Un incendie considérable, comme on n'en voit guère qu'au Japon, a éclaté
à Tokio dans la nuit du 19 au 20 février et a consumé un quartier du
district de Kanda deux fois plus étendu que le fameux Yoshiwara,
également détruit par le feu il y a quelques mois. Poussées par un vent
violent, favorisées par la légèreté des constructions faites de bois et
de papier, les flammes ont dévoré en cinq ou six heures environ trois
mille maisons parmi lesquelles se trouvaient un grand nombre d'écoles et
une église catholique française. Sur ce vaste champ de ruines, où il est
souvent difficile de distinguer les rues, les _dodzo_ ou magasins à
l'épreuve du feu sont seuls restés debout.
On chercherait en vain des mobiliers arrachés au désastre; les habitants
ont eu le sentiment très net de leur impuissance, et nul n'a essayé de
déménager. Aussi, le nombre des accidents de personnes fut fort
restreint; on compte seulement quelques blessés et un mort.
Le brasier à peine éteint, on vit les sinistrés se promener au milieu
des débris fumants pour tâcher de reconnaître l'emplacement de leur
demeure. Ici, un propriétaire marque son coin avec une carte de visite
attachée à une baguette fichée en terre; ailleurs, des palissades
s'élèvent pour délimiter les propriétés et reconstituent le tracé des
rues.
Tous ces gens, d'ailleurs, vont et viennent comme s'ils vaquaient à
leurs occupations ordinaires. La catastrophe semble n'avoir guère touché
leur impassibilité fataliste et l'on sent qu'à bref délai un quartier
neuf, tout aussi japonais et fragile, se dressera sur l'enclos
aujourd'hui couvert de cendres.