Hauteur: 1.10.—Largeur: 1.20.—_Figures à mi-corps grandeur naturelle._

(SALLE XVI: SALLE DARU).

JEAN VAN EYCK

(Vers 1381-1445)

LA MADONE

DU CHANCELIER ROLIN

[Illustration]

_La Madone du Chancelier Rolin_

Les fervents du musée du Louvre connaissent tous cette œuvre exquise,

aussi remarquable par la beauté de la composition que par le charme du

détail, par la vérité des attitudes que par la fraîcheur d’un coloris

que l’action de cinq siècles n’a pu ternir.

La scène a pour cadre une riche demeure de Bruges, avec ses fenêtres à

petits carreaux sertis de plomb, et dont la porte à colonnes s’ouvre

sur la campagne flamande. Sur un siège exhaussé par un coussin, la

Vierge est assise tenant l’Enfant Jésus sur ses genoux. Elle est

drapée dans un magnifique manteau de pourpre dont les plis, très

amples, s’étalent sur le riche carrelage mosaïqué. Le peintre lui a

attribué la beauté blonde des Flamandes, beauté régulière mais sans

beaucoup d’expression. Ses cheveux sont bien tirés de chaque côté du

front, à la mode de l’époque, et retombent en boucles abondantes et

soyeuses sur les épaules; au-dessus de sa tête, un petit ange, les

ailes déployées, soutient une massive couronne d’or. Ses yeux baissés

suivent les mouvements de l’Enfant divin qui, d’une main, tient un

globe de cristal surmonté d’une croix, pendant que l’autre est tendue

vers le chancelier Rolin. Celui-ci, revêtu d’une ample robe de brocart

brun et or, est agenouillé devant le groupe auguste, les mains jointes,

devant un prie-Dieu recouvert d’un coussin, et sur lequel est posé

un livre de prières. Quelque belle que soit la Vierge, le personnage

du chancelier est le morceau capital de cette œuvre précieuse; son

attitude d’adoration et d’extase est traduite avec une éloquence dont

on ne trouve l’équivalent dans aucune autre peinture, sinon peut-être

dans la _Madeleine_ du Corrège, du musée de Parme.

A l’intérêt de cet auguste tête-à-tête, l’art de Van Eyck en a ajouté

un autre, celui d’un merveilleux paysage qui s’étale jusqu’à l’horizon

entre les colonnes de la porte. «Voici les jardins du palais avec les

parterres de lis, de glaïeuls et de roses, où se promènent les paons

et les oiseaux rares. Une terrasse garnie de créneaux les domine du

côté de la campagne, et de petits personnages d’une étonnante vérité

animent ce rempart. Au-delà, s’étendent à perte de vue les lumineuses

perspectives: une rivière d’où émerge une île commandée par un

château-fort; sur une des rives, une ville avec ses quais, ses rues,

son église et son port fortifié; et pour fermer l’horizon, une chaîne

de montagnes, dont les cimes se perdent dans les pâles clartés d’une

aube matinale. Tout cela foisonnant de détails microscopiques, qui sont

d’une vérité stupéfiante et qui se fondent dans une harmonie d’ensemble

presque mystique.» (_A. Gruyer._)

Dans ses dimensions réduites, la _Madone Rolin_ constitue un joyau

sans prix. Elle est le plus parfait échantillon de la première manière

du maître, toutes les qualités de ce génial artiste s’y résument et

s’y épanouissent. «La tonalité, écrit Eugène Fromentin, en est grave,

sourde et riche, extraordinairement harmonieuse et forte. La couleur

y ruisselle à pleins bords. Elle est entière, mais très savamment

composée et reliée plus savamment par des valeurs subtiles. En vérité,

quand on s’y concentre, c’est une peinture qui fait oublier tout ce qui

n’est pas elle et donnerait à penser que l’art de peindre a dit son

dernier mot, et cela dès la première heure.»

«Rien de plus fin, de plus chaste, de plus délicat, ajoute Théophile

Gautier, que cette Notre-Dame, encore un peu gênée par la symétrie

gothique, mais déjà d’une vérité et d’une finesse de dessin

incroyables. Quant à sa couleur, au lieu de se carboniser avec le

temps, elle s’est agatisée et a pris l’immuable éclat des pierres

dures.»

Beaucoup d’œuvres de Jean Van Eyck ont été attribuées à son frère aîné

Hubert, grand peintre lui aussi. Mais il semble aujourd’hui que ce

dernier ne puisse réellement revendiquer que le triptyque fameux de

_l’Adoration de l’Agneau_, merveille sans égale qui suffit amplement à

sa gloire. Il mourut avant de l’avoir terminé, et c’est son frère Jean

qui y mit la dernière main.

Jean Van Eyck ne limita pas son œuvre à la peinture religieuse; il

fut aussi un portraitiste incomparable. De son vivant, il jouit d’une

réputation européenne, et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, le

prince le plus éclairé de son temps, se l’attacha comme peintre de

sa Cour. Il lui marqua toujours une faveur particulière, l’employant

plusieurs fois à des missions diplomatiques à l’étranger. Quand Van

Eyck se fixa à Bruges, le duc vint lui rendre visite à plusieurs

reprises. On l’appelait d’ailleurs aussi _Jean de Bruges_.

On sait qu’on attribue à Jean Van Eyck la découverte de la peinture

à l’huile. Il est aujourd’hui acquis que ce procédé était connu bien

avant lui. Dès le XIIIe siècle, le moine Théophile en avait donné la

formule avec une minutieuse précision. Il n’en reste pas moins vrai

que les deux frères, Hubert et Jean Van Eyck, furent les premiers à

l’employer, et ils en usèrent avec une surprenante science, à en juger

par l’admirable degré de conservation de leurs œuvres.

Exécutée par Van Eyck pour la collégiale d’Autun, d’après les ordres

du chancelier Rolin, conseiller du duc de Bourgogne, la _Madone du

Chancelier Rolin_ fut transportée au Louvre par Napoléon Ier. Elle

porte aussi le titre de _Madone Rolin_ et celui de _Vierge au donateur_.

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Le musée du Louvre, tome 2 (of 2) · 第 44 / 91 题