LES GRANDES IMAGES

D’Hercule à Jésus, la suite, l’opposition, le progrès sont assez clairs.

Ces récits sont réels par les pensées. On ne demande point si les contes

orientaux sont vrais; on connaît qu’ils sont vrais, parce que les hommes

ont certainement pensé d’abord leur propre existence d’après le pur

événement, qui tantôt trompe l’espérance et tantôt la comble; et ce

tableau des contes représente éternellement les jeux de l’imagination et

des passions ensemble, un genre de prière qui n’est que curiosité et

désir, enfin le premier tissu de toutes nos pensées. Hercule foule aux

pieds ce tapis magique; il n’y fait pas seulement attention. Il est vrai

que l’action termine le rêve; mais il est plus profondément vrai que

l’exercice athlétique réduit l’imagination à la perception claire.

Hercule est donc clairvoyant par sa force, bon et juste par sa force.

Cet ordre de la force et cette vertu de l’exécution furent adorés

longtemps et le seront toujours assez. L’homme en marche et assuré de

lui-même mesure la nécessité extérieure et frappe à coup sûr. Les maux

d’événement sont alors finis et déterminés; la vigilance et l’industrie

en font le tour. L’homme aménage et assainit la planète, se portant d’un

mouvement vif et mesuré contre l’eau, le feu, la pestilence, le

brigandage. Hercule reconnaîtrait ses fils.

Mais suivons le récit. Hercule périt par ses propres passions. Les

démons intérieurs se montrent. D’autres maux, sans mesure, collés à nous

comme la brûlante tunique; les cris d’Hercule emplissent le monde.

Qu’est cela, sinon le crime aimé et détesté, la fraternité et la haine

ensemble, la puissance de police et d’industrie se détruisant elle-même?

C’est à quoi nos travaux d’Hercule nous ont conduits, et c’est la guerre

à l’état de pureté, vertu contre vertu, et le meilleur, ouvrier du pire.

Conflit de soi avec soi. Ici est l’hydre dont les têtes revivent, à

peine coupées. Ici périt la force disciplinée, par la force disciplinée,

et sans fin. Par quoi? Par l’opinion seulement. La seule opinion a tué

dix millions d’hommes en ces temps-ci.

Une autre vie se montre, puissante sans aucune puissance. Un autre

athlète, par le jugement seul. La puissance de César attend le

consentement et le culte; mais le consentement et le culte lui sont

refusés. Un autre salut préoccupe l’homme divin; il ne regarde qu’en

lui-même, au désir, à l’amour, à l’ambition, à l’avarice, pour les

subordonner. Nullement satisfait de l’ordre politique, qui donne

apparence de raison à toutes ces choses, mais annonçant au contraire que

si on leur donne quelque peu du consentement intérieurs on leur donne

tout. Plus profondément, discernant que les forces au service de

l’esprit déshonorent l’esprit; que l’esprit vaincra, mais seul, et

désarmé; que tout le bien extérieur possible viendra de ce refus et de

cette retraite de l’esprit en lui-même, et de cette purification au sens

propre du mot. Enfin la puissance est déchue de son droit divin. Si

l’instrument du supplice, adoré dans le temple nouveau, signifie quelque

chose, il signifie, à n’en pas douter, que la puissance n’est plus un

attribut de Dieu. L’on saisit ici la vertu de ces grandes images, sur

lesquelles le discours n’a pas de prise. Que de sophismes théologiques

en vue de rassembler l’esprit et la force, et de composer une même

prière pour l’un et pour l’autre! Mais le Signe reste; il attend nos

pensées.

Propos sur le christianisme · 第 75 / 110 题