Le monde anglo-saxon s'intéresse aux questions religieuses. En Amérique
surtout, de nouvelles religions issues du christianisme surgissent
chaque année et recrutent nombre d'adhérents.
Au contraire, les réformateurs et les prophètes laisseraient la
Catholicité fort indifférente. En effet, elle ne se soucie plus du fond
de sa religion. Aussi est-il bien rare que se produisent de ces petites
dissensions théologiques qui amenaient autrefois la fondation d'une
hérésie. À la vérité, il arrive souvent que des prêtres catholiques se
séparent de l'Église. Ces fuites sont dues à la perte de la foi.
Beaucoup de ces prêtres s'en vont à cause de leurs opinions spéciales
sur des points de morale ou de discipline (le mariage des
ecclésiastiques, etc.). Les défroqués sont pour la plupart des
incroyants; quelques-uns pourtant créent un petit schisme. Mais il n'y a
plus d'hérésiarque véritable--comme Arius, par exemple. Il peut exister
quelque turlupin solitaire, tandis qu'il semble impossible qu'un
éliésaïte surgisse.
Pour ces raisons, le cas de Benedetto Orfei qui, à la fin du XIXe
siècle, fonda à Rome l'hérésie dite _des Trois-Vies_, est unique, à mon
sens.
* * * * *
À partir de 1878, le R. P. Benedetto Orfei fut, à Rome, le représentant
près de l'État de son Ordre expulsé. Le père Benedetto Orfei était
théologien et gastronome, pieux et gourmand. Il était fort bien en cour
pontificale, et, n'eussent été ses actes ultérieurs, il serait
aujourd'hui cardinal, c'est-à-dire papable. Cet homme si bien fait pour
devenir un calme pourpré, se perdit en prétendant fonder une hérésie. À
la suite de son excommunication, il s'était retiré dans une villa de
Frascati. Il y pontifiait, ayant pour fidèles ses domestiques, deux
pieuses dames, et quelques enfants campagnards auxquels il enseignait le
rudiment. À son sens, il préparait ainsi une secte glorieuse destinée à
remplacer le catholicisme. Comme tout hérésiarque, il repoussait le
dogme de l'Infaillibité papale, et jurait que Dieu lui avait donné des
pouvoirs de réforme sur son Église. J'imagine que si Benedetto Orfei
était devenu pape, et que l'idée de son hérésie ne lui eût été inspirée
qu'à ce moment, il se serait au contraire servi du dogme de
l'Infaillibilité pour obliger les catholiques à croire en sa doctrine,
que nul n'aurait alors niée sans être hérétique.
* * * * *
Je visitai Benedetto Orfei par une douce après-midi de mai.
L'hérésiarque était assis dans un fauteuil moelleux. Sur sa table
s'étalaient des papiers--probablement des brefs ou encycliques,--Il me
reçut fort civilement et fit servir, pour m'honorer, de vieux flacons de
_vino santo_ et certaines confiseries romaines ou siciliennes: des noix
confites dans du miel, une sorte de pâté fait de pâte de fondant aux
trois parfums de rose, de menthe et de citron, où étaient enfouis des
morceaux de fruits confits (écorces d'orange, cédrats, ananas), de la
pâte de coing très douce appelée _cotogniata_, une autre pâte nommée
_cocuzzata_, et une sorte de crêpes de pâte de pêche que l'on nomme
_persicata_. Il exigea que je goûtasse au _vino santo_ et le dégusta
avec moi, non sans donner des marques de satisfaction réelle: hochements
de tête, agitation d'une gorgée de vin dans la bouche avec mouvements
appropriés des lèvres et des joues, léger frottement de la main gauche
sur l'estomac. Je m'aperçus bientôt que ce bon hérésiarque était sourd.
Comme il savait que je venais le visiter afin de prendre des notes
destinées à élaborer dans la suite un essai sur son hérésie, je le
laissai parler sans jamais l'interrompre.
Benedetto Orfei, qui était originaire d'Alessandria, en parlait
volontiers le dialecte. Son discours était émaillé de paroles grasses,
presque obscènes, mais étonnamment expressives. C'est le fait des
mystiques d'employer de telles paroles, le mysticisme touche de près
l'érotisme. Malgré l'intérêt que pourraient avoir certaines expressions
pour les philologues, je n'insisterai pas sur ce côté de l'esprit
d'Orfei. Ma science très superficielle des dialectes italiens ne m'a
d'ailleurs pas permis de tout comprendre, et je n'ai saisi le sens de
nombre de mots que grâce à la mimique qui accompagnait les discours de
l'hérésiarque.
* * * * *
Voici comment Benedetto Orfei me raconta ce qu'il nommait sa conversion
illuminatrice:
--Je m'étais occupé tout le jour de l'hypostase. Le soir venu, après
avoir dit ma prière, je me couchai et commençai le rosaire. En même
temps je méditais sur les mystères de la Religion. Je songeais à la
bonté du Fils de Dieu, qui, pour effacer la tache originelle, se fit
homme et mourut sur la Croix, supplice infamant, entre deux larrons. Une
phrase qui prit la forme d'un refrain populaire vint chanter en mon
esprit:
«Ils étaient trois hommes
Sur le Golgotha,
De même qu'au ciel
Ils sont en Trinité.»
Ici l'hérésiarque s'arrêta, ému, versa du vin dans nos deux verres, et
but, d'un air triste bientôt dissipé, la contenu du sien, sans négliger
les frottements de main sur la panse, agitations de visage, exclamations
sur le velouté du vieux vin. Il m'obligea à goûter de la _cocuzzata_ et
continua ainsi:
* * * * *
--Le refrain divin chanta dans mon âme jusqu'à l'heure où je m'endormis.
Mon sommeil fut profond, et le matin, à l'heure des songes véridiques,
je vis le ciel ouvert. Parmi les choeurs des hiérarchies d'Assistance,
d'Empire et d'Exécution, et plus hauts que le choeur des Séraphins, qui
est le plus élevé, trois crucifiés s'offrirent à mon adoration. Ébloui
de la lumière qui entourait les crucifiés, je baissai les yeux et vis la
troupe sainte des Vierges, des Veuves, des Confesseurs, des Docteurs,
des Martyrs adorant les crucifiés. Mon Patron, saint Benoît, vint à ma
rencontre, suivi d'un ange, d'un lion, d'un boeuf, tandis qu'un aigle
volait au-dessus de lui. Il me dit: «Ami, souviens-toi!» En même temps,
il dressa sa main droite vers les crucifiés. Je remarquai que le pouce,
l'index et le majeur de cette main étaient étendus, tandis que les deux
autres doigts étaient repliés. Au même instant les Chérubins agitèrent
leurs encensoirs, et un parfum, plus suave que celui du plus pur des
encens minéens, se répandit dans l'air. Je vis alors que l'ange
escortant mon saint Patron portait un ciboire d'or, d'un travail
admirable. Saint Benoît ouvrit le ciboire, y prit une hostie, qu'il
divisa en trois parties, et je communiai triplement d'une seule hostie,
dont le goût devait être plus exquis que celui de la manne que
savourèrent les Hébreux dans le désert. Une musique ravissante de luths,
de harpes et autres instruments célestes, tenus par des Archanges, se
fit entendre et le choeur des Saints chanta:
Ils étaient trois hommes
Sur le Golgotha,
De même qu'au ciel
Ils sont en Trinité.
«Je m'éveillai. Je compris que ce rêve était un événement grave dans ma
vie et pour les hommes. L'heure à laquelle il s'était produit ne me
laissait guère de doute sur la véracité d'un tel songe. Néanmoins, comme
il renversait les croyances sur lesquelles repose le christianisme,
j'hésitai à en faire part au pape. La nuit suivante, je vis en songe
matinal, au milieu de deux femmes, la Très Sainte Vierge, leur disant:
«Vous aussi êtes mères de Dieu, mais les hommes ne connaissent pas votre
maternité!» Et je m'éveillai, tout en nage. Je n'avais plus aucune
hésitation. Je récitai tout haut la doxologie. Je fus dire la messe à
Sainte-Marie-Majeure, puis j'allai au Vatican demander une audience au
Saint-Père qui me l'accorda. Je lui fis le récit de ce qui s'était
passé. Le pape m'écouta en silence et médita un instant après m'avoir
entendu. Sa méditation finie, il me dit sévèrement de cesser toute étude
théologique, de ne plus songer à des choses ridicules et impossibles
qu'un démon avait seul suscitées en moi. Il m'enjoignit de revenir le
visiter au bout d'un mois. Je m'en fus peiné et honteux. Je rentrai dans
mon couvent désert et pleurai. Le refrain sacré: _Ils étaient trois
hommes_, revint chanter en mon âme. Je le repoussai de toute ma volonté,
comme une tentation. Je m'humiliai devant Dieu.
«Pendant un mois, je suivis un jeûne rigoureux et pratiquai les douze
mortifications recommandées par le contemplatif Harphius au livre II de
sa _Théologie mystique_. Je me mortifiai surtout selon les cinq
dernières: mortification de toute curiosité de l'entendement,
mortification de tout scrupule de coeur, mortification de toute
impatience inquiète de l'âme, mortification de toute volonté, et
pratique de la résignation à supporter, pour l'amour de Dieu, tout
abandon. Au bout du mois, après ces pénitences, la conviction qui
m'était venue si fortuitement s'était renforcée dans mon âme, et je fus
retrouver le Saint-Père qui, très affectueusement, me demanda si j'avais
abandonné les chimères que le démon de l'hérésie m'avait inspirées. Pour
lui répondre, il ne me vint que ces paroles: _Ils étaient trois
hommes_... «Hélas! s'écria le pape, cet homme est possédé!» Je me mis à
genoux alors. Je parlai de mes mortifications et suppliai le pontife de
m'exorciser. Les larmes aux yeux, il m'affirma que Dieu me saurait gré
de cette humiliation volontaire; puis il m'exorcisa selon les rites. Je
partis ensuite, sans insister, car j'étais bien assuré que mes pensées
n'étaient pas d'inspiration diabolique mais divine, puisqu'aucun
exorcisme n'avait prévalu contre elles.»
* * * * *
L'hérésiarque cessa de parler, fit son manège accoutumé, but son _vino
santo_, médita un moment, les yeux au plafond, et, renversé sur le
dossier de son fauteuil, fit tourner, l'un autour de l'autre, ses pouces
rapprochés sur son ventre. Il reprit ainsi:
* * * * *
--Le lendemain, j'écrivis au pape, lui faisant part de ma conviction et
le priant, puisqu'il était le chef de la religion, de proclamer la
vérité que j'avais apprise si miraculeusement. J'ajoutai qu'il n'y avait
pas d'infaillibilité qui pût rendre mensonger ce qui était vrai, et que,
par conséquent, je me séparerais de l'Église, au cas où il préférerait
les anciennes erreurs à l'évidence nouvelle. Pour réponse, on
m'excommunia. Alors, ayant abandonné mon Ordre, et riche des biens que
je lui avais apportés, je vins me réfugier dans cet asile de paix où,
jeté hors du giron de l'Église catholique, je place les fondements de la
nouvelle religion. J'inaugurai la véritable communion triple en une
hostie renfermant les trois corps humains d'un seul Dieu en Trois
Personnes. Car la vérité est celle-ci: la Trinité se fit hommes. Il y
eut trois incarnations. Les Trois Personnes du seul Dieu souffrirent, le
même jour, la Passion nécessaire pour le rachat de l'Humanité. Le larron
de droite était Dieu le père. On le remarque aisément par les paroles de
sollicitude qu'il eut sur la Croix pour son Fils bien-aimé. Sa vie fut
triste et patiente. Il souffrit injustement d'être pris pour un larron
qu'il n'était pas. Étant tout puissant et infiniment majestueux, il ne
voulut avoir aucun disciple. Le Christ, qui mourut entre les Larrons
divins, était le Verbe et, l'étant, fut le Législateur. Ce sont ses
paroles et ses actes qui devaient être transmis au monde pour lui être
un enseignement. Il en fut ainsi. Le larron du gauche était le
Saint-Esprit, le Paraclet, l'éternel Amour qui, devenu homme, voulut
être pareil à l'amour humain qui est infâme. Il fut larron réel et
souffrit justement. Voici le mystère en toute sa sainteté: Dieu se fit
homme. Dieu le père incarné souffrit pour exercer sur soi sa
toute-puissance et s'humilia jusqu'à rester inconnu et sans histoire.
Dieu le fils incarné souffrit pour attester la vérité de son
enseignement et donner l'exemple du martyre. Il souffrit injustement
mais glorieusement pour frapper l'esprit des hommes. Dieu le
Saint-Esprit voulut souffrir justement. Il s'incarna dans les pires
faiblesses humaines, et s'abandonna à tous les péchés par compassion et
amour profond pour l'Humanité. Voici la vérité:
Ils étaient trois hommes
Sur le Golgotha
De même qu'au ciel
Ils sont en Trinité.
* * * * *
C'est ainsi que Benedetto Orfei me raconta l'histoire de son hérésie et
me développa sa doctrine. Emporté par son récit, il avait oublié de
boire. Aussitôt son discours terminé, il allongea la main droite, tout
en restant renversé dans son fauteuil, saisit une crêpe de _persicata_,
qu'il roula soigneusement, et en fit une bouchée. Puis, s'étant versé du
_vino santo_, il le but, mais maladroitement, car _persicata_ et _vino
santo_ dévièrent dans son gosier. Il avala de travers, et ce fut une
explosion par la bouche et le nez. L'hérésiarque, rouge à éclater,
toussa cinq bonnes minutes. Il eut besoin de se moucher. Comme il
n'usait pas de tabac, au lieu d'un énorme mouchoir de couleur, il sortit
un petit mouchoir de batiste blanche, fort peu ecclésiastique. Cette
élégance m'étonna. Il reprit haleine en respirant bruyamment, non sans
m'indiquer du doigt le cotignac pour m'inviter à en prendre.
Il me confessa ensuite que la religion catholique était pourrie, étant
trop vieille, et que le pape craignait d'y toucher de peur que tout ne
s'écroulât. Il fut même plus expressif, et, employant son dialecte
natal, il ajouta:
--_L'è cmè ra merda: pï a s'asmircia, pï ra spissa._
* * * * *
Lorsque je me levai pour prendre congé, l'hérésiarque voulut
m'accompagner jusqu'à la porte.
Au moment où il se leva, sa soutane, sorte de robe monacale de bure
noire, s'ouvrit et je vis qu'en dessous l'hérésiarque était nu. Son
corps velu était sillonné de marques de flagellation. Une ceinture
rugueuse, hérissée de piquants de fer, qui devaient déterminer
d'insupportables souffrances, entourait sa taille. Je vis encore
d'autres choses, mais elles sont de telle nature que je ne peux les
décrire. Toute cette nudité, à vrai dire, ne m'apparut qu'un instant.
L'hérésiarque referma aussitôt sa soutane dont il noua la cordelière,
et, souriant, m'invita à passer dans la pièce voisine qui était la
bibliothèque. J'étais stupéfait de voir que cet homme donnait de tels
châtiments à sa chair et satisfaisait en même temps sa sensualité
gourmande. Je méditai sur ces contrastes en passant dans la
bibliothèque, où je vis, convenablement rangés sur des rayons, des
livres de toute sorte que l'hérésiarque m'invita à regarder. Il y avait
là, mêlés, des volumes précieux ou vulgaires, de théologie, de
philosophie, de littérature et de sciences. C'étaient des livres et des
manuscrits anciens et modernes sur papier ou parchemin. Je remarquai les
oeuvres d'Aristote, de Galien, d'Oribase, la _Syphilis_ de Fracastor, la
Sagesse de Charron, le livre du jésuite Mariana, les contes de Boccace,
de Bandello, du Lasca, Saint Thomas, Vico, Kant, Marcile Ficin, _le
diadème des Moines_ de Smaragdus et d'autres. Je quittai ensuite
l'hérésiarque, que je n'ai plus revu.
* * * * *
À quelque temps de là, j'appris que venait de paraître: _l'Évangile
véridique, de Benedetto Orfei, traduit en langue vulgaire, contenant la
vie de Dieu le père, premier des deux évangiles parallèles aux évangiles
canoniques_. Je me procurai le livre, qui était fort court. Il ne
contenait rien de précis sur la vie de la première personne de Dieu. On
y apprenait que l'on ne savait rien de la naissance de Dieu le père. De
sa vie, on ne savait presque rien, sinon qu'il fut juste, obscur et sans
amis. Son existence était mêlée à celle de deux autres personnes de la
Trinité, et c'est en essayant de détourner Dieu l'Esprit-Saint d'un
crime que celui-ci commettait, qu'il fut pris avec lui et condamné
injustement. Chacune des paroles qu'il échangea au lieu du supplice avec
Jésus et le mauvais larron, faisait l'objet d'un chapitre où elle était
commentée. C'était en effet le seul moment bien connu de sa vie, et
encore l'hérésiarque en avait-il emprunté le récit aux évangiles
synoptiques. Après la mort de Dieu le père, tout redevenait mystérieux.
On ne savait plus rien, ni de sa résurrection et ascension, probables,
mais inconnues. L'ouvrage avait été, paraît-il, écrit en latin, traduit
aussitôt en italien et publié. Le manuscrit latin sur parchemin doit
encore exister.
L'année suivante, Benedetto Orfei fit paraître le second évangile
parallèle aux évangiles canoniques ou Évangile du Saint-Esprit. Comme
celle de Dieu le père, sa vie était peu connue. Mais, tandis que du Père
éternel on ne connaissait que sa mort, on savait du Saint-Esprit qu'il
viola, un jour, une vierge endormie. Ce stupre avait été l'opération du
Saint-Esprit de laquelle était né Jésus. On insistait aussi sur les
paroles prononcées sur la croix, puis le mystère se faisait après
l'instant où les soldats eurent brisé les jambes des deux larrons. Ce
volume, à la vérité fort beau et d'une grande élévation de pensée par
certains endroits, contenait des passages d'une telle crudité que les
autorités italiennes le firent saisir comme livre obscène; aussi est-il
introuvable.
Les exemplaires du premier évangile, ou Vie de Dieu le père, sont
d'ailleurs fort rares eux-mêmes: soucieuse de les détruire, la cour
pontificale en avait acheté la plus grande partie.
L'hérésie des Trois-Vies ne se répandit pas. Benedetto Orfei mourut au
seuil du siècle. Ses quelques disciples se dispersèrent, et il est
probable que l'enseignement de l'hérésiarque aura été vain, qu'il n'en
sortira rien, et que nul ne songera à le reprendre.
* * * * *
Un prêtre qui avait beaucoup connu Benedetto Orfei, et qui avait souvent
essayé de lui faire abjurer ce que les catholiques appelaient ses
erreurs, m'a raconté la fin de l'hérésiarque. Il mourut, à ce qu'il
sembla, des suites d'une indigestion, mais son corps fut trouvé tout
couvert de plaies résultant des tortures qu'Orfei s'imposait; si bien
que les médecins hésitèrent à attribuer son décès à sa gourmandise ou à
ses mortifications. La vérité est que l'hérésiarque était pareil à tous
les hommes, car tous sont à la fois pécheurs et saints, quand ils ne
sont pas criminels et martyrs.