Les remedes capables d’exciter aux plaisirs de l’amour.
Les plaisirs que procure l’union des deux sexes, sont les plus vifs que
l’on puisse goûter; ce n’est qu’en amour que le riche & le pauvre
trouvent la volupté; & le simple berger n’est pas moins heureux sur le
sein de Colette qu’un souverain dans les bras de son amante.
Mais l’amour est comme le dieu _Mars_, il lui faut des sujets vigoureux;
les grâces, l’esprit, les talens peuvent lui plaire, cependant la
vigueur seule à le droit de le fixer. Comme on ne peut pas douter de ces
vérités, il est intéressant pour le bien de la population & la
satisfaction de chaque individu, que la médecine s’applique à trouver
les moyens les plus propres à nous faire longtems jouir des charmes que
procure l’amour. C’est pour remplir les devoirs d’un médecin zélé que je
mets la main à la plume; c’est pour servir l’Etat & l’amour; mais, je le
répete, mon but n’est point de favoriser la débauche.
Je ne sais pourquoi MM. mes confreres ont été si scrupuleux sur cet
article; ils se sont tous accordés à garder le silence à ce sujet, ou du
moins ce qu’ils en ont dit, est enseveli dans de pesans volumes de
matiere médicale. L’acte vénérien étant un besoin de nature comme ceux
de manger, de boire, d’uriner, d’aller à la selle, &c. il est surprenant
que la théorie & la pratique médicinale ne s’occupent que de ces
derniers. L’espoir d’être utile fait que je renonce à l’usage, ou plutôt
aux préjugés reçus dans nos _facultés_: j’entre en matiere.
Les causes de la froideur conjugale, c’est-à-dire celles qui empêchent
un individu de se livrer au coït, sont, un tempérament trop foible, reçu
de la nature, un épuisement qui est la suite de quelques excès, & la
vieillesse. Ces trois différentes maladies exigeant des traitemens qui
doivent différer entre eux, il est important de ne pas se tromper dans
l’administration des aphrodisiaques qu’on employe dans l’un ou l’autre
cas. Afin de me rendre intelligible à tous les lecteurs, je vais diviser
ces maladies & la maniere d’y remédier, en trois paragraphes.
§. I. Chaque individu reçoit de la nature, de ses parens, de
l’éducation, une organisation & un tempérament bien différens. Quelques
êtres sont privilégiés, ils naissent, & se forment pour la gloire de
l’amour: tel fut cet empereur qui écrivoit à un de ses amis, qu’ayant
fait cent prisonnieres, la premiere nuit dix d’entr’elles goûterent dans
ses bras ce que l’amour offre de plus charmant, & qu’en quinze jours,
toutes avoient senti les mêmes douceurs: tel fut encore ce tambour de
royal Wallon qui parcouroit à pas lents un cercle de cent hommes, avec
un seau plein d’eau portant sur son... _&c_. Les hommes de cette espece
sont fort rares; on en trouve plus de ceux qui sont trop foibles que de
ceux qui sont extraordinairement vigoureux.
Lorsqu’on a atteint l’âge de puberté, & qu’on s’apperçoit qu’on le
parcourt sans avoir les forces nécessaires pour profiter d’un bon à
propos; c’est un signe certain qu’on ne jouit pas d’une bonne santé. Il
faut observer si cette fonction est la seule qui se fasse avec peine,
c’est-à-dire, si cette maladie est, comme disent les médecins,
essentielle ou symptômatique: dans ce dernier cas on peut être assuré
que le froid de l’amour se dissipera aussi tôt que le vice principal
sera détruit. Mais si l’on ne s’apperçoit d’aucune autre incommodité, on
usera d’un régime & de médicamens capables de faire convenablement
opérer la sécrétion de la semence, & propres à donner aux fibres le ton
& l’élasticité dont elles ont besoin.
Un jeune homme, quoique naturellement foible, viendra à bout de se
donner un bon tempérament, en ne faisant aucun excès de quelque espece
qu’il puisse être, en faisant usage de bons alimens, en se livrant à un
exercice modéré, en fuyant les boissons spiritueuses, les veilles &
sur-tout la masturbation: voilà ce qui concerne le régime. Passons aux
remedes. Il boira, le matin à jeun & le soir deux heures après le
souper, un verre d’une décoction de _sauge_, édulcorée avec un peu de
sirop d’_œillet_. Avant le dîner, il prendra gros comme une noix de
l’électuaire suivant; ce qu’il continuera jusqu’à ce qu’il ait acquis un
certain degré de vigueur.
Electuaire.
Prenez, conserve de romarin, deux onces,
Racine d’éryngium confite, six gros,
Amandes douces, une once & demi,
Macis, un scrupule.
Confection alkermès, quantité suffisante pour donner à l’électuaire la
consistance requise[32].
[32] Comme cet électuaire pourroit ne pas être du goût de tous les
malades, on pourra y substituer d’autres aphrodisiaques: on
trouvera, dans le troisieme paragraphe, une liste de toutes les
substances qui sont de cette nature.
§. II. Quand la foiblesse des parties de la génération est une suite du
libertinage & l’effet d’un épuisement général, il faut d’abord que le
malade s’éloigne des plaisirs de la ville & de ses sociétés dangereuses,
pour aller respirer l’air de la campagne. Il se mettra à l’usage du
laitage, si son estomac peut le supporter; ses alimens seront les œufs
frais, des viandes légeres, du bon bouillon, &c. Il prendra chaque jour
le soir & le matin, une petite cuillerée de l’essence suivante.
Essence animale.
Prenez une pinte de bonne eau de vie, versez-en la quatrieme partie dans
un grand vase de fayance, faites-y dégoûter le sang de sept jeunes coqs,
& ayez soin de battre l’eau-de-vie à mesure que le sang y dégoûte,
versez-y ensuite le reste de l’eau-de-vie, en remuant toujours. Ajoutez
à ce mélange deux dragmes de canelle concassée, & demi-livre de sucre
candi en poudre; mettez le tout dans une bouteille de grès bouchée avec
liége, mastic fondu, & de la vessie de cochon. Enterrez la bouteille
dans le fumier de cheval pendant quarante jours, ayant soin d’ôter celui
qui est dessus & froid, tous les trois jours, pour en mettre du chaud.
Cette essence est un puissant remede pour la génération; elle est utile
dans toutes sortes d’occasions où la nature manque, & sur-tout dans les
épuisemens par débauches.
§. III. L’amour seme notre carriere de fleurs, mais la nature ne nous
donne qu’un tems pour les cueillir. L’homme trouve toujours une belle
femme de son goût, il ne peut cependant pas le lui prouver à tout âge.
Voyez _Mondor_, regardez son hôtel, ses valets, sa cuisine, son office,
sa table, tout annonce l’aisance; il n’est pourtant pas heureux: son or
lui donne bien de belles esclaves, mais en amour, posséder n’est pas
toujours jouir.
Quoique l’âge de la vieillesse soit froid & presque impuissant, il est
prouvé que l’on peut encore le rendre agréable par les secours de l’art.
Tout Paris a vu un doyen des maréchaux de France, courtiser les femmes
pendant soixante ans & plus, & se marier dans l’âge que l’on regarde
communément comme celui de décrépitude. Ce seigneur a de grandes
obligations à la médecine, qui ne lui est pas moins redevable de son
côté, puisqu’il sert à prouver que les ordonnances hypocratiques ne sont
pas toujours des rêveries.
Un homme d’un certain âge, qui veut connoître les plaisirs de l’amour,
doit faire usage de bons alimens, manger peu & souvent. Il faut qu’il
prenne tous les mois un bain de lait. Il se fera faire tous les soirs,
en se couchant, des embrocations sur les lombes avec de l’huile de
_castor_, ou de l’esprit de vin dans lequel on aura fait infuser du
saffran. Il se baignera chaque jour les parties génitales dans une
décottion de _surriette_, faite dans du vin rouge. Avec toutes ces
précautions, le remede qui perfectionnera la cure, est le suivant.
Liniment de virilité.
Prenez du miel clarifié & de l’huile de noix muscade par expression, une
demi once de chaque sorte; de la pirethre, du poivre noir, & des
cubébes, une demi-once de chacun; du musc, un demi scrupule; de la
civette, un scrupule; du baume du Pérou, un gros; faites-en un liniment
suivant les regles de l’art.
Ce liniment est destiné pour oindre la verge & le périnée, ce qu’on ne
fera que de trois jours en trois jours au plus, car il excite
singulierement aux plaisirs de l’amour[33].
[33] Il ne seroit pas moins utile aux jeunes gens qui sont impuissans,
qu’aux vieillards. C’est l’aphrodisiaque le plus prompt, & le plus
assuré.
Comme il ne suffit pas que la chaleur animale soit momentanée, les
vieillards feront un usage constant de l’électuaire suivant; ils en
prendront, une heure avant le dîner, gros comme une noix muscade.
Electuaire aphrodisiaque.
Rx. Conserve de racine d’éringium, de satyrion... _aa_ deux onces;
de gingembre confit, six gros;
d’amandes douces, une once;
de confection alkermès, un gros;
de poudre de semence de roquette & de moutarde, trois gros de chaque;
especes diatrion piperon, deux gros;
syrop de racine d’énula, une quantité suffisante.
Mêlez le tout pour former un électuaire.
On sera peut-être surpris que je n’aye fait aucune mention de l’usage
des cantharides; mais les vrais médecins ne les ont jamais regardées
comme de vrais aphrodisiaques. Elles n’agissent qu’en irritant les voies
urinaires, & l’irritation qu’elles y produisent, est souvent mortelle.
Je conseille donc de n’y avoir jamais recours, il ne manque pas de
moyens plus sûrs & moins dangereux, ainsi qu’on le verra dans la liste
suivante.
Je le répete, mon intention n’est pas de favoriser la débauche; il faut
toujours réfléchir qu’on ne doit pas sacrifier sa santé à des plaisirs
d’un moment. L’amour est la plus belle des passions; mais elle est aussi
celle qu’il importe le plus de diriger. _Qui diligit sapientiam; diligit
vitam._