Gymnase.--_Honora_, comédie en un acte, par E. Brisebarre.
Une comtesse peut-elle être fleuriste? Une fleuriste peut-elle être
comtesse? La chose n'est guère vraisemblable; néanmoins la comédie en
question penche pour l'affirmative. Honora n'est donc rien autre chose
qu'une ouvrière armoriée. On la voit travailler de ses mains; c'est là
ce qui la déprécie aux yeux de son propriétaire. Arrive tout à coup un
jeune et bel officier qui lui offre 100,000 francs de la même façon
qu'il lui présenterait un bouquet de violettes d'un sou. Pour le coup,
le propriétaire ouvre de grands yeux. Qu'est-ce que c'est qu'une
fleuriste comme ça?--Honora accepte les 100,000 francs, mais à la
condition seulement qu'ils seront accompagnés de l'officier, lequel
deviendra son mari.--Et voilà comment finit cette idylle urbaine.
Petite comédie d'été, bonne à faire passer une heure pendant les
chaleurs sénégambiennes que nous traversons. La vraisemblance! ne
cherchez donc jamais cet élément au théâtre, si vous voulez vous
amuser.--L'excellent Brisebarre, dont c'est une oeuvre posthume, était
un garçon d'esprit.--En écrivant _Honora_, il n'a pas eu la prétention
de faire un pendant au Misanthrope, mais seulement une fantaisie en état
de récréer le public du Gymnase pendant un mois ou deux, et c'est tout
ce qu'il faut demander à un galant homme, surtout quand il n'est plus.
Passons maintenant du plaisant au sévère.
Ambigu-Comique.--_Les Postillons de Fougerolles_, drame en cinq actes,
par M. Crisafulli.
J'espère bien, lecteur, que vous ne me condamnerez pas à vous faire
l'analyse de cette grosse machine. L'affiche prétend que c'est un drame.
Entre nous, c'est là un euphémisme. Comptez sur un mélodrame à la
vieille manière. On trouve là-dedans de forts ingrédients: des
postillons en bottes fortes, cela va sans dire. Ah! ces postillons sont
toujours fort aimés du peuple depuis la première représentation du
_Courrier de Lyon_. Il y a de plus une comtesse, un médecin, un agent
matrimonial, un comte et une forte dose d'arsenic. Disposez
symétriquement ces divers objets, vous ferez une pièce dont le boulevard
goûtera avec volupté les plus petits incidents.
_Les Postillons de Fougerolles_, réminiscences de trois ou quatre
ouvrages noirs, ont absolument réussi. L'auteur connaît son public. Il
sait qu'on ne lui plairait pas avec des mièvreries; il a donc fortement
épicé son drame. Les horreurs s'y entrechoquent assez convenablement
pour que la foule soit satisfaite. Messieurs les délicats, satisfaire la
foule n'est déjà pas une chose si aisée à faire; M. Crisafulli, en
habile homme, a su s'en tirer à son honneur. Que pourrait-on lui
demander de plus?
Philibert Audebrand.