EXPÉRIENCE I.

Placez une fiole électrisée sur de la cire; tenez à la main une petite

boule de liége suspenduë par un fil de soye séche: approchez-la du

fil-d'archal, elle sera d'abord attirée & ensuite repoussée. Lorsqu'elle

est dans cet état de répulsion, baissez la main, afin que la boule se

trouve vis-à-vis le fond de la bouteille; elle sera promptement &

fortement attirée jusqu'à ce qu'elle ait communiqué son feu.

Si la bouteille avoit repris, comme son fil-d'archal, une atmosphère

électrique, le liége électrisé seroit également repoussé par l'une comme

par l'autre.

«Quand on tient dans sa main une bouteille bien électrisée, on aperçoit

sur tout dans l'obscurité une aigrette lumineuse au haut du crochet, &

on entend le sifflement de la matière électrique qui s'échape dans l'air

par cette voye. Si dans cet état l'on pose la bouteille sur un support

électrique de verre, de résine, &c. l'aigrette disparoît & le sifflement

cesse. Cette observation suffiroit seule pour prouver que la bouteille

doit se décharger plus lentement quand elle est sur un support

électrique, que quand elle est sur un non-électrique. Un célebre

Physicien a cependant cru remarquer le contraire; & c'est sur sa parole

que le critique de M. Fr. sans s'être assûré par lui-même de la vérité

du fait, lui adresse cette question[13]: _Pourquoi dans vos expériences

la posez-vous toujours_ (cette bouteille) _sur de la cire ou sur du

verre? Ne savez-vous pas_, continue-t-il, _qu'étant ainsi placée sur un

corps originairement électrique, elle perd promptement sa vertu?_

[Note 13: Lettre sur l'Electr. pag. 99.]

»Voici les précautions que j'ai prises pour faire cette expérience.

1º. J'ai choisi deux bouteilles les plus égales qu'il m'a été possible

de trouver en matière, en forme, en dimensions, en poids & en capacité:

2º. Les tenant toutes deux à la main, je les ai électrisées également &

en même tems au même conducteur; & pour m'assûrer qu'elles étoient

également chargées, j'ai fait toucher le crochet de l'une à celui de

l'autre: 3º. Je les ai ensuite posées en même-tems l'une sur un plateau

de verre, l'autre sur un plateau de bois à peu près égal, placés sur une

table l'un à un bout, & l'autre à l'autre, au milieu d'une chambre. 4º.

Après les avoir laissées en cet état pendant plusieurs heures, j'ai fait

l'expérience de Leyde avec chacune de ces deux bouteilles, & j'ai trouvé

que la commotion donnée par la bouteille posée sur le support

électrique, étoit la plus forte.

»Après avoir recommencé plusieurs fois la même expérience, tantôt de la

même façon, & tantôt en changeant les bouteilles de place, j'ai toujours

eu le même succès. On doit en conclure que notre Critique n'a pas raison

d'éxiger de M. Fr. que la bouteille électrisée soit placée sur un

support non électrique pour faire la première expérience.

»Objecter que _si l'on veut de bonne foi savoir & montrer l'état naturel

& véritable de la surface extérieure ou du bas de la bouteille, il ne

faut la poser ni sur de la cire ni sur du verre, puisque cela-seul peut

faire changer d'état à l'une des deux surfaces, & qu'il convient de la

laisser dans toutes les circonstances où elle étoit lorsqu'on la

chargeoit d'électricité, &c._ c'est faire connoître qu'on n'entend pas

ce dont il s'agit, ou tout au moins que l'on perd son point de vûe;

c'est oublier que la bouteille électrisée est dans un état tout opposé à

celui de la bouteille qu'on électrise. Celle-ci reçoit sur une de ses

surfaces, & perd d'autant sur l'autre; ce qui se passe en celle-là est

précisément le contraire, & encore quelque chose de plus, si la

bouteille est soutenuë sur un support électrique. M. Fr. a donc raison

de la mettre dans la situation la plus favorable à ses vuës, lorsqu'il

veut éprouver la force, l'effet, la différence & la manière d'être de

chacune de ses surfaces. L'on sent bien que s'il traitoit la bouteille

électrisée comme on veut le lui enseigner, il trouveroit en pure perte &

la force & l'effet d'une de ses surfaces. Ingénieux comme l'est cet

illustre Américain, consommé dans les recherches électriques, où il a

fait lui-seul plus de progrès que tous les autres physiciens ensemble,

pouvons-nous douter qu'il n'ait tenté des moyens aussi simples que ceux

qu'on veut lui apprendre?»

Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique · 第 20 / 58 题