CAROLINE.--Mais, Monsieur, personne ici n'a de lit à prêter.
M. GEORGEY.--Jé demandais pas prêter; jé demandais acheter. Allez
vitement acheter le lit de la coquine Alcide.
CAROLINE.--Combien faudra-t-il le payer, Monsieur?
M. GEORGEY.--Caroline, vous mettez en colère moi. Payez quoi demandera
lé coquine de père. Allez vitement; j'étais tout en bouillonnement.»
Caroline disparut pour exécuter l'ordre de M. Georgey; elle savait que
la contrariété le mettait dans des colères terribles, et, malgré qu'il
n'eût jamais frappé ni même injurié personne, elle avait une grande
frayeur de ses yeux étincelants, de ses dents serrées, de ses poings
crispés, de ses mouvements brusques, des coups qu'il frappait sur les
meubles. Le marché fut débattu et pas conclu.
BOUREL.--Pour qui donc demandez-vous le lit d'Alcide?
CAROLINE.--C'est pour quelqu'un qui est pressé.
BOUREL.--Il ne vaut pas grand'chose, je vous en préviens; il n'est pas
neuf, il s'en faut.
CAROLINE.--Aussi je ne pense pas que vous me demandiez un grand prix.
Vous le donnerez bien pour vingt-cinq francs?
BOUREL.--Ce n'est guère, vingt-cinq francs; mais sans couvertures,
alors.
CAROLINE.--Que voulez-vous que nous fassions d'un lit sans couvertures?
BOUREL.--_Nous_, dites-vous? C'est donc pour vous, c'est-à-dire
pour votre maître.
CAROLINE.--Certainement, et il est pressé.
BOUREL.--Ah! c'est pour M. Georgey? Et il est pressé! Il m'en donnera
bien cent francs.
CAROLINE.--Cent francs pour une patraque de lit! Quatre planches et une
méchante paillasse! Vous plaisantez, père Bourel.