PAR M. DE BEAUMONT.

Vie et mort, gaieté et tristesse, amour et désespoir, quel perpétuel

contraste des sentiments les plus opposés, quel étrange enchaînement des

choses humaines!

Il était là, tout-à-l'heure, ce brillant cavalier, sous les fenêtres de

sa belle, lui chantant son amoureuse chanson, confiant à la nuit,

discrète les secrets de son coeur ouvert à l'espérance; les promesses

lui semblaient faites; l'avenir était à lui, l'avenir de la beauté, du

courage, de la jeunesse; et tandis qu'oublieux des dangers qui peuvent

le menacer, il n'a d'yeux que pour la fenêtre qui lui cache celle qu'il

aime; tandis que sa voix s'enflamme et que l'accent en devient plus

tendre et plus pénétrant, un vil assassin, aposté par quelque lâche

jaloux, s'est précipité du coin où il l'épiait, et lui a plongé son

poignard dans le coeur.

Il est étendu à terre, froid et inanimé, le héros de la chanson d'amour:

en vain sa malheureuse amie, qui l'a vu tomber, se jette sur lui et

l'appelle à haute voix; ses baisers ne sauraient le ranimer; l'assassin

était habile; entre la vie et la mort, il n'y a eu que le temps d'un

coup de poignard.

M. de Beaumont s'est fait apprécier depuis longtemps par de charmantes

et gracieuses compositions; dans son tableau d'aujourd'hui, il a su,

tout en restant l'artiste fin et spirituel qu'on connaît, ajouter à son

oeuvre une note émue, un accent de passion triste et touchant qui va à

l'âme et l'impressionne profondément; le jury du Salon lui avait rendu

justice en lui décernant une médaille pour laquelle l'avait désigné à

l'avance l'unanime admiration du public.

L'Illustration, No. 1585, 12 Juillet 1873 · 第 19 / 30 题