L'ENGAGEMENT

Julien avait enfin rempli son engagement avec M. Georgey. Trois mois

après la fameuse foire qui avait été témoin de si fâcheux événements,

Frédéric put reprendre son travail et Julien commença le sien chez M.

Georgey.

Son nouveau maître le fit aller à l'école; Julien avait de la mémoire,

de la facilité, de l'intelligence et de la bonne volonté; il apprit en

moins d'un an à lire, à écrire, le calcul, les premiers éléments de

toutes les choses que M. Georgey voulait lui faire apprendre. Tout

le monde était content de lui; il aidait à tout; il était actif,

complaisant, prévenant même; il servait M. Georgey avec un zèle et une

fidélité qui étaient vivement appréciés par le brave Anglais. Bien des

fois M. Georgey avait voulu récompenser généreusement Julien de ses

services; Julien avait toujours refusé; et quand son maître insistait,

sa réponse était toujours la même.

«Si vous voulez absolument donner, Monsieur, donnez à Mme Bonard ce que

vous voulez me faire accepter et ce que je suis loin de mériter.

--_Very well, my dear_, répondait M. Georgey; moi porter à Madme

Bonarde.»

Et il remettait en effet à Mme Bonard des sommes dont nous saurons plus

tard le montant, car M. Georgey lui avait défendu d'en parler, surtout à

Julien, qu'il aimait et qu'il voulait mettre à l'abri de la pauvreté.

«Il refusait, disait-il, et moi voulais pas lé abandonner sans fortune.

Moi voulais Juliène manger des _turkeys_.»

Un jour il trouva Mme Bonard seule, pleurant au coin de son feu.

M. GEORGEY.--Quoi vous avez, povre Madme Bonarde? Pourquoi vous faisez

des pleurements?

MADAME BONARD.--Ah! Monsieur, j'ai bien du chagrin! Je ne peux plus me

contenir. Il faut que je pleure pour me soulager le coeur.

Le Mauvais Génie · 第 94 / 160 题