L'ORACLE.

Elle était grande et laide, une roche informe et nue, qu'elle hit éclairée

ou à l'ombre, toujours triste.

Un homme s'y égara un soir, mais perdant pied aussitôt il mourut victime,

lui fort et pensant, de cette grande chose inerte et brute, et personne ne

la montait plus. Elle demenrait à l'ombre le plus souvent des grandes cimes

autour, et le soleil ni la lune ne l'aimaient. Seule la neige s'y plaquait

lourde et compacte!

Or en une nuit de lune et de Vent (le monde déjà était vieux) quelque chose

remua au fond du rocher, et l'emplit soudain, comme d'un profond soupir. Ce

ne fut qu'un instant! quelques caillons roulèrent et un peu de neige

bleuâtre se détacha. Ce fut tout.

Mais en cet instant si vague, et d'infinie lourdeur -- le rocher subit sa

propre tristesse sourdement, comme la plante comme s'éveille l'aloès du

fond de sa torpeur, c'est ainsi que sa propre Enigme vint saisir la

montagne et lui révéla son Mystère, les liens occultes, qui la liaient aux

longs chagrins et aux incurables misères, à tout ce qui est noir ou navrant

dans la création.

Tout cela l'enveloppa comme d'une Ombre Géante. Et un accord vibra en ce

domaine silencieux! Une source s'agita affolée! elle mouta brûlante et

profonde jusque à l'ivresse, pour tarir aussitôt.

Mais la Terre -- si rèveuse en ces nuits de Lune et de Vent tressaillit et

appela. Alors des milliers d'ombres se dégagèrent des plis de Ténèbres et

s'agitèrent autour du rocher éteint pour saluer l'Idée -- le Symbole --

l'Oracle enfin qui venait de parler.

1893

Kurze Aufsätze · 第 7 / 20 题