PERSONNAGES.

JUSTINIEN, empereur d'Orient, MM. MORELLI.

BÉLISAIRE, chef suprême de l'armé, FORNASARI.

ANTONINE, femme de Bélisaire, MLLE GRISI.

IRENE, fille de Bélisaire et d'Antonine. MLLE NISSEN.

ALAMIR, prisonnier de Bélisaire. MM. CORELLI.

EUTROPE, chef de la garde impériale, DALFIORI.

OTTARIO, chef des Alains et des Bulgares, BONCONSIGLIO.

Choeurs.--Sénateurs, peuple, vétérans, Alains, Bulgares, suivante»

d'Irène, paysans de l'Hemus.

Comparses.--Garde impériale, prisonniers goths, guerriers grecs,

pasteurs de l'Hemus.

(La scène se passe partie à Byzance et partir dans le voisinage de

l'Hemus. L'époque remonte à l'année 580 de l'ère chrétienne. Extrait du

libretto.)

Acte 1er.--Le triomphe.

Les sénateurs et le peuple célèbrent par leurs chants et leurs voeux la

glorieuse bienvenue de Bélisaire, qui, par son talent et sa bravoure, a

su rendre Byzance rivale de Rome. Irène, sa fille, et Eutrope, son amie,

vont aller sur la rive pour le combler de caresses et de l'amour filial.

Joie du peuple. (Extrait de l'argument.)

[Illustration.]

[Note 2: Voir, pour plus amples renseignements, l'article que

_l'Illustration_ a déjà publié sur cet opera, à la page 119 du volume

II, no. 36.]

La scène ne reste pas longtemps vide. Mademoiselle Grisi, c'est-à-dire

madame Bélisaire, ayant pour petit nom Antonine, vient la remplir. Un

lion, qui remonte à l'an 580 de l'ère chrétienne, s'avance à sa

rencontre; son groom le suit. Ce lion, si élégamment vêtu et décoré,

c'est Eutrope. «Écoute et frémis! lui crie Antonine d'une voix

proportionnée à l'ampleur de sa taille et à la circonférence de sa

bouche.

[Illustration.]

«Mon époux Bélisaire est un parricide, lui dit-elle; je ne puis aimer un

père qui a abandonné son premier-né aux monstres des forêts ou des eaux,

et qui a refusé ses cendres à sa mère. Je t'aime, tu m'aimes,

aimons-nous, et vengeons la mort de mon enfant. Bélisaire mort, je

t'épouse.--Tout est prêt, répond Eutrope; j'ai ajouté un paragraphe un

peu _chouette_ à sa dernière lettre. Mais dissimulons.»

[Illustration.]

En effet des clairons retentissent, et l'empereur Justinien ayant fait

son entrée, va s'asseoir sur son trône pour voir défiler devant lui le

_trionfo di Belisario_.--Aussitôt Bélisaire paraît sur un char

magnifique traîné par le peuple.

[Illustration.]

Il a le front ceint d'une couronne de lauriers; et sous le manteau de

pourpre on entrevoit son armure dorée. Autour du vainqueur se tiennent

les prisonniers goths, parmi lesquels se trouve Alamir; les vétérans

ferment la marche, portant la couronne et le manteau de Vitigas, roi des

Goths. Le Choeur chante. Quand il a suffisamment faussé, Bélisaire

demande à Justinien la liberté des prisonniers. L'empereur n'a rien à

refuser à son général. Il l'embrasse, et tous les assistants se retirent

sauf Bélisaire et Alamir, «qui, dit l'argument, se sentent des

sympathies l'un pour l'autre qu'ils ne peuvent s'expliquer.» Ils

s'adoptent mutuellement pour père et pour fils.

[Illustration.]

Cependant Irène accourt vers son père, qui la prend dans ses bras; mais

Antonine-Grisi lui tourne le dos avec dégoût, en lui donnant pour excuse

qu'il vient de fumer une pipe, et qu'elle déteste l'odeur du tabac.

[Illustration.]

Bélisaire ne sait d'abord que penser d'une pareille conduite; il

commence à y réfléchir sérieusement, quand Eutrope vient l'arrêter avec

quatre hommes et un caporal, et lui ordonne de le suivre devant...

l'empereur. Bélisaire paraît surpris de ce manque d'égards; Eutrope le

lorgne avec l'aisance superbe d'un _imprésario_; mademoiselle

Grisi-Antonine se moque de lui par derrière: sa vengeance commence.

[Illustration.]

Aussitôt pris, aussitôt jugé. Accusé de trahison par Eutrope et

d'infanticide par son épouse, Bélisaire semble frappé de la foudre. Tous

les assistants font un mouvement de surprise et d'horreur. Le sénat

condamne le prévenu. Douleur d'Alamir; douleur d'Irène; joue de

mademoiselle Grisi-Antonine, qui rit à s'en tenir les côtes.

[Illustration.]

Bélisaire est emmené par les gardes, dit le libretto; Irène et Alamir

les suivent désolés. Justinien et les sénateurs paraissent bouleversés

par la douleur.

Acte II.--L'Exil.

[Illustration.]

Le peuple et les vétérans gémissent sur le malheureux sort de Bélisaire.

Quand ils ont suffisamment faussé, ils se retirent, et Alamir s'avance

vers le trou du souffleur.

On vient de lui apprendre que Justinien, imitant l'exemple du prince

Rodolphe, a fait crever les yeux à son prisonnier.

Indigné de la comparaison qu'on pourra faire entre son père adoptif et

cette infâme canaille, connue sous le nom de Maître d'écale, il jure

d'exterminer Byzance.

[Illustration.]

[Illustration.]

Pendant ce temps l'empereur, qui ne se rappelle pas parfaitement bien

les _Mystères de Paris_, fait mettre l'aveugle à la porte de sa maison,

sans lui donner même un Chourineur pour le conduire dans un domicile

quelconque, il ne lui laisse pour toute fortune qu'une vieille tunique,

une canne sans pomme d'or et une guitare. Mais Bélisaire est plus

heureux que le Maître d'école; il possède un chien, et il retrouve sa

fille, qui se charge de doubler son caniche. Joie mutuelle du père, de

la fille et du chien, qui chantent un trio.

[Illustration.]

Acte III.--La Mort.

Bélisaire, toujours aveugle, se promène avec sa fille et son chien sur

les hauteurs de l'Hémus.--Fatigués, ils se reposent; puis entendant du

bruit, ils se cachent dans une anfractuosité du rocher. Du sommet de la

montagne descend une horde d'Alains et de Bulgares conduits par Alamir

et Ottario, et dessiné d'après le procédé Rouillet.

[Illustration.]

Alamir veut que Bélisaire se mette à la tête des troupes qu'il conduit

contre Justinien; Bélisaire refuse. Ils se fâchent d'abord, puis ils

s'expliquent: Alamir est le fils que Bélisaire a jadis abandonné aux

monstres des forêts et des eaux.

io i

Che fosse oh qual momenti!

ei e

[Illustration.]

Ils chantent en se tenant embrassés:

(figlio )

Se il (fratel ) stringere.

(padre)

Mi e dato al seno

Pia non desira

3

So liet appieno

o

Tanto del giubilo

E in me l'ecceso

Che parmi d'essere

3

Rapit in cielo!

o

[Illustration.]

Il y a, dit l'argument, un mouvement sympathique jusque parmi les

Barbares. Nous renonçons à représenter les effets de leur émotions.

Retournons maintenant chez Justinien, où va se dénouer ce drame

intéressant.

«Justinien, dit l'argument, donne des ordres pour la bataille du

lendemain, lorsque, pâle et échevelée, mademoiselle Grisi-Antonine

paraît, et vient se reconnaître coupable du mal que l'on a fait

injustement à Bélisaire.»

Elle étend les bras, lève les yeux au ciel, crie, pleure et ne s'arrache

pas un seul cheveu. Mais, hélas! à ce moment Bélisaire, «accompagné

d'une lugubre musique,» est apporté sur une civière par deux messagers

parisiens; une flèche ennemie l'a tué.

[Illustration.]

Le pauvre homme rend le dernier soupir sans pouvoir chanter la plus

petite cavatine. Il recommande ses deux enfants à Justinien, qui lui dit

«ami» d'une voix étouffée et en lui serrant la main.

Silence universel. Mademoiselle Grisi-Antonine reste immobile en

regardant le corps de Bélisaire; Justinien et le choeur chantent:

Abborrita dei mortali

Condamnata dall' eterno,

Viva, iniqua, e tutti mali

Prova in terra dell' Averno...

Frema il cielo a te d'intorno...

Nieghi e te la luce il giorno...

Ogui instante di tua vita

Cruda morte sia per te.

A ces paroles, mademoiselle Grisi veut s'enfuir comme une insensée; mais

se trouvant auprès du cadavre de Bélisaire, elle pousse un grand cri et

tombe sur le sol.

[Illustration.]

Mouvement universel d'horreur!!!!!

Académie des Sciences.

L'Illustration, No. 0038, 18 Novembre 1843 · 第 5 / 18 题