L'Amérique vient de perdre, en Barnum, un homme dont la célébrité, bien
que n'étant pas de celles dont s'enorgueillit un peuple, durera autant
que le nom--qui est immortel.
Phinéas Taylor Barnum est né à Bethel (Connecticut) le 5 juillet 1810.
Son père Philo Barnum était fermier, son grand-père Éphraïm capitaine
dans l'armée fédérale des États-Unis. Son père mort le 7 septembre 1825,
le jeune Barnum, qui jusque là était resté à l'école, ne dut plus
compter que sur lui-même. Il entra comme employé chez James S. Keeler et
Lewis Whitlock, collecteurs de la loterie à Grassy Plain. Après avoir
épousé le 8 novembre 1829 miss Charity Hallett à New-York, il entra dans
le journalisme, et fonda en 1831, à Dunbary, le _Héraut de la Liberté_.
C'est à cette époque que commence pour lui le rôle qui a rendu son nom
légendaire. Apprenant en 1835 que se trouvait à Philadelphie une vieille
négresse présentée comme phénomène de longévité, il s'en rendit
acquéreur pour la somme de 1,000 dollars, et l'exhiba comme étant Joice
Heth, nourrice de Washington, âgée de cent-soixante-un ans. Dès lors, il
avait trouvé sa voie.
Bientôt il rencontre le jeune Charles Stratton, un enfant de cinq ans à
qui il en donne onze; il en fait le «Général Tom Pouce», et avec lui
parcourt l'Europe de 1812 à 1814; les bénéfices sont tels qu'en se
séparant de son pensionnaire devenu trop grand, il lui donne 200,000
francs; en 1850, la tournée qu'il fait en compagnie de la cantatrice
Jenny Lind lui rapporte 3,000,000 de francs. Rentré en Amérique en 1859,
il ne doute plus de rien et se fait élire au parlement comme démocrate.
Son musée américain et ses tournées en Europe et en Amérique lui avaient
rapporté une fortune colossale.
Depuis six mois environ Barnum agonisait à Bridgeport où la mort est
venue l'enlever le 6 avril.
[Illustration.]