A Palamos, pendant les divers entretiens que j’eus avec la duchesse
douairière d’Orléans, une circonstance m’avait particulièrement ému. La
princesse me parlait sans cesse du désir qu’elle avait d’aller rejoindre
un de ses fils qu’elle croyait plein de vie, et dont cependant j’avais
appris la mort par une personne de sa maison; j’étais donc disposé à
faire tout ce qui dépendrait de moi pour adoucir un malheur qu’elle ne
pouvait tarder à connaître.
Au moment où je quittai l’Espagne pour Marseille, la duchesse me confia
deux lettres que je devais faire parvenir à leur adresse. L’une était
destinée à l’impératrice mère de Russie, l’autre à l’impératrice
d’Autriche.
A peine arrivé à Alger, je parlai de ces deux lettres à M.
Dubois-Thainville, et le priai de les envoyer en France par la première
occasion. «Je n’en ferai rien, me répondit-il aussitôt. Savez-vous que
vous vous êtes comporté dans cette circonstance comme un jeune homme
sans expérience, tranchons le mot, comme un étourdi? Je m’étonne que
vous n’ayez pas compris que l’Empereur, avec son esprit quinteux,
pourrait prendre ceci en fort mauvaise part, et vous considérer, suivant
le contenu des deux lettres, comme le fauteur d’une intrigue en faveur
de la famille exilée des Bourbons.» Ainsi, les conseils paternels du
consul de France m’apprirent que, pour tout ce qui touche de près ou de
loin à la politique, on ne peut s’abandonner sans danger aux
inspirations de son cœur et de sa raison.
J’enfermai mes deux lettres dans une enveloppe, portant l’adresse d’une
personne de confiance, et je les remis aux mains d’un corsaire qui,
après avoir touché à Alger, se rendait en France. Je n’ai jamais su si
elles parvinrent.