VIII. _Etiam febris intermittens electrisatione debellari potest._ &c.
&c.
Il a paru dans les nouvelles publiques des années 1753. & 1754. des
relations détaillées de diverses guérisons opérées par l'électricité sur
des sourds & des aveugles en différentes contrées de l'Europe. Malgré
les autorités dont elle étoient revêtuës, quoique quelques-unes de ces
guérisons m'ayent été attestées par un jeune médecin Suédois[7] qui
avoit apporté à Paris un excellent globe dans l'intention d'y faire des
miracles, elles n'ont point assez gagné ma confiance pour me paroître
mériter d'avoir place dans cette histoire.
[Note 7: M. Lindulf.]
La persuasion où l'on est que la matière électrique pénètre les corps
auxquels on la communique, de même que ceux qui la contiennent
naturellement, a encore donné occasion d'imaginer des moyens pour en
tirer de l'utilité. On a pensé que si elle pénètre les parties du corps
humain, auxquelles elle n'est par elle-même capable que de donner de
l'ébranlement, elle pourroit servir de véhicule à des remèdes que l'on
voudroit faire passer dans l'intérieur de ces parties. De quel avantage
ne seroit pas cette propriété, si elle se trouvoit avoir quelque
réalité? On trouvera dans la suite de cet ouvrage ce que l'on doit
attendre de cette idée.
M. Bose célèbre Professeur de Physique à Wittemberg rapporte une
expérience qui a vainement occupé la plupart des Physiciens. Un enfant
ou un adulte placé sur un gâteau de résine touche de la main le globe ou
la poignée d'une épée actuellement électrisée par sa pointe auprès du
globe, il acquiert en peu de tems une si grande quantité de feu
électrique que d'abord ses pieds, ensuite ses jambes, ses genoux & enfin
tout son corps paroissent dans l'obscurité en être environnés de tous
côtés comme d'un nuage lumineux semblable à la gloire dont les peintres
entourent le portrait d'un saint. C'est pour cette raison que l'auteur a
nommé cette expérience la _Béatification_. Tous ceux qui l'ont tentée se
plaignent de ce que M. Bose n'en a pas donné un détail assez
circonstancié. Il avouë aussi lui-même qu'elle lui a souvent manqué.
L'on conçoit en effet qu'il faut un tems & des circonstances bien
favorables pour pouvoir accumuler sur un homme une assez grande quantité
de feu électrique pour l'environner depuis les pieds jusqu'à la tête
d'une atmosphère lumineuse & bien visible.
Le même M. Bose avoit avancé dans son quatriéme commentaire sur
l'électricité qu'il désespéroit que l'on pût trouver une mesure exacte
des forces de l'électricité. L'on a reconnu que sa conjecture étoit
hazardée. Quand on n'auroit pas l'ingénieux instrument que MM. d'Arcy &
le Roy ont inventé & exécuté pour mesurer la force de l'électricité,
auquel ils ont pour cette raison donné le nom d'_Électromètre_,[8] on
trouveroit dans les expériences de M. Franklin de quoi y suppléer. Cet
auteur a donné (Lettre V. §. 55. & 56.) la description de deux fortes de
rouës électriques qui, quoiqu'elles n'ayent pas été imaginées à cette
intention, peuvent être regardées comme d'excellens Électromètres. Il
fait servir dans chacune de ces machines la seule vertu attractive de
l'électricité de deux manières différentes activement & passivement. Ces
deux effets se succèdant alternativement contribuënt également au
mouvement circulaire des rouës. Il seroit inutile d'en rapporter ici la
construction & le détail que l'on trouvera tome premier, pag. 172-183.
Il suffit de dire que ces rouës sont mises en mouvement par la seule
force de l'électricité, & qu'elles font chacune sur leur axe plus ou
moins de révolutions, à proportion que ces rouës ou les bouteilles sont
plus ou moins chargées d'électricité. Ainsi sans être, comme le dit M.
Bose _audaculus_ & [Grec: achômerutos], on pourra assurer que tel ou tel
degré de force électrique est double, triple, quadruple de tel ou tel
autre. Quel privilège lui paroissoit avoir l'électricité, pour être la
seule chose physique qui ne fût pas soumise à l'empire du calcul?
[Note 8: Voyez Mém. de l'Acad. R. des Scienc. 1749. pag. 63.]
Ainsi depuis l'expérience de M. Cuneus vulgairement appellée expérience
de Leyde, les connoissances sur l'électricité ont plus fait de progrès
qu'elles n'en avoient fait auparavant. Les Physiciens ont travaillé &
travaillent sans relâche à ajouter aux découvertes qui ont été faites
sur ce sujet. Les uns, sans songer que la matière n'est point encore
assez préparée, & qu'il n'y a pas encore assez de faits connus, font
tous leurs efforts pour pénétrer les mystères de l'électricité & pour en
expliquer la nature; d'autres s'appliquent à lui chercher de nouvelles
propriétés, & pour cela s'en tiennent modestement aux expériences,
d'autres enfin en proposant leurs conjectures, font voir des rapports
évidens entre les phénomènes les plus communs des météores & ceux de
l'électricité.
M. Franklin, sans prétendre à la première de ces classes, occupe une
place de distinction dans les deux dernières avec les Physiciens qui se
sont le plus avancés dans cette carrière; mais il les laisse bien loin
derrière lui. Une seule des découvertes qu'il a faites dans cette
nouvelle terre, suffira pour donner une idée de la sagesse, de la
grandeur & de la finesse de ses vûes. Étant venu à bout de fondre, &
même de vitrifier les métaux d'un coup d'électricité, il compare ce
phénomène avec un effet tout semblable du tonnerre; c'est celui de
fondre l'argent dans une bourse & une lame d'épée dans le fourreau.
Conduit par cette observation & par une infinité d'autres rapprochées
avec sagacité, il découvre une analogie surprenante entre l'électricité
& la foudre: il fait voir par des raisons solides que le feu électrique
& le feu du ciel sont le même élément bien différent du feu commun,
quoiqu'il puisse le produire. Celui-ci ennemi de l'eau ne subsiste que
dans l'air libre, & n'agit que par sa chaleur; celui-là au contraire
s'unit à l'eau, se maintient dans le vuide, & opère sans chaleur. Il y a
beaucoup d'apparence que c'est le véritable feu élémentaire, dont le feu
commun n'est que l'image imparfaite.
Convaincu lui-même par la force de ses preuves, sans pourtant en être
ébloüi, notre auteur développe en conséquence la nature & la formation
du plus redoutable des météores. Se rappellant ensuite le pouvoir
admirable qu'ont les pointes de tirer imperceptiblement le feu
électrique des corps où il se trouve dans un mouvement actuel, &
profitant adroitement de cet avantage, il va jusqu'à indiquer des moyens
par lesquels on pourroit dissiper le tonnerre, & par-là nous garantir de
ses funestes effets.
En suivant les principes de M. Franklin que je me suis rendus propres,
en examinant ses observations que j'ai répétées & approfondies, en
déférant à ses conjectures auxquelles j'ai ajouté les miennes, en
joignant à ses probabilités celles que j'ai recueillies d'ailleurs, en
un mot en entrant dans toutes ses vuës, je me suis persuadé que la
matière du tonnerre devoit être la même que celle de l'électricité. Le
feu S. Elme & la lumière que l'on aperçoit sur des pointes métalliques à
l'approche des orages, celle entr'autres dont il est dit dans les
Commentaires de César, _eâdem nocte quintæ legionis pilorum cacumina suâ
sponte arserunt_, m'ont semblé être la même chose que l'aigrette que
montre une pointe dans les expériences électriques. Enfin mes réflexions
m'avoient tellement affermi dans cette opinion, que quand même le succès
n'eût pas répondu à mon attente, je n'aurois pû y renoncer. Il
s'agissoit d'en avoir une confirmation tirée de l'expérience; je ne fus
pas long-tems à l'attendre.
Après avoir fait dresser en Avril 1752. l'appareil dont on trouvera la
description dans le second tome de cet ouvrage pag. 67. & suiv. Il
arriva le 10. Mai suivant un orage qui auroit pleinement satisfait à
tous mes désirs, si j'avois pû être témoin occulaire des observations
qui s'y firent en mon absence. Ceux à qui j'avois laissé le soin de mon
expérience avec les instructions nécessaires, virent l'électricité
naturelle & furent les premiers à recueillir le feu du ciel. La nouvelle
m'en fut apportée dès le soir même, & j'en rendis compte deux jours
après à l'Académie Royale des Sciences. La plupart des Membres de cette
célèbre Compagnie eurent la politesse de me faire compliment sur mon
mémoire & de m'assurer que jamais il n'en avoit paru aucun qui eût été
écouté avec autant d'attention ni aucune expérience dont le rapport eût
donné autant de satisfaction; elle prit dès-lors le nom du lieu de sa
naissance, & un Physicien des plus renommés vaincu par des observations
générales ne put s'empêcher de publier quelque tems après que
l'expérience de Marly-la-Ville, de même que celle de Leyde, feroit
époque dans l'histoire de l'électricité.
Le bruit de cette découverte se répandit bientôt dans toute l'Europe &
même dans toute la terre. L'expérience fut répétée avec le même succès
dans tous endroits où elle fut tentée. On imagina des moyens fort
ingénieux pour dresser en l'air des pointes métalliques, & pour les
faire communiquer dans les appartemens sans rien perdre de la matière
dont elles se chargeroient; la petite sonnerie qu'on y ajoûta, est
l'expédient le plus simple & le plus sûr pour être averti en tous tems
de la présence de cette matière & de l'approche des nuages qui en
occasionnent l'apparition. Le carillon procure encore un autre avantage
plus important dont nous allons parler.
Les précautions que j'avois prises pour me garantir de tout accident
fâcheux dans la première tentative de cet expérience, ne touchèrent pas
sans doute également tous ceux qui entreprirent de la répéter. Le
malheur d'un célèbre Professeur de Physique à Petersbourg montra en même
tems combien il est dangereux de les négliger, & combien en général nous
devons être redevables à ceux qui ont cherché à étendre nos
connoissances par les premiers essais des choses.
Les relations de la mort de M. Richman qui furent mises dans les
nouvelles publiques de 1753. nous ont bien appris qu'il avoit été tué
d'un coup d'électricité naturelle; mais on ignore si le tonnerre est
réellement tombé sur son appareil électrique, ou s'il n'a été frappé que
par l'explosion de la matière dont sa barre de fer trop bien isolée se
trouva surchargée. L'exemple de ce qui est arrivé à plusieurs autres en
pareilles circonstances, me fait pancher vers ce dernier sentiment. Dans
l'un & l'autre cas; sans cesser de plaindre son malheur, je ne puis en
attribuer la cause qu'à son défaut d'attention & de précaution. S'il y
eût eu une décharge métallique à un ou deux pouces de l'appareil, elle
en auroit reçu la matière électrique surabondante, & n'y en auroit
laissé qu'autant qu'il en falloit pour faire les expériences
nécessaires, & jamais assez pour frapper à une distance de quatre
pouces, qui est celle où l'on dit que M. Richman a reçu le coup fatal.
Le carillon dont nous avons parlé ci-devant, eût été une décharge plus
que suffisante pour lui sauver la vie.
Dans le tems que la Physique récompensoit si mal les soins d'un Sçavant
empressé à pénétrer ses secrets, je continuois à faire mes observations
tant sur l'électricité naturelle que sur l'artificielle. Je n'y étois
pas plus encouragé par mes premiers succès & par le commerce de Mr.
Franklin que par le vif intérêt qu'y prenoient plusieurs amis du premier
ordre qui travailloient souvent avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit prié
de lui aider à former un cabinet électrique complet; je n'avois rien
épargné pour lui donner satisfaction. Le premier fruit qu'il en retira,
fut le succès de mon expérience du tonnerre artificiel sur une glace de
1200. pouces quarrés, dont il fut enchanté.
Cette glace est des plus parfaites & des plus minces, bien polie, en
quarré long, étamée des deux côtés & affermie sur un fort cadre de bois.
Sur le teint de sa surface antérieure, j'ai tracé tout autour une
bordure d'environ trois pouces de largeur, & avec un cizeau de cuivre
j'en ai enlevé l'étain, en observant d'arrondir les angles & de ne point
laisser de bavures en pointes dans tout le circuit. En voilà toute la
préparation.
L'expérience consiste à électriser cette glace ainsi préparée, en
laissant tomber une petite chaîne du premier conducteur sur le milieu de
sa surface antérieure. Si le tems est favorable & que l'on soit dans
l'obscurité, après douze ou quinze tours de rouë on apperçoit sur les
bords de l'étain quelques étincelles, qui augmentant peu à peu en nombre
& en force, représentent assez bien un ciel tout enflammé, tel que celui
qui précède les grands orages. En continuant & même en forçant
l'électrisation, tout cela se termine par une violente explosion qui
fait avec le plus brillant éclair un bruit aussi éclatant que celui du
plus fort coup de fouet.
Après cette explosion, l'on trouve à l'endroit où elle s'est faite sur
la glace une trace blanchâtre plus ou moins apparente assez
ordinairement en zic-zac, qui traverse la bordure découverte depuis le
bord de l'étain jusqu'au cadre sous lequel elle va se perdre. En passant
le doigt ou l'ongle dessus on sent que la glace est dépolie & raboteuse
en cet endroit, ce qui prouve évidemment que la matière électrique
pénètre le verre sans le traverser.
Si, immédiatement après l'explosion on approchoit le nez de l'endroit où
elle s'est faite, l'on y sentiroit une odeur de soufre très-frappante.
Cette odeur est si volatile qu'elle s'exhale en peu de tems, & il ne
faut que deux ou trois explosions pour en remplir toute la chambre,
quelque grande qu'elle puisse être. Il n'y a personne qui ne reconnoisse
à tous ces traits le plus redoutable des météores; c'est la raison pour
laquelle on a donné à cette expérience le nom de tonnerre artificiel. Il
est très-possible d'en tirer des effets aussi surprenans que ceux du
tonnerre naturel.
C'est avec cette glace que j'ai percé d'un coup d'électricité jusqu'à
cent soixante feüilles de papier fin; elle m'a aussi servi à enflammer
la poudre à canon froide; mais je trouve plus commode l'usage des grands
vases de verre bien armés.
Dans la première idée que M. Franklin s'étoit formée de la nature du
tonnerre, il avoit supposé que les nuages orageux étoient électrisés
positivement, & c'est sur cette hypothèse qu'il avoit établi sa première
Théorie; dès qu'il a reconnu que l'électricité des nuages est négative
bien plus souvent qu'elle n'est positive, il n'a pas hésité à changer
d'opinion; loin d'être plus attaché à sa nouvelle conjecture qu'il ne
l'avoit été à la première, il la donne pour ce qu'elle est & propose
lui-même les objections qui peuvent l'embarrasser.
C'est avec la même franchise qu'il se rend aux découvertes d'autrui. On
lui apprend que l'électricité du soufre paroît d'une nature différente
de celle du verre; il se met sur le champ à répéter les expériences qui
peuvent constater le fait, & convaincu par lui-même de la vérité, il en
laisse toute la gloire à son émule.
Avec le secours des grands vases multipliés, M. Franklin est parvenu à
aimanter des aiguilles, à en changer les pôles à volonté, & à démontrer
par ces merveilles que la vertu magnétique n'est qu'un effet
d'électricité. Peut-être la pierre d'aimant elle-même n'est-elle devenuë
aimant que par un pareil effet de l'électricité naturelle. Quoi qu'il en
soit, le magnétisme a été communiqué par les expériences faites à Paris,
de même qu'il l'avoit été par celles de Philadelphie.
On s'attend bien que ces dernières découvertes feront reprendre la plume
aux critiques de M. Franklin. Pourquoi auroient-elles plus de privilége
que toutes les autres du même auteur? Dès que son premier ouvrage parut,
il fut vivement attaqué; & comme l'on trouvoit peu de prise sur le fond,
on n'épargna rien pour tourner en ridicule ceux qui en étoient les
partisans. Cette guerre littéraire n'est point encore éteinte, &
vraisemblablement ne finira pas sitôt, puisque le plus ardent de nos
adversaires abandonnant sa première attaque est forcé de revenir sur ses
pas, de changer de batterie & de recommencer sur nouveaux frais. Il n'en
est encore qu'à l'examen des étincelles électriques. S'il suit l'ordre
des expériences, quand il arrivera à ces dernières, elles ne seront plus
nouvelles que pour lui.
PRÉFACE
DE
L'ÉDITEUR ANGLOIS.
_Il est à propos d'avertir le Lecteur que les observations & les
expériences suivantes n'ont pas été faites dans le dessein d'être
données au public. Elles avoient été communiquées en divers tems à
quelques amis particuliers, & n'étoient destinées qu'à leur servir
d'amusement, la plupart même se trouvent dans des lettres écrites sur
différens sujets._
_Mais ayant été luës à quelques personnes fort versées dans les
recherches électriques, toutes ont jugé qu'elles contenoient tant de
particuliarités curieuses & intéressantes, relativement à la matière en
question, que ce seroit faire une espèce d'injustice au public, de les
renfermer dans les bornes d'un petit cercle d'amis._
_C'est pourquoi l'Éditeur avoit pris sur lui de faire imprimer ces
extraits de lettres & autres pièces détachées dans l'état qu'elles lui
étoient tombées entre les mains, sans avoir demandé à l'ingénieux auteur
la permission d'en user de la sorte. Il avoit fait cette démarche avec
d'autant moins de scrupule, qu'il appréhendoit que les engagemens de
l'auteur dans d'autres affaires plus importantes ne lui laissassent pas
le loisir de donner au public ses réflexions, & ses expériences sur
l'électricité retouchées avec ce soin & cette précision dont il n'est
pas moins jaloux que capable, comme il est facile de s'en convaincre par
le traité que nous avons sous les yeux._
_On ne l'instruisit de la liberté qu'on avoit prise, que lorsque les
premières feüilles étoient sous la presse, & il n'eut que le tems
d'envoyer quelques nouvelles remarques avec un petit nombre de
corrections & d'augmentations, qui ont été placées à la fin de
l'ouvrage, & que l'on peut consulter dans l'occasion._
_Ces expériences sont presque toutes en propre à notre auteur; il les a
conduites avec jugement, & les conséquences qu'il en déduit sont
évidentes, & décisives, quoique proposées quelquefois sous les termes
modestes d'hypothèses, & de conjectures._
_En effet la scène qu'il ouvre à nos regards, nous surprend
agréablement, tandis qu'il nous mène par un enchaînement de faits, & de
réfléxions judicieuses à une cause probable des phénomènes les plus
terribles & qui ont été expliqués jusqu'ici avec le moins de
vraisemblance._
_Il nous découvre une matière invisible, subtile, répanduë dans toute la
nature en différentes proportions, qui avoit échappé à nos observations,
& qui est incapable de nuire lorsque tous les corps auxquels elle est
adhérente, en sont également chargés. Il prouve néanmoins que si par
quelque moyen que ce soit, il s'en fait une distribution inégale, s'il y
a accumulation sur une partie de l'espace, & qu'il y ait sur l'autre une
moindre proportion, un vuide, un épuisement, à l'approche immédiate d'un
corps capable de conduire la partie accumulée à l'espace altéré, cette
matière devient peut-être l'agent le plus formidable, & le plus
irrésistible qui soit dans l'univers. Les animaux en sont subitement
frappés à mort: les corps impénétrables à la plus grande force que nous
connoissions, en sont criblés, & les métaux fondus en un instant._
_Les effets analogues de la foudre & de l'électricité ont conduit notre
auteur à avancer quelques conjectures fort vraisemblables sur la cause
du tonnerre, & à proposer en même tems quelques expériences raisonnées
pour nous préserver de ses effets pernicieux & garantir les choses qui
sont le plus exposées à en ressentir les atteintes: circonstance
assurément très-importante pour le public & digne par conséquent de la
plus sérieuse attention._
_Il étoit passé en mode depuis quelque tems d'attribuer à l'électricité
toutes les grandes & extraordinaires opérations de la nature; telles que
la foudre & les tremblemens de terre; ce n'est pas (comme on pourroit se
l'imaginer par la manière dont on raisonne sur ces événemens) que les
auteurs de ces systèmes eussent découvert quelque connéxion entre la
cause & l'effet, ou donné la raison de leur dépendance réciproque, mais
seulement (à ce qu'il paroit) parce qu'ils ne connoissoient aucun autre
agent dont la liaison avec les effets ne pût être positivement démontrée
impossible._
_Mais le lecteur sera pleinement satisfait sur ces circonstances, & sur
plusieurs autres non moins intéressantes, par la lecture des lettres qui
suivent, & auxquelles l'Éditeur n'hésite point de le renvoyer avec
confiance._