Vie et mort, gaieté et tristesse, amour et désespoir, quel perpétuel
contraste des sentiments les plus opposés, quel étrange enchaînement des
choses humaines!
Il était là, tout-à-l'heure, ce brillant cavalier, sous les fenêtres de
sa belle, lui chantant son amoureuse chanson, confiant à la nuit,
discrète les secrets de son coeur ouvert à l'espérance; les promesses
lui semblaient faites; l'avenir était à lui, l'avenir de la beauté, du
courage, de la jeunesse; et tandis qu'oublieux des dangers qui peuvent
le menacer, il n'a d'yeux que pour la fenêtre qui lui cache celle qu'il
aime; tandis que sa voix s'enflamme et que l'accent en devient plus
tendre et plus pénétrant, un vil assassin, aposté par quelque lâche
jaloux, s'est précipité du coin où il l'épiait, et lui a plongé son
poignard dans le coeur.
Il est étendu à terre, froid et inanimé, le héros de la chanson d'amour:
en vain sa malheureuse amie, qui l'a vu tomber, se jette sur lui et
l'appelle à haute voix; ses baisers ne sauraient le ranimer; l'assassin
était habile; entre la vie et la mort, il n'y a eu que le temps d'un
coup de poignard.
M. de Beaumont s'est fait apprécier depuis longtemps par de charmantes
et gracieuses compositions; dans son tableau d'aujourd'hui, il a su,
tout en restant l'artiste fin et spirituel qu'on connaît, ajouter à son
oeuvre une note émue, un accent de passion triste et touchant qui va à
l'âme et l'impressionne profondément; le jury du Salon lui avait rendu
justice en lui décernant une médaille pour laquelle l'avait désigné à
l'avance l'unanime admiration du public.