, par conséquent, embellie. Elle paraît de la plus grande gaieté. La

Reine l'accable de caresses. Tout cela marque du moins des espérances.»]

[492: La préférence donnée par le Dauphin à la figure de madame de Muy,

la plus laide de toute la cour, sur la figure de madame de Flavacourt,

amusait un moment tout Versailles.]

[493: Dans une lettre du 19 juin 1744 adressée à Richelieu, madame de

Tencin écrit: «... Voici dans la plus grande exactitude tout ce qui

s'est passé à ce sujet. On vient de dire à mon frère, de la part de

l'homme que vous savez, que la Flavacourt écrivoit au Roi, que les

lettres étoient sous l'enveloppe de Lebel, que comme les lettres étoient

adressées au Roi, on n'avoit osé les décacheter, mais qu'on connoissoit

le caractère. La chose nous parut si importante que nous ne nous tînmes

pas à ce premier avis. On renvoya celui qui l'avoit donné faire de

nouvelles questions; on le pria de bien examiner la chose, il répondit:

qu'il ne pouvoit s'y méprendre, qu'il connoissoit parfaitement le

caractère des trois sœurs et leur cachet (je vous rapporte ses propres

termes); qu'il étoit sûr que les lettres pour le Roi adressées à Lebel

étoient de madame de Flavacourt; qu'il y en avoit eu de Versailles et de

Paris et qu'à vue de pays il pouvoit y en avoir dix ou douze depuis ce

premier avis... Voilà l'homme qui vient encore de voir celui qui a vu

les lettres et qui lui avoit dit de la part de mon frère qu'il s'étoit

trompé, et que madame de Flavacourt n'avoit point écrit: il a soutenu

qu'il ne s'étoit pas trompé, qu'il était sûr de ce qu'il avoit dit...»]

[494: «... Je parle d'abord de la lettre de madame de Lauraguais, et

puis de quelque chose de plus intéressant, c'est d'une conversation de

la Reine et de madame de Flavacourt. La Reine lui a dit que le Roi

l'avait lorgnée à son souper. Elle ajouta qu'elle n'avoit pas de

meilleure amie qu'elle, et qu'elle voulait être sa confidente. La

Flavacourt répondit qu'elle lui diroit tout; que, si la chose arrivoit,

elle ne se livreroit que par crainte, n'ayant aucun goût pour le Roi;

mais qu'elle ne vouloit pas être chassée de la cour et se trouver encore

dans la nécessité de vivre avec son mari.»]

[495: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.]

[496: _Ibid._--_Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t.

VI.]

[497: Le samedi 16 mai la princesse de Conti demandait à la Reine une

audience dans laquelle elle lui faisait part du projet de son voyage,

lui en expliquant les motifs, lui demandant son agrément. La Reine qui

désapprouvait fort le voyage, lui disait fort honnêtement que cela ne la

regardait en aucune manière et que la princesse n'avait besoin d'aucun

agrément. Là-dessus la princesse de Conti faisait allusion aux discours

qu'on tenait dans le public, déclarait qu'ils n'avaient aucun fondement,

et qu'elle ne menait point avec elle mesdames de Châteauroux et de

Lauraguais, ajoutant, qu'il n'y avait eu aucune proposition faite de sa

part, ni de celle de ces dames, ni rien de concerté ensemble. Les deux

princesses partaient le 29 mai, laissant le public assez étonné de ne

pas voir les deux sœurs profiter de leur départ pour se rendre en

Flandre.]

[498: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t VII.]

[499: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[500: Madame de Rubempré étant allée, la veille du départ de ces dames,

coucher à Plaisance, elles lui proposèrent de l'emmener avec elles en

Flandre; l'arrangement ne put se faire sur-le-champ, mais madame de

Rubempré promit d'y aller, et, dit de Luynes, elle est partie ou part

ces jours-ci.]

[501: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. IV.]

[502: De Meuse n'était que malade. Il jouera bientôt un rôle dans la

maladie de Metz, un rôle de dévouement pour la femme, qui dans les

premiers temps de sa faveur ne pouvait le souffrir, mais semble, à

l'heure présente, être prise d'un commencement d'attachement pour le

vieux familier de Louis XV.]

[503: Les frères Salles, hommes d'affaires auxquels s'intéresse la

duchesse de Châteauroux, et dont parle très-souvent madame de Tencin

dans ses lettres.]

[504: _Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux_. Collection

Leber. Bibliothèque de Rouen.]

[505: Le maréchal de Coigny commit de grandes fautes dans cette affaire.

Il laissa passer par surprise une armée de 60,000 hommes sur quatre

points différents, et ne l'apprit que le lendemain au soir. M. de Coigny

était âgé et atteint d'une rétention d'urine.]

[506: Le Roi quittait Dunkerque le 19 juillet.--Louis XV part en lançant

cette phrase qui promettait: «Je sais me passer d'équipage, et, s'il le

faut, l'épaule de mouton des lieutenants d'infanterie me nourrira

parfaitement.»]

[507: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. IV.]

[508: En mourant, la duchesse de Châteauroux dira qu'elle a été

empoisonnée dans une médecine à Reims.]

[509: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. IV.]

[510: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, t. VIII.--«La maison

habitée par la duchesse de Châteauroux était la maison abbatiale du

premier président. Il y eut trois galeries en planches de faites dont la

troisième sur la rue scandalisa le peuple, l'usage en étant bien

marqué.» (_Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.)]

[511: La _Remarquable histoire de la vie de la défunte Anne-Marie de

Mailly, duchesse de Châteauroux_... publiée en allemand en 1746, parle

d'un assez bizarre cadeau offert par les juifs de Metz au Roi, qui en

fit hommage à la duchesse de Châteauroux. «Ils firent faire, dit

l'écrivain allemand, un précieux melon en or et l'offrirent au Roi. La

tige de ce melon était garnie de diamants, et l'intérieur au lieu de

pépins était rempli de petits diamants et de pierres précieuses. La

valeur de cet objet fut estimée à dix mille pistoles. Le Roi accepta

gracieusement ce cadeau qu'il ne crut pouvoir mieux utiliser qu'en le

donnant à la duchesse de Châteauroux qui trouva ce don fort agréable.»]

[512: Cette maladie de Metz sauvait le prince Charles dont l'armée

allait être prise ou détruite. Le maréchal de Noailles qui écrivait au

Roi, de Schelestadt à la date du 9 août: «Je suis dans une véritable

inquiétude de savoir Votre Majesté incommodée et d'être hors de portée

de savoir de ses nouvelles à tous moments... Mon tendre et inviolable

attachement pour la personne de Sa Majesté ne me laissera aucune

tranquillité que je ne la sache entièrement rétablie»; le maréchal de

Noailles, le vieux courtisan, aura, tout le temps que la vie du maître

est en danger, l'attention si bien tournée vers la chambre du Roi, et sa

vigilance se trouvera tellement distraite des mouvements de l'ennemi par

la lutte du parti de la Tournelle et du parti des princes du sang, que

lorsqu'il combinera son mouvement d'enveloppement, le prince Charles

aura déjà passé le Rhin, _à la barbe_ de l'armée française, et marchera

par la Souabe sur la Bohême menacée. Le maréchal n'aura que le

très-médiocre avantage de battre dans deux combats, une arrière-garde

sacrifiée à dessein. Sur cette faute militaire, l'envoyé prussien, M. de

Schmettau, éclatait en reproches contre l'ami de la _ritournelle_,

contre le maréchal de la maîtresse chassée, si bien qu'un moment on le

faisait responsable de l'atteinte portée à la vie du Roi par ce voyage

de Dunkerque à Metz entrepris par son conseil, sous l'influence mortelle

de chaleurs caniculaires. Dans ces circonstances, le maréchal demandait

une entrevue au Roi qui lui répondait cette lettre amicale où l'on peut

voir au fond un congé donné à l'homme de guerre: «Metz, ce 30 août

1744.--Je serai ravi de vous revoir, monsieur le maréchal, vous me

trouverez avec bien de la peine à revenir, il est bien vrai que c'est de

la porte de la mort. Ce n'a pas été sans regret que j'ai appris

l'affaire du Rhin, mais la volonté de Dieu n'était pas que j'y fusse, et

je m'y suis soumis de bon cœur, car il est vrai qu'il est le maître de

toutes choses, mais un bon maître. En voilà assez, je crois, pour une

première fois.» La petite cour de Metz était dans l'attente de

l'entrevue. Le maréchal se rendait chez le Roi sur les huit heures, Sa

Majesté jouait, le maréchal mettait un genou en terre et lui baisait la

main avec effusion, le Roi lui disait: «Vous voyez, monsieur le

maréchal, un ressuscité,» et il n'était question de rien de particulier.

Depuis cette visite, dix jours se passaient sans que le maréchal pût

travailler avec le Roi; et il voyait, lui, le général en chef de l'armée

d'Alsace, les troupes menées au siége de Fribourg par le maréchal de

Coigny, et quand il demandait au Roi s'il aurait l'honneur de

l'accompagner, Louis XV lui disait assez sèchement: «Comme vous

voudrez.»]

[513: Le bruit courut que, cette nuit, Richelieu avait enfermé le Roi

avec les deux sœurs.]

[514: Pendant la convalescence de Louis XV, la Peyronie interrogé par le

duc de Luynes sur ce qu'il pensait de la maladie du Roi, lui répondit:

«que le Roi, dans l'état ordinaire de bonne santé, étoit dans l'usage

d'aller deux fois par jour à la garde-robe et abondamment; que plusieurs

jours avant, continuant à toujours manger de même, il n'alloit plus que

rarement et que peu à la fois, ce qui avoit formé un amas considérable

de matières qui avoient reflué dans le sang; qu'outre cela il croyoit

qu'il avoit eu un coup de soleil, ce qui paroissoit démontré par une

douleur fixe qu'il avoit dans un côté de la tête, et très-vive que le

Roi a eue pendant toute sa maladie, ce qui donnoit avec raison les plus

grands sujets d'inquiétude. La Peyronie m'a ajouté qu'à ces deux

accidents il croyoit qu'il s'étoit joint un peu de fièvre maligne, qui

cependant n'étoit pas accompagnée de tous les symptômes ordinaires de

cette fièvre.»]

[515: Il n'y avait à Metz de princes du sang que le duc de Chartres, le

comte de Clermont, le duc de Penthièvre, et encore ce dernier,

convalescent de la petite vérole, ne pouvait-il sortir de sa chambre.]

[516: À quelques temps de là on chantait à Paris sur l'air des _Pendus_

une chanson faite sur leur confrère par des médecins.

Or, écoutez petits et grands,

L'histoire du chef des merlans,

Qui s'est joué, l'infâme traître,

Des jours de son Roi, de son maître,

Et faillit à nous perdre tous

Pour complaire à madame Enroux.

]

[517: Malgré le désir qu'avait le Roi d'avoir les soins de Dumoulin

qu'il avait demandé dès le 9, malgré l'impatience de son arrivée, ce ne

fut que le 13 qu'on lui envoyait un courrier et il n'arrivait à Metz que

le dimanche 16.]

[518: _Fragment des Mémoires de madame la duchesse de Brancas_. Lettres

de Lauraguais à madame ***. Buisson, 1802.]

[519: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.]

[520: _Ibid._, t. VI.]

[521: D'après la _Vie privée de Louis XV_ qui l'a emprunté aux _Amours

de Zeokinizul roi des Kofirans_, le comte de Clermont aurait enfoncé le

battant de la porte d'un coup de pied, en adressant à Richelieu: «Quoi!

un valet tel que toi, refusera la porte au plus proche parent de ton

maître!»]

[522: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.]

[523: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t. VII.]

[524: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, t. VIII.--Dans le récit

de la maladie de Metz où Soulavie tire tous ces détails du duc de

Luynes, il ne raconte pas cette conférence entre la favorite et le P.

Pérusseau d'après les mémoires du duc. Le courtisan chroniqueur dit en

effet seulement ceci: «On prétend que le mardi ou le mercredi, madame de

Châteauroux et M. de Richelieu voyant le danger où étoit le Roi, avoient

parlé au P. Pérusseau pour tâcher d'user de ménagement pour elle, s'il

étoit question de confession, madame de Châteauroux lui ayant donné

parole positive qu'elle ne rentreroit plus dans la chambre du Roi

pendant sa maladie et qu'elle ne reverroit jamais le Roi qu'en qualité

d'amie. Je ne suis point du tout certain de ce fait. On ajoute que la

proposition ne fut point agréée par le P. Pérusseau, et cela est aisé à

croire.»]

[525: Le 11, la Peyronie avait parlé à M. de Soissons du danger où se

trouvait le Roi, mais le mercredi, quoique l'état fût aggravé, il lui

disait que rien ne pressait.]

[526: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie. Buisson.

1793, t. VI.]

[527: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.]

[528: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.--_Mémoires du maréchal duc de

Richelieu_, par Soulavie. Buisson, 1793.--Presque aussitôt l'expulsion

des deux sœurs, M. de Soissons donnait l'ordre, malgré la solennité de

la fête du lendemain, de détruire la galerie qui conduisait madame de

Châteauroux chez le Roi, et cette destruction fut menée avec tant de

diligence que le samedi à l'heure que tout le monde se réveilla, il n'y

avait plus vestige de galerie. «Les bois, dit de Luynes, étoient

enlevés, les murs reblanchis, de manière que ceux qui l'avoient vue la

veille et les jours précédents pouvoient croire s'être trompés.» Devant

le pouvoir pris par M. de Soissons sur l'esprit du Roi la valetaille

murmurait: «Notre bon maître va donner à présent son royaume à M. de

Fitz-James, s'il le lui demande pour son salut.»]

[529: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.--Bouillon écrivait aussitôt à

la Reine, il lui disait: que son respect et son attachement pour elle,

et le devoir de sa charge ne lui permettaient pas de lui laisser ignorer

l'état où se trouvait le Roi, que la nuit avait été fâcheuse, la matinée

peu consolante, que le Roi avait eu des agitations si violentes pendant

la messe qu'il avait demandé aussitôt le Père Pérusseau, qu'il s'était

confessé avec beaucoup d'édification, qu'il devait recevoir le viatique

le soir de ce même jour. Avec la lettre de Bouillon, arrivait un

courrier de d'Argenson qui disait à peu près les mêmes choses que le

chambellan du Roi, et annonçait à Marie Leczinska que Louis XV trouvait

bon que la Reine s'avançât jusqu'à Lunéville, M. le Dauphin et Mesdames

jusqu'à Châlons. Le lendemain, la Reine partait à sept heures du matin

pour Metz, où elle arrivait le lundi à onze heures. Le Roi qui dormait,

s'éveillait, l'embrassait, lui demandait pardon des peines et des

chagrins qu'il lui avait donnés. Le rapprochement entre les deux époux

durait bien peu de temps. À quelques jours de là, lorsque le Roi était

rétabli, elle lui demandait de permettre de le suivre à Saverne, à

Strasbourg, il lui répondait froidement: «Ce n'est pas la peine,» et

sans vouloir plus longtemps l'entendre allait faire la conversation avec

les gens qui étaient dans la chambre.]

[530: _Mémoires de Maurepas_, t. IV.]

[531: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t. VII.]

[532: _Journal de Barbier_, édition Charpentier, t. III.--Le Roi avait

huit aides de camp, tous maréchaux de camp qui étaient M. le marquis de

Meuse, lieutenant-général, le duc de Richelieu, le duc de Boufflers, le

duc de Luxembourg, le prince de Soubise, le duc d'Ayen, le duc de

Picquigny et le duc d'Aumont. D'après la _Vie privée de Richelieu_, le

duc aurait reçu le jour où il fut administré, une lettre anonyme dans

laquelle on l'engageait à quitter Metz, sa vie courant des dangers.

D'Argenson le poussait pour sa sûreté aussi à retourner à Paris,

l'avertissant, en ami, qu'il avait entendu dire que M. de Soissons, qui

devait administrer le Roi, avait projeté de s'adresser personnellement à

lui, pour lui reprocher publiquement d'être la cause du désordre de ce

prince. Mais Richelieu qui se défiait de d'Argenson persistait à

rester.]

[533: Dans le premier moment de leur disgrâce, les deux sœurs n'auraient

pas trouvé dans les écuries du Roi un officier qui voulût leur donner

une voiture pour les soustraire au peuple ameuté. C'était M. de

Belle-Isle qui leur prêtait un carrosse avec lequel elles sortaient de

la ville, et attendaient dehors avec mesdames de Bellefonds, du Roure,

de Rubempré, leurs voitures. Elles avaient reçu un premier ordre de

d'Argenson qui leur ordonnait de se retirer à quatre lieues de Metz sans

désignation d'endroit; sur une indication de Belle-Isle, elles s'étaient

rendues dans un château d'un président de Metz qui n'était pas meublé.

La nuit suivante, à deux heures du matin, elles recevaient un nouvel

ordre de continuer leur voyage. Avec cet ordre était arrivé un courrier

de cabinet qui avait la prescription de leur faire éviter la rencontre

de la Reine, de M. le Dauphin, de Mesdames; et le duc de Luynes les

rencontrait à Sainte-Menehould courant à trois berlines et ayant fait

déjà plusieurs détours à cause du changement de route de la Reine.]

[534: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.--La nuit du vendredi au samedi

15 août était encore plus mauvaise que toutes les nuits précédentes et

l'on s'attendait à tout moment à apprendre la mort du Roi. Dans le

cabinet du maréchal de Belle-Isle qui se trouvait au-dessous de la

chambre de Louis XV, l'on n'entendait pas remuer que l'on ne crût que

c'était le dernier moment de Sa Majesté. D'Argenson avait donné l'ordre

d'emballer ses papiers, le duc de Chartres faisait atteler sa chaise de

poste pour se rendre à l'armée du Rhin. À six heures du matin, on appela

les princes pour assister aux prières des agonisants, et depuis six

heures jusqu'à minuit Louis XV tomba dans une espèce d'agonie. Le nez du

Roi enflait, ses yeux changeaient, sa poitrine s'emplissait... Les

médecins avaient perdu la tête, et le mourant était abandonné aux

empiriques. Un chirurgien d'Alsace, nommé Moncerveau, qui vivait à Metz,

lui donnait une dose d'émétique qui amenait une évacuation et un

soulagement. La nuit du dimanche au lundi était encore terrible, et le

lundi matin, le chapelain qui lui portait, après la messe, le corporal à

baiser était effrayé de l'immobilité du Roi. Un mieux cependant se

produisait vers le 17. Le 23, Dumoulin déclarait que le Roi était hors

de danger, et le 26 comme première marque de convalescence on lui

faisait la barbe et on lui donnait du pain dans du bouillon.]

[535: Les deux sœurs quittaient Metz le 14 août et arrivaient le 20 août

à Plaisance, où elles séjournaient avant leur rentrée à Paris.]

[536: «Dumoulin, disent les _Mémoires de Maurepas_, qui est arrivé à

midi et demi (dimanche 16), l'a trouvé bien: il a même dit au Roi qu'il

aurait part aux bénéfices sans en avoir eu les charges; en lui tâtant le

ventre, il lui a dit: Votre Majesté a le ventre d'une fille, il est dans

un état qui tend à sa convalescence.»]

[537: _Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux_. Collection

Leber. Bibliothèque de Rouen.]

[538: Malgré toutes les précautions prises pour que la Reine et la

favorite ne se rencontrassent pas, de Luynes dit qu'elles se croisèrent

à Bar-le-Duc.]

[539: On voit que la duchesse de Châteauroux est toujours préoccupée

d'être remplacée par sa sœur, madame de Flavacourt. La voiture de la

duchesse s'était, en effet, croisée avec la voiture de la _Poule_.

Madame de Flavacourt avait si bien supplié la Reine de l'emmener, que

celle-ci avait maladroitement cédé. Cependant, dans les premiers jours,

la Reine empêchait madame de Flavacourt de monter chez le Roi. Le 6

septembre, premier jour de la semaine de madame de Flavacourt, la Reine

ne paraissait pas au dîner du Roi, pour que la sœur de madame de la

Tournelle n'apparût pas aux yeux du Roi, au grand jour et toute seule.

Elle n'entrait que le soir avec toutes les autres dames, à l'heure du

souper. Mais le Roi chez lequel on craignait une émotion, un ressouvenir

des deux sœurs ne laissait rien apparaître. Toutefois, soit la

connaissance du blâme général pour sa complaisance, soit la gêne que

mettait la sœur des deux favorites dans la petite cour groupée autour du

convalescent, la Reine, lors de son départ pour la cour de son père,

disait assez sèchement à madame de Flavacourt qu'elle ne pouvait la

ramener et la laissait regagner Paris à ses frais et à sa guise.]

[540: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection

Leber. Bibliothèque de Rouen.]

[541: _Vie privée de Louis XV_. Londres, 1785, t. II.--_Les amours de

Zéokinizul, Roi des Kofirans_. Amsterdam, 1747.--À la

Ferté-sous-Jouarre, où les deux sœurs furent reconnues, les paysans,

sans l'intervention d'un notable du pays, brisaient les voitures et

mettaient en pièces les deux favorites.]

[542: Il s'agit du projet de son voyage à Strasbourg. La Reine demandait

à suivre le Roi qui, endoctriné par Richelieu, refusait sa demande

presque impoliment.]

[543: D'Argenson qui, au dire de Soulavie, lors de l'expulsion de la

duchesse, lui avait adressé un geste de hauteur et de mépris, voyant

l'amour renaître chez le Roi, cherchait à se rapprocher d'elle et de

Richelieu.]

[544: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection

Leber. Bibliothèque de Rouen.]

[545: Cette lettre que madame de Châteauroux voulait faire parvenir au

Roi dans un moment favorable, ne lui était remise que le 10 octobre,

dans son passage à Saverne pour se rendre au siège de Fribourg.]

[546: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection

Leber. Bibliothèque de Rouen.]

[547: Lettre de la duchesse de Châteauroux, publiée dans

l'_Isographie_.--La voici toute entière:

_À Plaisance, _4_ mai _1745.

_Vous ettes charmant, cher oncle, de me tenir parole et de me donner

tous les jours des nouvelles du Roy. Je vous en ay une obligation que je

ne peut vous dire. Cela augmenteroit, si cela etoit possible, l'amitié

que j'ay pour vous. Je m'ennuye à périr, cela ne paroît-il pas le plus

singulier du monde. Je ne reconnoit en moy ni madame de la Tournelle, ni

madame de Châteauroux, je suis une étrangère pour moy. Cela ne fait pas

une situation agréable au moins, cher oncle. Je ne sçay pas combien

cette mauvaise plaisanterie durera, mais elle ne vaut rien du tout. Je

vous écriré plus au long par le courrier; en attendant, je vous souhaite

toute sorte de bonheur et de prospérité.

La D. de Châteauroux.

À Monsieur le duc de Richelieu à l'armée de Flandres._ (Collection

d'Aimé Martin.)]

[548: Dans un journal de la campagne de Louis XV en 1744 ou _mémorial

essentiel_ pour rédiger l'histoire curieuse des intrigues, etc. publié

dans les _Mémoires de Maurepas_, nous trouvons à la date du 19

septembre: «Le Roi dit du bien de Richelieu au maréchal de Noailles,

afin qu'il revienne près de lui.» Il est un autre document plus

significatif daté du lendemain et que nous trouvons aux Archives:

Aujourd'huy 20 septembre 1743. Le Roy étant à Metz et ayant accordé à la

duchesse de Lauraguais une pension de 9,000 livres pour en jouir à

compter du jour de son mariage et désirant lui donner un titre qui

assure cette grâce, Sa Majesté a déclaré et déclare, veut et entend que

ladite dame duchesse de Lauraguais jouisse, sa vie durant, de la somme

de 9,000 livres de pension et qu'elle en soit payée par chacun an à

commencer du 23 février 1743 sur ses simples quittances par les gardes

du Trésor Royal présents et à venir... Registre du Secrétariat d'État.

Registre O/1 88.]

[549: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection

Leber. Bibliothèque de Rouen.--Dans ce mois d'octobre, la duchesse de

Châteauroux semble assurée de sa rentrée en faveur, et fait de la

protection comme si elle était favorite. Voici une lettre de la fin du

mois adressée à Richelieu:

_À Paris, ce 25 octobre.

Voilà un mémoire, cher oncle, qui vous expliquera ce que l'on désire de

vous pour M. du Fesy, reellement si vous le pouves vous feré tres-bien,

car il est bien facheux pour luy d'avoir manques l'affaire des postes et

celle-cy le dédommageroit en quelques façons, enfin je suis chargé de

vous presser très fort pour que vous luy accordies et je m'en acquitte.

Par votre dernière lettre, je vous vois de très méchante humeur, et je

ne peux pas dire que vous ayé tort, car tout ce qui vous est arrivée est

fort désagréable et je l'ay senty je vous assure encore mieux que vous.

Mais pourquoy ne songerions nous a vous faire envoyer au devant de la

dauphine, lon dit que la commission est encore plus honorable que

l'autre, j'en parlé hier avec le cardinal de Tencin qui aprouva mon

idée; qu'en dite vous, si vous laprouviez nous chercherions les moyens

de la faire parvenir jusqu'au roy, mais sur toute chose n'ayé pas l'air

d'y songer et n'en parlé a personne, car si nous ne réussissons pas ce

seroit encore pis, je voulois vous ecrire fort longuement aujourd'hui,

mais j'ay été malade comme une bete toute ma journée de ma colique. Vous

n'auré qu'un petit bonsoir, ce maudit siège (le siège de Fribourg) me

fait trembler, je ne peut pas vous dire les inquietudes que vous me

causè, car je regarderé comme une espèce de miracle si il y en a un de

vous qui en revienne; vous scavez, cher oncle, comme je vous aime je

vous assure que je ne suis point changé et qu'au contraire je vous aime

si cela est possible encore davantage._ (Lettres autographes de la

duchesse de Châteauroux. Bibliothèque de Rouen.]

[550: La lieutenance de Belle-Isle dont parle madame de Châteauroux, est

la lieutenance générale de Pologne, qui lui avait été donnée par le Roi

de Pologne le 1er octobre 1744.]

[551: Le chevalier de Grille cité fréquemment dans les lettres de madame

de Tencin comme un ami intime de madame de Châteauroux.--Le duc de

Luynes dit dans son journal, à la date du samedi 25 janvier: «On sut

hier au soir ici que le Roi a donné à M. le chevalier de Grille la

compagnie des grenadiers à cheval: Le chevalier de Grille est fort ami

de madame la duchesse de Châteauroux et depuis longtemps.»]

[552: Le Roi arrivait à Paris le 13 novembre au soir, il entendait le 14

le _Te Deum_ à Notre-Dame, le 16 il allait dîner à l'Hôtel de Ville, de

là se rendait au Salut des Grands-Jésuites de la rue Saint-Antoine, puis

parcourait toutes les illuminations de Paris jusqu'au bout de la rue

Saint-Honoré. Soulavie qui a la spécialité des autographes suspects,

cite une lettre de la duchesse de Châteauroux qui dit s'être mêlée à la

foule pour voir le BIEN-AIMÉ, et avoir été arrachée de sa contemplation

amoureuse par «_Voilà sa p..._» La lettre est-elle vraie, et l'injure

a-t-elle été subie? Ce qu'il y a de certain, c'est que quelques jours

après, sur la nouvelle de la reprise de la favorite par le Roi, il

courait à la halle cette phrase pittoresque: «Il reprend sa _guinche_,

eh bien! s'il retombe malade, il n'aura pas de nous un _Pater_.» La

lettre donnée par Soulavie est redonnée dans la _Vie privée de

Richelieu_ au milieu d'un certain nombre de lettres de la duchesse de

Châteauroux. Ces lettres, qui sont jointes à des lettres de Louis XV

beaucoup plus incontestables, je ne les crois pas absolument fabriquées,

et cependant je n'ai qu'une très-médiocre confiance dans leur parfaite

authenticité, n'y retrouvant pas le ton hautain, les allures viriles,

les expressions énergiques et triviales qui sont la signature des

lettres de la collection Leber.]

[553: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.]

[554: _Mémoires du duc de Richelieu_, par Soulavie, t. VIII.]

[555: _Fragment des Mémoires de madame de la duchesse de Brancas_.

Lettres de Lauraguais à madame ***. Buisson, 1802. Ce sont les seuls

mémoires qui parlent d'une entrevue secrète à Versailles.]

[556: _Mémoires du duc de Richelieu_, par Soulavie, t. VII.]

[557: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. IV.]

[558: Narbonne, le commissaire de police de Versailles, raconte que le

chancelier ayant conjuré M. de Châtillon en son nom et au nom de tout le

royaume de ne pas emmener le Dauphin, avait fini par lui dire:

«Monsieur, vous vous en repentirez»; à quoi, M. de Châtillon avait

répondu qu'il prenait à son compte les suites de l'événement. Il avait

ordre de ne s'avancer que jusqu'à Châlons, puis jusqu'à Verdun; mais

ayant résolu dès Versailles de mener le Dauphin jusqu'à Metz, il passait

outre, et le Dauphin arrivait à Metz le lundi à quatre heures. On ne

jugeait pas à propos d'annoncer cette arrivée au Roi qui avait donné un

ordre contraire. La fièvre du Roi était encore considérée comme ayant un

caractère de malignité en même temps qu'on craignait une scène

d'attendrissement pour son état de faiblesse. Ce n'était donc que le

jeudi que l'on demandait au Roi s'il trouvait bon que le Dauphin vint à

Metz et ce n'était que le lendemain vendredi que le Dauphin était censé

arriver à Metz. Le Roi le voyait ce jour-là, et faisait une réception

très-froide au prince et à son gouverneur.]

[559: Le Roi avait eu connaissance de cette correspondance par Vauréal,

son ambassadeur en Espagne.]

[560: Le duc était déjà exilé. Le 10 novembre, avant l'arrivée du Roi à

Paris, le duc de Châtillon recevait une lettre de cachet datée du 17

octobre, par laquelle le Roi lui ordonnait de se rendre dans ses terres

et d'y rester jusqu'à nouvel ordre. Un ordre particulier portait que

madame de Châtillon suivît son mari. L'exil du ménage n'était levé que

dix ans après par la protection de madame de Pompadour.]

[561: M. de Balleroy, ancien gouverneur du duc de Chartres, et qui

passait pour avoir composé le véritable discours que l'évêque de

Soissons avait tenu contre la duchesse de Châteauroux, lorsque Louis XV

avait reçu l'extrême-onction, avait été aussi exilé, le lendemain du

jour où l'on avait connu l'exil du duc de Châtillon.]

[562: Fitz-James, l'évêque de Soissons détesté, était exilé dans son

diocèse, non par lettre de cachet, mais verbalement. Lorsqu'il voulait

revenir à la cour pour le mariage de la Dauphine, le Roi lui faisait

dire que sa disgrâce était très-réelle. Plus tard, Louis XV s'opposait à

sa promotion au cardinalat. Fitz-James s'en vengeait en continuant à

entretenir le Roi de canons et de foudres vengeresses contre les rois

adultères, et il avait beau jeu; Compiègne étant du diocèse de

Soissons.]

[563: Louis XV ne sévit pas contre son confesseur Pérusseau, mais, en

souvenir de la cruelle incertitude où il avait laissé madame de

Châteauroux à Metz, il s'amusa à le tenir dans l'inquiétude d'un

remplacement suspendu pendant de longues années sur sa tête.]

[564: La lettre de cachet adressée au duc de La Rochefoucauld était de

la plus grande dureté. La voici: «Vous manderez à M. de La Rochefoucauld

que je suis fort mécontent de sa conduite et qu'il reste à la

Roche-Guyon jusqu'à nouvel ordre. Si cependant il a quelques affaires

qui demandent sa présence à Paris, il m'en fera demander la permission;

il ne pourra aller que de la Roche-Guyon à Liancourt et de Liancourt à

la Roche-Guyon. Mandez-lui aussi qu'il se tient bien des propos dont je

suis instruit et que l'on augmente.»]

[565: Quant au duc de Bouillon, il allait être envoyé non à Navarre,

mais dans un château du duché d'Albret qui n'était pas habité depuis

deux cents ans, quand madame de Lesdiguières qui était de ses amis et

qui avait pour ainsi dire élevé la duchesse de Châteauroux, était

avertie de l'ordre d'exil. Elle faisait prier madame de Châteauroux de

passer chez elle, lui disait qu'il était honteux pour la gloire du Roi

qu'il exilât un de ses grands officiers qui venait de lui montrer autant

d'attachement dans sa grande maladie, et lui déclarait que, comme il ne

dépendait que d'elle de faire changer cet ordre, elle ne lui

pardonnerait jamais et ne la verrait de sa vie, si l'ordre n'était

changé.» L'ordre ne fut pas donné.]

[566: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.--Cette lettre de madame de

Châteauroux n'est pour ainsi dire qu'une reproduction du billet du Roi

et du discours dicté par Louis XV à Maurepas.]

[567: _Mémoires du duc de Luynes_, t. I.]

[568: Ce billet, qui n'était que la répétition de celui dont madame de

Châteauroux avait envoyé un extrait dans sa lettre à madame de

Boufflers, courait, en copies manuscrites, le soir de ce jour, tout

Paris.]

[569: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, vol. VII.]

[570: De Luynes affirme qu'elle prononça cette phrase, ou la phrase,

«_Cela est sans conséquence._»--Selon madame de Brancas, il n'y aurait

eu d'autres paroles, entre la favorite et le ministre, que ces seuls

mots: «_Donnez-moi les lettres du Roi et allez-vous-en._» J'ai une plus

grande confiance dans le récit du duc de Luynes, repris entièrement par

Soulavie, récit que le duc semble tenir de Maurepas lui-même.]

[571: Le bruit courut que l'arrivée inopinée de Maurepas dans un temps

critique avait amené une révolution qui avait entraîné la mort de la

duchesse. De Luynes combat ce bruit. Il affirme que la duchesse n'avait

point ses règles, au moment de la visite de Maurepas, qu'elle était,

d'ailleurs avertie d'avance de la visite par le Roi; reconnaît qu'il est

vrai qu'elle était dans son lit, le mercredi à six heures du soir, mais

il nous apprend qu'elle sortit dans la soirée, pour aller chez mesdames

de Lesdiguières et de Brancas. Ce fut seulement le lendemain, le jeudi

26, jour où elle devait signer le bail d'une maison dans le quartier de

l'hôtel de feu madame la Duchesse, qu'elle tomba vraiment malade et fut

saignée pour le première fois.]

[572: _Mémoires du duc de Luynes_, t. VI.]

[573: Le duc de Luynes affirme qu'elle n'avait pour toute fortune que 60

actions qui lui avaient été données au moment de son mariage par feu M.

le Duc, qui se croyait son père. Le désintéressement des trois sœurs ne

peut être nié. Madame de Mailly coûta très-peu de chose à l'État, madame

de Vintimille ne voulut accepter que le nécessaire. Quant à madame de

Châteauroux, avide de grandeurs et de dignités et même de revenus lui

permettant de tenir un grand état de maison, elle n'eut point l'amour de

l'argent de madame de Pompadour. Elle dédaigna les offres des hommes

d'affaires, qui, pour une simple préférence, lui offraient des millions.

Et Soulavie déclare avoir vu une lettre d'elle adressée à Richelieu, où

elle traitait une de ces offres de _grossièreté indigne_.]

[574: Voici le récit que Soulavie et Boisjourdain donnent de cette

entrevue: «Madame de Modène lui ayant dit que sa sœur, madame de

Flavacourt, était venue pour la voir, madame de Châteauroux lui

répondit: _Ah! je suis bien fâchée qu'on l'ait laissée aller,

pouviez-vous douter que je n'eusse eu grand plaisir à la voir?_ Madame

de Modène lui répliqua: «Je suis bien charmée de votre façon de penser

pour elle; car elle est là, et je ne savais comment vous l'annoncer».

Elle la fit donc entrer et l'embrassa en lui disant: «_Ma sœur, vous

vous étiez retirée, pour moi j'ai toujours conservé pour vous les mêmes

sentiments._» Madame de Flavacourt lui baisa les mains en fondant en

larmes.--Une chose curieuse c'est que, malgré l'affirmation de Soulavie

qui fait mourir la duchesse de Châteauroux dans les bras de madame de

Mailly, la duchesse ne voulut pas recevoir sa sœur. Le duc de Luynes

affirme que madame de Mailly, s'étant adressée inutilement à Vernage, se

présenta plusieurs fois à la porte de sa sœur sans pouvoir être reçue.]

[575: L'auteur de la _Vie privée de Richelieu_ donne à la date du 2

décembre une lettre de d'Argenson à Richelieu qui ne me semble pas

fabriquée. La voici: «Je ne puis vous entretenir d'autre chose,

Monsieur, que de l'inquiétude où nous met madame de Châteauroux...

L'embarras de la tête qui subsiste est le plus terrible. Cependant elle

répond juste à toutes les questions qu'on lui fait. Vernage assure même

que dans cette maladie-ci qui est assez commune dans Paris, la plupart

de ceux qui en reviennent ont eu des symptômes beaucoup plus forts que

madame de Châteauroux n'en a eu jusqu'ici, qu'on ne devait pas même

regarder l'affaire comme désespérée, si l'on voyait ce même accident

augmenter. Les évacuations du ventre avaient bien été ces jours passés

et il est fâcheux qu'elles aient été aujourd'hui moins abondantes. Cet

accident cependant n'est pas décisif, et outre qu'après de grandes

évacuations, il n'est pas étonnant qu'elles diminuent, vous pouvez vous

souvenir que nous avons éprouvé les mêmes variations dans la maladie du

Roi et il y a sans doute des moyens qu'on emploiera pour rendre la

liberté au ventre.

«Voila donc quel est dans ce moment-ci le sujet de nos alarmes et

désespérances, mais au milieu d'une pareille situation vous pouvez juger

de celle du maître et de ceux qui lui sont véritablement attachés. Je ne

puis vous exprimer à quel point je partage sa douleur pour lui, pour

elle et pour tous ceux qui pensent comme nous. Je suis indigné de la

joie interne et masquée des vilaines gens que je vois sans cesse autour

de lui avec un dehors composé, qui jouissent de la peine de leur pauvre

maître et qui désireroient bien la voir portée au dernier période. Dieu

veuille que sa santé n'y succombe pas! Il a un visage qui fait trembler

et il passe malgré cela une partie de la journée dans la

représentation...»]

[576: À la date du 6 décembre, le nonce du pape Durini mandait à Benoit

XIV: «La Châteauroux est pour ainsi dire dans un état complètement

désespéré par suite d'une fièvre maligne accompagnée d'un transport au

cerveau; le mal s'est déclaré le jour même où elle apprenait que le Roi

la rappelait à la cour. On prétend que le Roi est venu la voir la nuit

avant sa confession au P. Segau (Ségaud), jésuite de distinction. Elle a

reçu depuis le viatique. Les médecins conservent donc bien peu

d'espérance qu'elle puisse se rétablir» (Lettere di Mgr Carlo Durini

arcivescovo di Rodi, nunzio apostolico in Parigi, al cardinal Valenti,

secretario di stato per Benedetto XIV. _Curiosità storiche raccolte da

Felice Calvi_. Milano, Antonio Valardi, 1878.)]

[577: Le Roi avait envoyé à la chapelle et à la paroisse faire part de

son intention qu'il fût dit des messes pour demander à Dieu la guérison

de madame de Châteauroux.]

[578: Barbier dit que toute la cour vint se faire inscrire à la porte de

la duchesse où l'on donnait régulièrement le bulletin.]

[579: D'Argenson dit, à la date du 17 novembre, que sans cette fluxion

la belle duchesse eût reparu au cercle de la Reine.]

[580: _Mémoires du duc de Luynes_, t. V.]

[581: Le Roi partait avec M. le Premier et M. d'Harcourt, capitaine des

gardes en quartier. Il était si pressé de quitter Versailles que de

Meuse qui n'était pas avec lui au moment où il prenait cette

détermination ne pouvait arriver assez à temps pour monter en voiture

avec lui et était obligé de le rattraper dans sa chaise. Là à la Muette

le nonce du pape Durini dit qu'il ne discontinuait pas de pleurer,

s'accusant de la mort de la duchesse et l'attribuant aux scènes de Metz.

Il passait quelques jours complètement renfermé avec les amis

particuliers de madame de Châteauroux: MM. d'Ayen, de Luxembourg, de

Gontaut, de la Vallière et M. de Soubise accouru à la Muette. Il avait,

dans sa douleur, plaisir à vivre seulement avec ceux qui lui parlaient

de la morte et il nommait, pour le voyage de Trianon, mesdames de

Modène, de Boufflers, de Bellefond, les trois femmes qui avaient vu

madame de Châteauroux pendant sa maladie. Il avait envoyé un courrier à

Richelieu qui tenait les États du Languedoc. Pendant le séjour de

Trianon, le prince de Conti, qui avait été fort amoureux de la duchesse,

étant arrivé un matin de fort bonne heure, le Roi le faisait entrer

pendant qu'il était au lit, l'entretenait seul pendant toute une heure,

lui parlant avec force larmes de cette femme qu'ils avaient tous deux

aimée. C'était encore une entrevue pleine d'attendrissement que celle

que le Roi avait au commencement de janvier avec madame de Lauraguais

qui ne savait que depuis quelques jours la mort de sa sœur. Il lui

prêchait la résignation, lui disant: «Madame, Dieu vous a frappée, il

m'a frappé aussi; je croyais n'avoir qu'à désirer, mais Dieu en a

disposé autrement. Il faut adorer sa main et se soumettre.» Puis, ce Roi

en lequel la religion et le tempérament amoureux se livraient de

continuels combats, envoyait ses soupers dans son appartement, lui

donnait les loges de Nantes qu'aura plus tard madame du Barry, reprenait

ses habitudes avec elle, en en faisant la maîtresse intérimaire entre

madame de Châteauroux et madame de Pompadour.]

[582: Bois-Jourdain raconte que ce jour le Roi ne put soutenir la séance

du Conseil jusqu'à la fin et dit à ses ministres: «Messieurs, finissez

le reste sans moi.»]

[583: Le nonce du pape Durini écrit le 13 décembre: «Le mardi 8 courant,

madame de Châteauroux mourut assistée par un religieux jésuite et

donnant des signes de repentir, au milieu d'une chambre pleine de

seigneurs de la cour selon l'habitude détestable de cette nation de

mourir en public.»]

[584: La _remarquable histoire de la vie de la défunte Anne Marie de

Mailly, duchesse de Châteauroux, favorite de Louis quinzième, roi de

France_ (publiée en allemand en 1746) donne à propos du testament de la

femme, un détail sur l'achat de dentelles pendant la campagne de 1744

qui ne se trouve que là. Je crois n'avoir pas besoin de dire qu'il y a

une grande exagération dans la note de l'écrivain allemand, enfin la

voici telle qu'elle a été rédigée. «Par son testament elle (la duchesse

de Châteauroux) institua la duchesse de Lauraguais héritière de ses

meubles et objets précieux. Cela se monte à plusieurs millions entre

autres pour un million de dentelles qu'elle avait achetées pendant son

séjour en Flandres. Le duché de Châteauroux fait retour à la couronne;

le roi a cependant ordonné de payer aux trois sœurs sur ce duché une

rente viagère de 25,000 livres.»]

[585: Le P. Segaud qui l'avait assistée à ses derniers moments,

racontait que l'entretenant de la confiance que nous devons avoir à la

sainte Vierge, la duchesse lui avait dit que dans tous les temps elle

avait porté sur elle une petite médaille de la sainte Vierge et qu'elle

avait demandé deux grâces par son intercession: l'une de ne point mourir

sans sacrements, l'autre de mourir le jour d'une des fêtes de la

Vierge.]

[586: Madame la Dauphine, se trouvant très-bien le premier mercredi de

février 1757, prenait sa tasse de chocolat d'habitude. L'instant d'après

elle se trouvait mal; les syncopes, une perte effroyable survenaient...

Tronchin appelé parlait d'une _crise surnaturelle_ et madame Adélaïde

lui administrait _le contre-poison de madame de Verrue_ qu'elle tenait

de la princesse de Carignan et qu'elle avait toujours dans les cassettes

qui la suivaient. Par hasard, ce jour-là, madame Adélaïde qui préparait

tous les jours le chocolat de la princesse ne l'avait pas fait. Beccari

des petits appartements fut soupçonné; Dour, garçon d'office, lui avait

vu apprêter la tasse de chocolat suspecte et avait dit qu'il ne

comprenait pas comment il fallait autant de temps pour préparer une

tasse de chocolat, et pourquoi on y faisait entrer autant d'ingrédients,

des eaux qu'on tirait de divers flacons.]

[587: _Aqua tofana._]

[588: _L'Espion dévalisé_. Londres, 1781.]

[589: De Luynes confirme les propos de madame de Châteauroux disant que

pendant sa maladie elle avait été empoisonnée à Reims dans une

médecine.]

[590: Madame de Brancas dit que Maurepas partit à midi de Versailles,

qu'il ne fit que changer de voiture en arrivant chez lui, alla quelque

part avant de se rendre chez madame de Châteauroux, chez laquelle il ne

se rendit qu'à la fin de la journée, et elle se demande où il alla, avec

qui il s'aboucha avant la visite. Elle ajoute qu'à peine la duchesse eut

lu la lettre du Roi, elle sentit d'insupportables douleurs aux yeux et à

la tête. Ce récit doit être accepté avec la plus grande défiance. La

femme qui écrit cela ne dit-elle pas quelques lignes plus bas: «À peine

le Roi sut-il la mort de madame de Châteauroux qu'il exila M. de

Maurepas à Bourges.»]

[591: _Mémoires de madame du Hausset_, publiés par M. F. Barrière.

Lettre adressée à M. de Marigny et qui s'est trouvée jointe au cahier du

journal de madame du Hausset.--Richelieu et le bailli de Grille,

l'intime ami de madame de Châteauroux, répétaient à tout le monde

qu'elle était morte très-naturellement.]

[592: On adonné mille raisons à la mort de madame de Châteauroux. Nous

avons déjà dit que le duc de Luynes rejette absolument comme cause de la

mort de la duchesse une révolution morale survenant dans un temps

critique; cependant un contemporain la fait mourir pour s'être dégarnie

et baignée dans ce moment. Un petit livre rarissime, une espèce de

continuation du pamphlet de mademoiselle Fauque, livre que je n'ai pas

cité dans la bibliographie de madame de Pompadour et qui a pour titre:

_Mémoires pour servir à l'histoire de la marquise de Pompadour._

(Londres, aux dépens du sieur Hooper, à la Tête de César, 1763), déclare

que la duchesse de Châteauroux est morte des suites d'une tentative

d'avortement.]

[593: _Mémoires du duc de Luynes_, t VI.--Il affirme qu'il y avait aussi

un commencement d'inflammation d'un poumon.]

[594: _Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas_.--Lettres de

Lauraguais à madame ***. Buisson, 1802.]

[595: Le duc de Luynes dit au mois de décembre 1743: Madame de Mailly

s'aperçoit présentement que l'aveuglement de sa passion «allait au point

qu'il l'empêchait de sentir toute la dureté du caractère du Roi,

quoiqu'elle ait pu le remarquer souvent et qu'elle l'éprouvât

elle-même.» Et madame de Tencin, dans une lettre de 1744, parle d'une

conversation de madame de Mailly qui lui fait dire fort injustement que

l'ancienne favorite n'avait jamais aimé le Roi de bonne foi.]

[596: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. _Revue rétrospective_,

t. V.]

[597: Il semble toutefois en ces premières années de sa conversion que

l'ancienne favorite n'était point encore maîtresse de ses ressentiments.

Madame de Tencin parle d'une lettre de madame de Mailly adressée au duc

de Charost au moment de la campagne de 1744, lettre dans laquelle elle

lui demande si _les vivandières suivraient l'armée_; et à quelque temps

de là elle faisait un portrait de sa sœur, la duchesse de Châteauroux,

qu'elle terminait en disant qu'elle était «_une sotte de premier rang_».

Lors de la maladie du Roi à Metz au mois d'août 1744, Barbier dit que

madame de Mailly ne quittait pas les églises de Paris.]

[598: Chronique du règne de Louis XV. _Revue rétrospective_, t. V.--On

parlait dans ce temps d'un projet que madame de Mailly avait de fonder

une maison aux environs de Paris, où elle élèverait de jeunes personnes.

M. de Noailles applaudissait à ce projet et devait demander

l'autorisation du Roi.]

[599: Soulavie affirme tenir le fait du maréchal de Mailly.]

[600: Madame de Mailly mourait le 30 mars d'une fluxion de poitrine, le

huitième jour de sa maladie, à l'âge de quarante et un ans. Elle était

soignée avec une grande affection par son père qui l'aimait beaucoup.

Madame de Pompadour dit dans une lettre à son frère: «_La pauvre madame

de Mailly est morte, j'en suis réellement fâchée; elle étoit

malheureuse, le Roy en est touché_. Dans une autre lettre adressée à la

comtesse Lutzelbourg elle répète ses regrets presque dans la même

phrase.--Voici l'extrait de Barbier à propos de sa mort: «Cette pauvre

comtesse est morte à quarante et un ans... Le P. Boyer, ancien

prédicateur de l'Oratoire, était mort aussi d'une fluxion de poitrine

huit ou dix jours auparavant, ce qui avait d'autant plus frappé madame

de Mailly, qu'il était dans son intimité ainsi que le P. Renault. Après

les exercices de piété, ces gens-là ne se quittaient pas, mangeaient

très-souvent ensemble et faisaient, dit-on, très-bonne chère, ce qui

faisait même plaisanter quelquefois.]

[601: En décembre 1743, le duc de Luynes dit: «Les dettes de madame de

Mailly ne sont pas encore payées à beaucoup près; on a retranché aux

créanciers une partie de ce qu'ils demandoient, et on a payé un à-compte

d'un sixième tout au plus; on veut encore faire de nouveaux

retranchements, et le projet est à ce qu'il paroît de payer des

à-comptes de temps en temps. Cet arrangement est présentement la seule

chose qui fasse de la peine à madame de Mailly.» En 1751 le duc de

Luynes ajoute que madame de Mailly avait su que plusieurs des marchands

avaient perdu dans les accommodements qui avaient été faits.]

[602: Soulavie nous apprend que lors de la démolition du cimetière des

Innocents en 1785, on trouva son cercueil, que sa famille fit

transporter dans un nouveau cimetière hors les murs, où elle fut

confondue avec tous les morts.]

[603: Ces deux lettres forment le complément de la correspondance de

madame de Vintimille avec madame du Deffand, publiée dans la

_Correspondance inédite de madame du Deffand_. Paris, 1809, t. 1.]

[604: Le comte du Luc, frère de l'archevêque de Paris et son beau-père,

était mort quelques jours avant.]

[605: Correspondance inédite de la duchesse de Châteauroux avec le

maréchal duc de Noailles à l'armée de Flandre, 1743-1744. (Bibliothèque

Nationale. Manuscrits _S. F. Recueil de lettres autographes,

dix-huitième siècle_.) Nous donnons ici les lettres que nous n'avons pas

insérées dans le corps du texte.]

[606: Cette dernière lettre fait partie de la collection d'autographes

de feu M. Chambry et m'a été communiquée par lui.]

La Duchesse de Châteauroux et ses soeurs · 第 68 / 68 题