[266] Dans les scènes VI et VII du Ier acte des _Folies

amoureuses_ de Regnard, des expressions militaires deviennent des

métaphores galantes comme dans les passages cités plus haut, et à

la scène VII de l'acte II des termes de musique servent de

langage secret.

[267] Voyez ci-après, p. 205, note 1.

[268] Voyez la dernière variante de _la Suite du Menteur_.

[269] Acte I, scène III, vers 295.

[270] Acte I, scène III, vers 275-284.

[271] Acte I, scène II, vers 215-218.

[272] Dans _Jodelet ou le Maître valet_[272-a], quand don Juan

apprend qu'au lieu de son portrait, Isabelle a reçu celui de

Jodelet, il s'écrie:

Et qu'aura-t-elle dit de ta face cornue?

Chien, qu'aura-t-elle dit de ton nez de blaireau?

Infâme.

JODELET.

Elle aura dit que vous n'êtes pas beau,

Et que si nous étions artisans de nous-mêmes,

On ne verroit partout que des beautés extrêmes,

Qu'un chacun se feroit le nez efféminé,

Et que vous l'avez tel que Dieu vous l'a donné.

Dans _Jodelet duelliste_[272-b], Béatris lui dit en manière de

compliment:

O mon cher Jodelet, au visage de dogue.

Gusman, parlant de _D. Bertrand de Cigarral_, son maître, rôle que

remplissait Jodelet dans la pièce de Thomas Corneille qui porte ce

titre[272-c], fait la réflexion suivante:

.... Quant à la parole, il a grand agrément,

Et débite son fait fort nazillardement.

Enfin, dans _l'Amour à la mode_[272-d], du même auteur, où nous

voyons Jodelet reparaître sous le nom de Cliton, Lisette lui met

ainsi sous les yeux les défauts de sa personne:

Tu m'abandonnerois, toi que met hors de mise

Ton poil déjà grison et ta nazillardise!

De si belles qualités ne pouvaient manquer de figurer dans son

épitaphe; aussi Loret n'eut-il garde de les oublier, et mit-il

dans sa _Gazette_ du 3 avril 1660, quelques jours après la mort du

célèbre comédien:

Ici gît qui de Jodelet

Joua cinquante ans le rôlet,

Et qui fut de même farine

Que Gros-Guillaume et Jean Farine,

Hormis qu'il parloit mieux du nez

Que lesdits deux enfarinés.

.....................

On voit que, dans l'emploi que tenait Jodelet, son vice de

prononciation était considéré comme un agrément. Tel est aussi

l'avis d'un autre contemporain, qui se flatte de nous faire

connaître la cause de ce défaut: «Jodelet parle du nez pour avoir

été mal pansé.... (Tallemant nous dit de quel mal), et cela lui

donne de la grâce[272-e].»

[272-a] Comédie en cinq actes, par Scarron, représentée en 1645,

Acte I, scène I.

[272-b] Comédie en cinq actes, par Scarron, représentée d'abord,

en 1646, sous le titre des _Trois Dorothées_. Acte II, scène II.

[272-c] Comédie en cinq actes, représentée en 1650. Acte I, scène

II.

[272-d] Comédie en cinq actes, représentée en 1651. Acte IV,

scène VII.--Nous connaissons encore trois pièces, outre celles

dont nous venons de parler, où Jodelet figure sous son nom:

_Jodelet astrologue_, comédie en cinq actes et en vers, par

Douville, représentée en 1646; _le Déniaisé_, comédie en cinq

actes et en vers, de Gillet et de Tessonnerie, représentée en

1647; enfin _le Geôlier de soi-même_, comédie en cinq actes et en

vers, de Thomas Corneille, jouée en 1655. «Cette pièce, qui a

toujours conservé ce titre dans les œuvres de son auteur, se

représente cependant depuis très-longtemps, disent les frères

Parfait (tome V, p. 120, note _a_), sous celui de _Jodelet

prince_.»

[272-e] _Historiettes_, tome VII, p. 177.

[273] Cette date est précisée dans un article de la _Gazette_ du

15 décembre 1634, trop curieux pour que nous ne le donnions pas

en entier; il est intitulé: _La jonction de six acteurs de la

troupe de Mondori à celle de Belle-Roze_. «N'en déplaise aux

rabat-joie, l'étendue de mes récits n'étant pas limitée dans le

détroit d'une gravité toujours sérieuse, comme l'une de leurs

utilités est de servir au divertissement, ils ne doivent pas

bannir les choses qui y servent; et par ainsi je ne dois pas

taire le soin que Sa Majesté a voulu prendre de joindre à la

troupe de Belleroze les six acteurs que vous avez en lettre

italique, pour les distinguer des autres en leur liste que voici:

Les hommes: Belleroze, Belleville, _l'Espy_, _le Noir_,

Guillot-Gorju, S. Martin, _Jodelet_, _la France_ ou _Jaquemin

Jadot_, _Alizon_. Les femmes: la Belleroze, la Beaupré, la

Vaillot, _la Noir_. Cette vieille troupe, renforcée de sa

nouvelle recrue, fit, le 10 courant, trouver l'hôtel de

Bourgoigne trop petit à l'affluence du peuple devant lequel elle

représenta _le Trompeur puni_ du sieur Scudéri; tandis que

Mondori (ne désespérant point pour cela du salut de sa petite

république) tâche à réparer son débris, et ne fait pas moins

espérer que par le passé de son industrie.»--A la fin de cet

article vient comme transition la phrase suivante: «Et sans

sortir de ce sujet, vous serez avertis....» Puis la petite

rectification, relative à _Mélite_, que nous avons donnée tome I,

p. 132 et 133.--Suivant Tallemant (tome VII, p. 173), le Roi

renforça ainsi la troupe de Bellerose, «peut-être pour faire

dépit au cardinal de Richelieu, qui affectionnoit Mondory.»

[274] Les frères Parfait ne font nulle mention de ce retour de

Jodelet au Marais; mais Tallemant, après avoir constaté ainsi le

passage de ce comédien à l'hôtel de Bourgogne: «Baron et la

Villiers avec son mari, et Jodelet même, allèrent à l'hôtel de

Bourgogne» (tome VII, p. 174), ajoute dans la même _Historiette_:

«Jodelet, pour un fariné naïf, est un bon acteur; il n'y a plus

de farce qu'au Marais, où il est, et c'est à cause de lui qu'il y

en a. Il dit une plaisante chose au _Timocrate_ du jeune

Corneille» (p. 176 et 177). Or, suivant les frères Parfait, le

_Timocrate_, tragédie de Th. Corneille, a été représenté au

Marais en 1656.

[275] Voyez la Notice de _Cinna_, tome III, p. 364.

[276] _Mercure de France_, mai 1740, p. 847 et 848.

[277] Pages 276-278.

[278] _Historiettes_, tome VII, p. 176.

[279] Voyez Lemazurier, _Galerie historique_, tome I, p. 129; les

_Œuvres de Corneille_, édition de Lefèvre, tome V, p. 10, note

2.--Le _Journal du Théâtre françois_ donne pour _le Menteur_ une

liste d'acteurs fort complète, mais des plus invraisemblables, et

où il n'est nullement tenu compte des indications fournies par

Corneille lui-même: «La troupe royale mit au théâtre.... une

comédie nouvelle de Corneille intitulée _le Menteur_.... Les

acteurs furent: la Grange, la Thuillerie, de Villiers,

Hauteroche, Poisson; les actrices: les demoiselles Raisin,

Angélique, Delagrange et Dennebaut.» (Folio 842 recto.)

[280] Scène VI.

[281] Remarquons que la supposition très-légitime faite par

l'auteur dramatique est devenue, dans un feuilleton du _Moniteur_

du 11 juin 1862, une anecdote littéraire bien établie: «Quelques

années avant, y est-il dit, il avait fait les honneurs de sa

ville à Molière, lorsque ce dernier vint y jouer la comédie du

_Menteur_.

[282] _Molière et sa troupe_, par M. Soleirol, p. 67.

[283] Vers 8.

[284] _Lettre à Mylord*** sur Baron..._, p. 5.

[285] _La Suite du Menteur_, acte I, scène III, vers 291.

[286] Tome V, p. 370.

[287] Note sur le vers 295 de _la Suite du Menteur_ (acte I,

scène III).

[288] _Préface_ du _Menteur_, édition de 1764.

[289] Tome I, p. 149.

ÉPÎTRE[290].

MONSIEUR,

Je vous présente une pièce de théâtre d'un style si éloigné de ma

dernière, qu'on aura de la peine à croire qu'elles soient parties

toutes deux de la même main, dans le même hiver. Aussi les raisons qui

m'ont obligé à y travailler ont été bien différentes. J'ai fait

_Pompée_ pour satisfaire à ceux qui ne trouvoient pas les vers de

_Polyeucte_ si puissants que ceux de _Cinna_, et leur montrer que j'en

saurois bien retrouver la pompe quand le sujet le pourroit souffrir;

j'ai fait _le Menteur_ pour contenter les souhaits de beaucoup

d'autres qui, suivant l'humeur des François, aiment le changement, et

après tant de poëmes graves dont nos meilleures plumes ont enrichi la

scène, m'ont demandé quelque chose de plus enjoué qui ne servît qu'à

les divertir. Dans le premier, j'ai voulu faire un essai de ce que

pouvoit[291] la majesté du raisonnement, et la force des vers, dénués

de l'agrément du sujet; dans celui-ci, j'ai voulu tenter ce que

pourroit l'agrément du sujet, dénué de la force des vers. Et

d'ailleurs, étant obligé au genre comique de ma première réputation,

je ne pouvois l'abandonner tout à fait sans quelque espèce

d'ingratitude. Il est vrai que comme alors que je me hasardai à le

quitter, je n'osai me fier à mes seules forces, et que pour m'élever à

la dignité du tragique, je pris l'appui du grand Sénèque, à qui

j'empruntai tout ce qu'il avoit donné de rare à sa _Médée_: ainsi,

quand je me suis résolu de repasser du héroïque[292] au naïf, je n'ai

osé descendre de si haut sans m'assurer d'un guide[293], et me suis

laissé conduire au fameux Lope de Vega[294], de peur de m'égarer dans

les détours de tant d'intriques que fait notre Menteur. En un mot, ce

n'est ici qu'une copie d'un excellent original qu'il a mis au jour

sous le titre de _la Verdad sospechosa_[295]; et me fiant sur notre

Horace, qui donne liberté de tout oser aux poëtes ainsi qu'aux

peintres[296], j'ai cru que nonobstant la guerre des deux couronnes,

il m'étoit permis de trafiquer en Espagne. Si cette sorte de commerce

étoit un crime, il y a longtemps que je serois coupable, je ne dis pas

seulement pour _le Cid_, où je me suis aidé de don Guillen de Castro,

mais aussi pour _Médée_, dont je viens de parler, et pour _Pompée_

même, où pensant me fortifier du secours de deux Latins, j'ai pris

celui de deux Espagnols, Sénèque et Lucain étant tous deux de Cordoue.

Ceux qui ne voudront pas me pardonner cette intelligence avec nos

ennemis approuveront du moins que je pille chez eux; et soit qu'on

fasse passer ceci pour un larcin ou pour un emprunt, je m'en suis

trouvé si bien, que je n'ai pas envie que ce soit le dernier que je

ferai chez eux. Je crois que vous en serez d'avis, et ne m'en

estimerez pas moins.

Je suis,

MONSIEUR,

Votre très-humble serviteur,

CORNEILLE.

NOTES:

[290] Cette épître ne se trouve que dans les éditions antérieures

à 1660.

[291] _Pouvoit_ est au singulier dans toutes les éditions

publiées du vivant de Corneille.

[292] Tel est le texte de toutes les impressions (de 1644 à

1656).

[293] VAR. (édit. de 1648-1656): sans m'assurer d'une guide.

[294] Voyez ci-dessus la _Notice_, p. 119, et plus bas

l'_Examen_, p. 137.

[295] VAR. (édit. de 1644 in-12 et de 1648-1656): de _la

sospechosa Verdad_.

[296] .... _Pictoribus atque poetis

Quidlibet audendi semper fuit æqua potestas_.

(_Art poétique_, vers 9 et 10.)

AU LECTEUR[297].

Bien que cette comédie et celle qui la suit soient toutes deux de

l'invention de Lope de Vega[298], je ne vous les donne point dans le

même ordre que je vous ai donné _le Cid_ et _Pompée_, dont en l'un

vous avez vu les vers espagnols, et en l'autre les latins, que j'ai

traduits ou imités de Guillen de Castro et de Lucain. Ce n'est pas que

je n'aye ici emprunté beaucoup de choses de cet admirable original;

mais comme j'ai entièrement dépaysé les sujets pour les habiller à la

françoise, vous trouveriez si peu de rapport entre l'espagnol et le

françois, qu'au lieu de satisfaction vous n'en recevriez que de

l'importunité.

Par exemple, tout ce que je fais conter à notre Menteur des guerres

d'Allemagne, où il se vante d'avoir été, l'Espagnol le lui fait dire

du Pérou et des Indes, dont il fait le nouveau revenu; et ainsi de la

plupart des autres incidents, qui bien qu'ils soient imités de

l'original, n'ont presque point de ressemblance avec lui pour les

pensées, ni pour les termes qui les expriment. Je me contenterai donc

de vous avouer que les sujets sont entièrement de lui, comme vous les

trouverez dans la vingt et deuxième partie de ses comédies[299]. Pour

le reste, j'en ai pris tout ce qui s'est pu accommoder à notre usage;

et s'il m'est permis de dire mon sentiment touchant une chose où j'ai

si peu de part, je vous avouerai en même temps que l'invention de

celle-ci me charme tellement, que je ne trouve rien à mon gré qui lui

soit comparable en ce genre, ni parmi les anciens, ni parmi les

modernes. Elle est toute spirituelle depuis le commencement jusqu'à la

fin, et les incidents si justes et si gracieux, qu'il faut être, à mon

avis, de bien mauvaise humeur pour n'en approuver pas la conduite, et

n'en aimer pas la représentation.

Je me défierois peut-être de l'estime extraordinaire que j'ai pour ce

poëme, si je n'y étois confirmé par celle qu'en a faite un des

premiers hommes de ce siècle, et qui non-seulement est le protecteur

des savantes muses dans la Hollande, mais fait voir encore par son

propre exemple que les grâces de la poésie ne sont pas incompatibles

avec les plus hauts emplois de la politique et les plus nobles

fonctions d'un homme d'État. Je parle de M. de Zuylichem[300],

secrétaire des commandements de Monseigneur le prince d'Orange. C'est

lui que MM. Heinsius et Balzac ont pris comme pour arbitre de leur

fameuse querelle[301], puisqu'ils lui ont adressé l'un et l'autre

leurs doctes dissertations, et qui n'a pas dédaigné de montrer au

public l'état qu'il fait de cette comédie par deux épigrammes,

l'un[302] françois et l'autre latin, qu'il a mis au devant de

l'impression qu'en ont faite les Elzéviers, à Leyden[303]. Je vous les

donne ici d'autant plus volontiers, que n'ayant pas l'honneur d'être

connu de lui, son témoignage ne peut être suspect, et qu'on n'aura pas

lieu de m'accuser de beaucoup de vanité pour en avoir fait parade,

puisque toute la gloire qu'il m'y donne doit être attribuée au grand

Lope de Vega, que peut-être il ne connoissoit pas pour le premier

auteur de cette merveille de théâtre.

NOTES:

[297] Parmi les éditions publiées en France du vivant de

Corneille, les seules qui donnent cet avis _Au lecteur_ et les

deux pièces de vers qui le suivent sont celles de 1648, 1652 et

1655.

[298] Voyez ci-dessus la _Notice_, p. 119, et plus bas

l'_Examen_, p. 137.

[299] Voyez plus loin le commencement de l'Appendice du

_Menteur_, p. 241 et 242.

[300] Constantin Huyghens, seigneur de Zuylichem, né à la Haye,

le 4 septembre 1596, mort en 1687, père du célèbre astronome

Christian Huyghens. Il était, dans le temps où Corneille écrivait

_le Menteur_, secrétaire des commandements de Henri-Frédéric,

prince d'Orange, mort en 1647, et le fut ensuite successivement

de Guillaume II et de Guillaume III.--On trouvera pour la

première fois dans notre édition deux lettres que Corneille lui a

écrites, l'une le 6 mars 1649, l'autre le 20 mai 1650. Notre

poëte lui a adressé dans cette même année 1650 la dédicace de

_Don Sanche_.

[301] Cette querelle avait pour objet l'_Herodes infanticida_,

tragédie d'Heinsius dont Corneille a déjà parlé (voyez tome I, p.

102, et tome III, p. 480). On lit dans un passage des _Mélanges

de littérature tirez des lettres manuscrites de M. Chapelain_,

relatif aux lettres de M. de Zuylichem: «Il y en a une entre

autres où M. Huyghens conseille à Heinsius de ne pas répondre à

la dissertation de Balzac sur l'_Herodes infanticida_» (p. 94).

Heinsius tint peu de compte de ce conseil, comme on va le voir.

La discussion dura plusieurs années et fit naître un grand nombre

d'ouvrages. Voici les titres des principaux:

_Discours_ (par Balzac) _sur une tragédie de M. Heinsius,

intitulée_: «Herodes infanticida.» Paris, P. Rocolet, 1636, in-8º.

_Danielis Heinsii epistola, qua dissertationi D. Balsaci ad

Herodem infanticidam respondetur.... editore Marco Zuerio

Boxhornio._ Lugd. Batavorum, ex officina Elzeviriana, 1636, in-8º.

_Response à la lettre et au discours de Balzac sur une tragédie de

Heins, intitulée_: «Herodes infanticida.» 1642, in-8º (par de

Croi, ministre en Languedoc).

_Cl. Salmasii ad Ægidium Menagium epistola super Herode

infanticida, Heinsii tragœdia, et censura Balsacii._ Parisiis,

apud viduam M. Dupuis, 1644, in-8º.

[302] _Épigramme_ était alors généralement du masculin. Voyez le

_Lexique_.

[303] Il s'agit probablement de l'édition du _Menteur_ publiée en

1645, à l'enseigne de la sphère, dans un petit format in-12, et

décrite sommairement à la p. 109 de l'_Essai bibliographique sur

les éditions des Elzéviers_, par Bérard.

HOMMAGES ADRESSÉS A CORNEILLE

IN PRÆSTANTISSIMI POETÆ GALLICI

CORNELII

COMŒDIAM QUÆ INSCRIBITUR

_MENDAX_[304].

_Gravi cothurno torvus, orchestra truci

Dudum cruentus, Galliæ justus stupor

Audivit et vatum decus Cornelius.

Laudem poetæ num mereret comici

Pari nitore et elegantia, fuit

Qui disputaret, et negarunt inscii;

Et mos gerendus insciis semel fuit;

Et, ecce, gessit, mentiendi gratia

Facetiisque, quas Terentius, pater

Amœnitatum, quas Menander, quas merum

Nectar Deorum Plautus et mortalium,

Si sæculo reddantur, agnoscant suas,

Et quas negare non graventur non suas.

Tandem poeta est: fraude, fuco, fabula,

Mendace scena vindicavit se sibi.

Cui Stagiræ venit in mentem, putas,

Quis qua præivit supputator algebra,

Quis cogitavit illud Euclides prior,

Probare rem verissimam mendacio?_

CONSTANTER[305], 1645.

A MONSIEUR

CORNEILLE,

SUR SA COMÉDIE

_LE MENTEUR_[306].

Eh bien! ce beau _Menteur_, cette pièce fameuse,

Qui étonne le Rhin et fait rougir la Meuse,

Et le Tage et le Pô, et le Tibre romain,

De n'avoir rien produit d'égal à cette main,

A ce Plaute rené, à ce nouveau Térence,

La trouve-t-on si loin ou de l'indifférence

Ou du juste mépris des savants d'aujourd'hui?

Je tiens tout au rebours qu'elle a besoin d'appui,

De grâce, de pitié, de faveur affétée,

D'extrême charité, de louange empruntée.

Elle est plate, elle est fade, elle manque de sel,

De pointe et de vigueur; et n'y a carrousel

Où la rage et le vin n'enfante des Corneilles

Capables de fournir de plus fortes merveilles.

Qu'ai-je dit? Ah! Corneille, aime mon repentir;

Ton excellent _Menteur_ m'a porté à mentir.

Il m'a rendu le faux si doux et si aimable,

Que sans m'en aviser, j'ai vu le véritable

Ruiné de crédit, et ai cru constamment

N'y avoir plus d'honneur qu'à mentir vaillamment.

Après tout, le moyen de s'en pouvoir dédire?

A moins que d'en mentir, je n'en pouvois rien dire.

La plus haute pensée au bas de sa valeur

Devenoit injustice et injure à l'auteur.

Qu'importe donc qu'on mente, ou que d'un foible éloge

A toi et ton _Menteur_ faussement on déroge?

Qu'importe que les Dieux se trouvent irrités

De mensonges ou bien de fausses vérités?

CONSTANTER.

NOTES:

[304] Ce petit poëme latin se trouve sans aucune variante, et tel

que nous le donnons d'après Corneille, en tête des éditions

elzéviriennes du _Menteur_, de 1645 et de 1647. Il n'est pas dans

la 1re édition des poésies latines de Zuylichem (Leyde, 1644),

mais seulement dans la 2e, au livre X (p. 237) des _Épigrammes_

(la 1re n'en a que IX livres). Cette seconde édition a été

publiée en 1655, à la Haye, par Louis Huyghens, sous ce titre:

_Constantini Hugenii, equitis_; _Zulichemi, Zeelhemi, etc.,

toparchæ_; _principi Auriaco a consiliis_; _Momenta desultoria_;

_poematum libri XIV_. Le vers 13: _Et quas negare_, etc., y a été

supprimé, et, à la fin du vers 16, on lit _cui_, au lieu de

_putas_.

[305] Cette devise, qui figure sur le titre des poésies

hollandaises de Zuylichem, est une allusion à son prénom de

Constantin.

[306] Cette pièce se lit, comme la précédente, en tête des

éditions elzéviriennes de 1645 et de 1647, qui, au vers 8,

donnent l'une et l'autre: _J'ose dire_, au lieu de: _Je tiens

tout_.

EXAMEN.

Cette pièce est en partie traduite, en partie imitée de l'espagnol. Le

sujet m'en semble si spirituel et si bien tourné, que j'ai dit souvent

que je voudrois avoir donné les deux plus belles que j'aye faites, et

qu'il fût de mon invention. On l'a attribué au fameux Lope de

Végue[307]; mais il m'est tombé depuis peu entre les mains un volume

de don Juan d'Alarcon, où il prétend que cette comédie est à lui, et

se plaint des imprimeurs qui l'ont fait courir sous le nom d'un

autre[308]. Si c'est son bien, je n'empêche pas qu'il ne s'en

ressaisisse. De quelque main que parte cette comédie, il est constant

qu'elle est très-ingénieuse; et je n'ai rien vu dans cette langue qui

m'aye satisfait davantage. J'ai tâché de la réduire à notre usage et

dans nos règles; mais il m'a fallu forcer mon aversion pour les _a

parte_[309], dont je n'aurois pu la purger sans lui faire perdre une

bonne partie de ses beautés[310]. Je les ai faits les plus courts que

j'ai pu, et je me les suis permis rarement sans laisser deux acteurs

ensemble qui s'entretiennent tout bas cependant que[311] d'autres

disent ce que ceux-là ne doivent pas écouter. Cette duplicité d'action

particulière ne rompt point l'unité de la principale, mais elle gêne

un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'attacher,

et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de

donner à une. L'unité de lieu s'y trouve, en ce que tout s'y passe

dans Paris; mais le premier acte est dans les Tuileries, et le reste

à la place Royale[312]. Celle de jour n'y est pas forcée, pourvu qu'on

lui laisse les vingt et quatre heures[313] entières[314]. Quant à

celle d'action, je ne sais s'il n'y a point quelque chose à dire, en

ce que Dorante aime Clarice dans toute la pièce et épouse Lucrèce à la

fin, qui par là ne répond pas à la protase. L'auteur espagnol lui

donne ainsi le change pour punition de ses menteries, et le réduit à

épouser par force cette Lucrèce qu'il n'aime point. Comme il se

méprend toujours au nom, et croit que Clarice porte celui-là, il lui

présente la main quand on lui a accordé l'autre, et dit hautement,

quand on l'avertit de son erreur, que s'il s'est trompé au nom, il ne

se trompe point à la personne. Sur quoi, le père de Lucrèce le menace

de le tuer s'il n'épouse sa fille après l'avoir demandée et obtenue;

et le sien propre lui fait la même menace. Pour moi, j'ai trouvé cette

manière de finir un peu dure, et cru qu'un mariage moins violenté

seroit plus au goût de notre auditoire. C'est ce qui m'a obligé à lui

donner une pente vers la personne de Lucrèce au cinquième acte, afin

qu'après qu'il a reconnu sa méprise aux noms, il fasse de nécessité

vertu de meilleure grâce, et que la comédie se termine avec pleine

tranquillité de tous côtés.

LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES DU

_MENTEUR_.

ÉDITIONS SÉPARÉES.

1644 in-4º;

1644 in-12.

RECUEILS.

1648 in-12;

1652 in-12;

1654 in-12;

1656 in-12;

1660 in-8º;

1663 in-fol.;

1664 in-8º;

1668 in-12;

1682 in-12.

NOTES:

[307] VAR. (édit. de 1660): Lope de Vega.

[308] Voyez le commencement de l'Appendice du _Menteur_, p. 241.

[309] Voyez l'Examen de _la Veuve_, tome I, p. 396, et celui de

_la Suivante_, tome II, p. 123.

[310] Voyez l'_Appendice_, p. 269.

[311] Ici, et partout dans la prose, l'édition de 1692 substitue

_pendant que_ à _cependant que_.

[312] Déjà du temps de Corneille les différentes décorations

faisaient reconnaître cette duplicité de lieu. Voyez le _Discours

des trois unités_, tome I, p. 120.

[313] VAR. (édit. de 1660): les vingt-quatre heures.

[314] «Dans _le Menteur_, tout l'intervalle du troisième au

quatrième vraisemblablement se consume à dormir par tous les

acteurs; leur repos n'empêche pas toutefois la continuité

d'action entre ces deux actes, parce que ce troisième n'en a

point de complète. Dorante le finit par le dessein de chercher

des moyens de regagner l'esprit de Lucrèce; et dès le

commencement de l'autre il se présente pour tâcher de parler à

quelqu'un de ses gens, et prendre l'occasion de l'entretenir

elle-même si elle se montre.» (_Discours des trois unités_, tome

I, p. 100.)

ACTEURS.

GÉRONTE, père de Dorante[315].

DORANTE, fils de Géronte.

ALCIPPE, ami de Dorante et amant de Clarice.

PHILISTE, ami de Dorante et d'Alcippe.

CLARICE, maîtresse d'Alcippe.

LUCRÈCE[316], amie de Clarice.

ISABELLE, suivante de Clarice.

SABINE, femme de chambre de Lucrèce.

CLITON, valet de Dorante.

LYCAS, valet d'Alcippe.

La scène est à Paris.[317]

LE MENTEUR.

COMÉDIE.

ACTE I[318].

SCÈNE PREMIÈRE.

DORANTE, CLITON.

DORANTE.

Œuvres de P. Corneille, Tome 04 · 第 8 / 30 段