[1: La suprématie du pontife romain, présidant aux droits et aux décrets
de l'Église, assure la perpétuité de la foi; voilà pourquoi le vicaire
de Jésus-Christ restera souverain temporel tant que les chrétiens
n'auront pas trouvé un autre moyen de lui garantir l'indépendance. C'est
à lui d'user des grandeurs sans en abuser; devoir chrétien que les
malheurs de l'Église ne lui ont que trop enseigné. Le faible et tout
pacifique pouvoir que la politique a laissé au représentant de Dieu sur
la terre n'est plus aujourd'hui pour ce prêtre le chef de tous les
prêtres, qu'un moyen de donner au monde l'exemple unique des vertus de
l'apôtre, pratiquées sur le trône; et ce qui lui rendra possible cet
effort surnaturel, c'est le sentiment de sa dignité. Il sait qu'il est
nécessaire à l'Église et que l'Église est nécessaire à l'accomplissement
des vues de Dieu sur le genre humain; cette conviction suffirait pour
élever un homme ordinaire au-dessus de l'humanité.]
[2: Le grand-duc héritier avait été malade quelque temps avant l'époque
de son arrivée à Ems.]
[3: Trois années écoulées et un changement de règne, ont déjà enlevé à
cette remarque une grande partie de son à-propos.]
[4: Ne se trouvera-t-il pas en France un certain nombre d'hommes qui se
consacreraient à reproduire chez nous cette salutaire institution fondée
depuis longtemps en Prusse?]
[5: Femme de la halle.]
[6: En corrigeant les épreuves de cette lettre, je reçois une copie
littérale, et longtemps égarée, de celle de mon grand-père, que je crois
pouvoir insérer ici. La noblesse et la simplicité de langage du condamné
justifient tout ce que j'ai dit de lui plus haut.
«Adieu, mon fils, adieu. Conservez le souvenir d'un père qui vit arriver
la mort avec tranquillité. Je n'emporte qu'un regret, c'est celui de
vous laisser un nom qu'un jugement fera croire un instant coupable de
trahison, par quelques hommes crédules. Réhabilitez ma mémoire, quand
vous le pourrez; si vous obteniez mes correspondances, ce serait chose
bien facile. Vivez pour votre aimable femme, pour votre soeur que
j'embrasse; aimez-vous, aimez-moi.
«Je crois que je verrai arriver avec calme ma dernière heure; au reste
il faut y être arrivé.
«Adieu encore, adieu,
«Votre père, votre ami.»
«C.
28 août à dix heures du soir 1793.
]
[7: Une des principales causes du malentendu, c'est que beaucoup de gens
croient que les mots _gentlemen_ et _gentilhomme_ sont synonymes.]
[8: Alors régent, plus tard Roi, sous le nom de George IV.]
[9: L'auteur s'en rapporte au lecteur de bonne foi pour accorder ses
apparentes contradictions; apprendre, c'est se contredire; et de ces
divers retours qu'on fait sur les choses et sur soi-même sort une
opinion définitive la plus raisonnable qu'il soit possible d'indiquer;
la formuler définitivement appartient au philosophe, mais le voyageur
doit rester dans son rôle; il y a un degré de conséquence qui n'est qu'à
la portée du mensonge: ce n'est pas à celui-là que j'aspire.]
[10: Chez les Russes le souverain s'est appelé longtemps
_Grand-Prince_.]
[11: L'engourdissement prolongé des Slaves est la conséquence de ces
siècles d'esclavage, espèce de torture politique qui démoralise ensemble
et les uns par les autres, les peuples et les rois.]
[12: La bonne foi dont je fais profession ne m'a pas permis de rien
retrancher à cette lettre: seulement je prie de nouveau le lecteur qui
voudra bien me suivre jusqu'au bout d'attendre pour se former une
opinion sur la Russie qu'il ait pu comparer entre eux mes divers
jugements avant et après le voyage.]
[13: Écrit le 10 juin 1839.]
[14: Pierre Ier n'a pris le titre d'empereur qu'en 1721.]
[15: Dickens, dans son voyage aux États-Unis, dit que la même chose a
lieu aujourd'hui en Amérique.]
[16: L'auteur a assisté lui-même à ce désenchantement lors de son retour
de Moscou.]
[17: Schnitzler est l'auteur de la meilleure statistique qu'on ait faite
sur la Russie.]
[18: On lit dans M. de Ségur les faits suivants: «Pierre, lui-même, a
interrogé ces criminels (les Strélitz) par la torture; puis, à
l'imitation d'Iwan-le-Tyran, il se fait leur juge, leur bourreau, il
force ses nobles, restés fidèles, à trancher les têtes des nobles
coupables, qu'ils viennent de condamner. Le cruel, du haut de son trône,
assiste d'un oeil sec à ces exécutions; il fait plus, il mêle aux joies
des festins l'horreur des supplices. Ivre de vin et de sang, le verre
d'une main, la hache de l'autre, en une seule heure vingt libations
successives marquent la chute de vingt têtes de Strélitz, qu'il abat à
ses pieds, en s'enorgueillissant de son horrible adresse. L'année
d'après, le contre-coup, soit du soulèvement de ses janissaires, soit de
l'atrocité de leur supplice, retentit au loin dans l'Empire, d'autres
révoltes éclatent. Quatre-vingts Strélitz, chargés de chaînes, sont
traînés d'Azoph à Moscou; et leurs têtes, qu'un boyard tient
successivement par les cheveux, tombent encore sous la hache du Czar.»
_Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand_, par M. le général comte de
Ségur, pages 327 et 328. Paris, Baudouin, 1820, deuxième édition.]