1.--Sur le banc qui était le long du mur, si on se rappelle, et était
surmonté d’une couronne d’épines,
2.--Un soir qui fut de ces jours-là, je suis revenu comme un voyageur
fatigué, et m’étant penché dans l’ombre, je vis que le banc de pierre
respirait.
3.--Car Jean Zacharie y était assis, comme s’il n’avait pas bougé, par
miracle, depuis que j’étais parti d’auprès de lui, si on se rappelle,
voilà des années.
4.--Je m’assis à ma place auprès de lui (Deux hommes forment côte à côte
dans l’ombre, une seule ombre, séparée au milieu par de la mort).
5.--Mais le soir ôte, comme je l’ai vu dans mes premiers jours, le
masque de la figure sur la figure, et même le masque de la poitrine sur
le cœur.
6.--Et nous parlâmes bas, comme si la nuit était petite.
7.--Et on ne voyait pas dans la nuit la couronne d’épines, mais sachant
qu’elle était là, on y croyait.
8.--Tu vois, je suis revenu.
9.--Je sais maintenant combien l’œuvre est joie, et combien cette joie
est souffrance et guerre.
10.--Et que la paix ne sera pas faite avec la paix.
11.--Ne le sais-tu pas, dit-il.
12.--Maintenant, je le sais.
13.--Et même, je sais que je le savais autrefois.
14.--Puis, ayant dit ce que nous dîmes, il n’y eut plus qu’un silence
qui nous ressemblait.
15.--Alors, à moi qui ne bougeais point, il dit:
16.--Où vas-tu, Seigneur?
17.--Ayant baissé la tête sous la couronne terrible suspendue, je
répondis avec toute mon ombre: