LE TRACTEUR AUTOMOBILE

C'est cette semaine que se terminait le concours de tracteurs

automobiles à quatre roues motrices organisé du 6 au 20 mars par le

ministère de la Guerre. Pour n'avoir pas fait beaucoup de bruit, ce

concours n'en a pas moins donné, au point de vue militaire, des

résultats fort intéressants Il s'agissait de choisir parmi les modèles

existants un véhicule automobile capable de remorquer dans de mauvais

chemins, et même à travers champs, une charge de 15 tonnes (un wagon et

demi de marchandises). Le service de l'artillerie a, en effet, reconnu

depuis longtemps la nécessité de suivre l'exemple de l'Autriche et de

trouver le moyen d'installer rapidement sur le champ de bataille

l'artillerie lourde, l'artillerie de gros calibre que les chevaux ne

parviennent pas à amener en temps utile sur la ligne de feu. Les lourdes

voitures qui constituent ces convois nécessitent en effet d'énormes

attelages peu maniables, à peu près incapables de se déplacer à une

allure autre que le pas; elles occupent des longueurs formidables et

encombrent les routes d'une façon fâcheuse. Ajoutons que le

développement des impedimenta de nos armées est devenu tel que la

réquisition n'arrive plus que difficilement à fournir les chevaux

nécessaires. C'est pour ces raisons que l'administration de la Guerre

s'est trouvée forcée de recourir à la traction mécanique et qu'elle a

constitué un concours de tracteurs.

Les conditions à remplir étaient malheureusement assez difficiles, et

l'on se trouvait en outre forcé d'aboutir dans les deux ou trois

premiers mois de l'année de façon à pouvoir inscrire au budget de 1913

les crédits nécessaires et à faire construire les voitures avant 1914.

Il est résulté de là que les constructeurs n'ont pas eu le temps de

construire des voitures nouvelles et qu'ils ont dû amener au concours

celles qu'ils possédaient déjà. Dans ces conditions, trois tracteurs

seulement ont pu prendre part aux épreuves. Un seul d'entre eux au reste

satisfaisait complètement aux exigences du programme; c'est le tracteur

Chatillon-Panhard qui avait déjà participé antérieurement aux manoeuvres

de l'Ouest ainsi qu'à de nombreux essais exécutés tant à Vincennes qu'à

Satory.

Le concours actuel comprenait un certain nombre de parcours sur des

routes plus ou moins accidentées, mais ne présentant pas de difficultés

exceptionnelles; il comprenait aussi ce qu'on pouvait appeler une série

d'exercices _acrobatiques_. C'est ainsi que le tracteur, constituant

avec ses remorques un train de 22 tonnes, a remonté près de

Neauphle-le-Château une rampe de 13 à 14% (l'équivalent de la rue Le

Nôtre au Trocadéro) A Nogent-sur-Marne, le tracteur seul a gravi la

rampe de 18% de la rue Bauyn-de-Péreuse. On a également réussi à lui

faire passer un arbre de 40 centimètres de diamètre couché en travers de

la route, etc., etc.

La photographie que nous reproduisons montre un train de voitures de 220

évoluant dans les terrains mouvants qui se trouvent au fond du terrain

de manoeuvre de Vincennes La commission d'expérience a même été jusqu'à

faire franchir au tracteur une mare d'un mètre de profondeur.

De pareilles exigences paraîtront peut-être excessives, car des efforts

de ce genre ne seront pas habituellement demandés à notre nouveau

matériel automobile, mais il était bon de savoir dès maintenant jusqu'où

l'on pouvait aller de manière à établir définitivement le programme du

futur concours de février 1914.

[Illustration: Tracteur automobile remorquant un train de voitures

d'artillerie de 22 tonnes au polygone de Vincennes.]

On peut dire dès aujourd'hui que les résultats obtenus sont excellents

et que le problème de l'artillerie lourde automobile est désormais

résolu Une première solution est acquise et notre armée possédera

prochainement un tracteur de 7 tonnes capable, grâce à ses larges roues,

de circuler dans les plus mauvais chemins de terre, voire en plein

champ, et de remplacer avantageusement les monstres de 10 ou 11 tonnes

si dangereux pour la conservation des ponts et des routes de notre pays.

L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913 · 第 53 / 55 题