flatte de les avoir, parce qu'il est ministre, et croit Voltaire
très-ridicule d'y prétendre, parce qu'il est poète; mais ni le
ministère, ni la poésie n'y font rien. Voltaire avait beaucoup plus
d'esprit qu'il n'en faut pour avoir des lumières en administration;
mais ce qui fait surtout l'homme d'état, c'est le caractère, c'est la
connaissance réfléchie, non pas de l'homme, mais des hommes; celle-ci
fait l'administrateur; l'autre, le philosophe ou le poète. Il est fort
douteux que Voltaire eût pu jamais être homme d'état; il avait trop
d'imagination; mais il est sûr que Maurepas ne l'était point: c'était
un courtisan, et rien de plus. Il reproche à Voltaire de vouloir
l'être; Voltaire n'avait en effet que la grâce d'un courtisan, et n'en
avait pas la finesse; Maurepas l'avait. Il fait grand bruit des
_sarcasmes_ de Voltaire, et il est très-vrai qu'il ne put jamais
commander à ses saillies et à son humeur; l'on sait trop que ce fut
une plaisanterie un peu amère qui le perdit à Berlin; mais cela même
prouve qu'il n'eut jamais l'âme d'un esclave, même à la cour, comme on
l'a très-mal à propos répété d'après ses détracteurs. J'aurai
peut-être occasion d'en dire ailleurs davantage sur ces différens
reproches, si légèrement hasardés contre un homme qui n'était point
difficile à connaître, mais qui pourtant n'a pu être bien connu que
par ceux qui l'ont vu de près et sans passion: il a eu trop de
célébrité et trop d'ennemis pour n'être pas jugé souvent par des
hommes qui n'étaient ni instruits, ni équitables.
QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE?
Hatimthai se dit un jour: «Je veux être heureux; l'esprit et la vertu
procurent seuls des plaisirs purs et durables.»
Il ouvrit son salon aux hommes de lettres; il nourrit tous les pauvres
à sa porte; on voyait chaque jour la nombreuse population, qui n'a pas
le nécessaire parce que d'autres ont le superflu, se presser, aux
heures des repas, sur le seuil de son palais; et chaque jour il avait
à sa table les hommes d'esprit les plus distingués de l'empire. Outre
les festins qu'ils y trouvaient avec plaisir, ils recevaient de lui
des présens à chaque ouvrage qu'ils lui dédiaient, et presque à chaque
lecture qu'ils faisaient devant ses sociétés habituelles.
Cependant, en un moment de réflexion, il remarqua que Saphar ne
s'était jamais présenté chez lui: Saphar, qui a écrit la _Chronique de
l'empire_, qui a publié le plus savant ouvrage de méthaphysique, et
qui a dédié aux dames son poëme du _Jardin des roses_. Cet homme
universel vit solitaire; la promenade au fond des forêts est son seul
délassement; et il a soin de se cacher dans l'épaisseur des taillis,
quand la chasse vient de son côté.
Hatimthai ne l'a jamais vu. On cherche toujours la nouveauté, avec une
curiosité qui procure une émotion vive et agréable. Il veut absolument
interroger ce philosophe; et il ordonne une chasse au cerf, dont le
seul objet est d'entourer et de prendre l'homme de lettres le plus
sauvage du monde.
Le projet s'accomplit; Hatimthai est en face de Saphar:
«Pourquoi ne t'ai-je jamais vu?»
--«Parce que ni toi ni moi n'avons besoin de nous voir.»
--«Me dédaignes-tu?»
--«Je te loue de faire le bonheur des autres.»
--«Qui t'empêche d'y prendre ta part?»
--«Parce que ce qui fait leur bonheur, ne ferait pas le mien.»
--«Aimes-tu mieux ta vie misérable?»
--«Sans doute. Mon père est pauvre, je ne veux recevoir de lui que peu
de chose, mais ce peu me suffit. Je n'ai donc pas besoin que tu me
donnes davantage.»
--«Quelle vertu, se dit Hatimthai en se retirant!»
Avant de rentrer dans son palais, il aperçoit Gemmade, qui portait
avec peine un lourd fagot sur ses épaules.
--«Pourquoi te fatigues-tu, lui dit-il, au lieu d'aller recevoir ta
nourriture à la porte d'Hatimthai?
Gemmade lui répondit:
«Parce que celui qui sait se suffire à soi-même ne veut rien devoir à
Hatimthai.»
Celui-ci réfléchit.
«Quelle noblesse, dit-il dans un si pauvre homme. Eh quoi! n'aurais-je
à ma porte, et même dans mon salon, que les deux parties les plus
viles de l'espèce humaine? et ceux qui ont un peu de vertu ou de
fierté rougiraient-ils d'accepter mes bienfaits?»
Mais ceci, me dira-t-on, est le pont aux ânes; c'est ce qui a été dit
partout. On a prouvé mille fois que la philosophie rendait un homme
heureux dans la solitude, et qu'elle lui faisait dédaigner ces joies
du monde qui ne satisfont ni l'âme ni le cœur. Serait-ce donc là le
seul bienfait de la philosophie? Rousseau a-t-il raison?
Hatimthai, en rentrant au palais, traverse la foule des pauvres vivant
des restes de ses festins. Il voit entre autres Zilcadé, ce jeune
paresseux, qui court devant ses pas en semant des roses sur la terre,
et qui est toujours le premier à crier: «Vive Hatimthai!»
--«Tu es bien brillant de santé, lui dit-il?»
--«C'est que les carcasses de tes faisans sont depuis quelque temps
plus grasses et plus succulentes encore.»
--«Tes bras sont nerveux?»
--«Parce que mon estomac leur donne de la force, et que je les exerce
peu.»
--«Ton dos n'est pas voûté par les travaux?»
--«Depuis qu'Hatimthai me nourrit, je ne me fatigue jamais.»
--«De tout cela, je conclus que tu pourrais porter des fagots.»
--«Sans doute, et je serais alors inutile à la société.»
Hatimthai est tout à coup saisi d'étonnement.
«Sache, ajoute Zilcadé, quelle est ma philosophie. Il plaît à la
vanité d'Hatimthai d'avoir des pauvres à sa porte; il est peut-être
orgueilleux, et peut-être heureux seulement de sa bienfaisance. Que
m'importe? Je reçois ses dons qui m'évitent les maux de la vie, et me
laissent du temps libre que j'emploie à faire autant de bien que lui.»
Hatimthai est encore plus étonné.
«Sans doute, ajoute Zilcadé, quand j'ai reçu à ta porte le déjeûner du
matin, je me sens fort et bien portant. Je vais chez cette pauvre et
faible Rhége, qui demeure au bord du fleuve, et qui a six enfans en
bas âge. C'est moi qui jette et qui attache ses filets; et après le
repas du soir, je vais les retirer. Le poisson qu'elle recueille
ainsi, lui suffit pour nourrir sa famille. Dans le cours de la
journée, je me promène au marché sans rien faire; mais j'y vois le
prix de chaque denrée, et je vais en rendre compte à nos riches
marchands, qui évitent ainsi de se déranger de leur commerce.
Très-souvent je découvre des tromperies dont je préviens les
acheteurs; et souvent aussi je donne de bons conseils aux hommes des
campagnes, pour qu'ils nous fournissent les marchandises qui se
vendront le mieux. On peut être utile sans travailler; et pourrais-je
rendre de tels services, si j'étais occupé tout le jour à couper du
bois pour chauffer mon potage?»
Hatimthai ne répondit pas; et, à peine rentré dans son palais, il
trouva, à la porte de son sérail, la jolie Fatmé, qui l'attendait pour
recevoir ses ordres; et, dans son salon, le vif, l'ingénieux Ricca,
qui était arrivé déjà pour le repas du milieu du jour; car Fatmé, en
se retirant, devait avoir, peu d'heures après, un concert et un bal
avec ses compagnes; et elle était pressée de passer à sa toilette,
pour paraître toujours la plus belle.
Hatimthai pensait encore aux diverses réponses qu'il avait entendues;
il s'arrêta un moment près de Fatmé, et l'interrogea de manière à ce
qu'elle lui prouvât bien vîte l'utilité dont elle était dans ce monde.
«Hatimthai, lui dit-elle, il y a près d'ici une pauvre mère de
famille, qui a besoin de tes secours: elle veut te vendre une parure
de perles les plus fines et les plus égales; elle est réduite à s'en
défaire, et tu ne me la refuseras pas. Je te demande encore
quelques-uns de ces jolis oiseaux que vend ce pauvre mollak; et
souviens-toi aussi de nos nouvelles danses. Rhédi, qui les invente,
n'a que cela pour vivre. Voilà quels sont aujourd'hui mes caprices; tu
vois qu'ils feront des heureux.»
Hatimthai se retire, et appelle Ricca. C'est le poète de ses
spectacles; les opéras qu'il compose sont brillans d'esprit dans le
dialogue, de féerie dans l'action, et de magie dans les décorations.
Ils excitent la surprise au plus haut degré.
«Ricca, lui dit Hatimthai, j'ai vu Saphar; il est heureux à lui seul:
c'est le philosophe le plus sage.»
--«T'a-t-il dit, répond Ricca, ce que son père est devenu?»
--«Non, mais il lui coûte peu de chose.»
--«Il est vrai; toutefois son père était un des riches marchands de
ton empire; devenu vieux et aveugle, il avait compté sur son fils pour
tenir ses livres, régler ses paiemens et défendre ses intérêts.
Lorsque Saphar se mit à composer dans les forêts, son père fut obligé
de prendre un commis à sa place. Il en eut un infidèle, qui l'a
trompé; et il ne s'en est aperçu, que lorsque sa ruine a été complète.
Il a abandonné ses biens, qui n'ont pas suffi au paiement de ses
créanciers; il est aujourd'hui commis lui-même chez un de ses anciens
amis; et le peu qu'il donne à son fils lui est plus onéreux que le
plus brillant état qu'il lui eût donné chez lui autrefois.
«Hatimthai, ajoute Ricca, je suis plus philosophe que Saphar; il vit
dans les bois; il n'a de relations qu'avec lui-même; il n'entre pas
dans les ambitions; et il évite, j'en conviens, tous les vices de la
société: mais il n'est utile à personne. La malheureuse Zilia tirait
avec peine quelques grains de blé de son jardin; je lui ai enseigné
une nouvelle manière de cultiver les roses; et elle en récolte
maintenant une si grande abondance, qu'elle s'est enrichie avec
l'essence qu'elle vend, et m'en donne, sans se faire tort, pour verser
à flots sur les habits d'Hatimthai. Le malheureux Calva, qui publie
chaque jour les ordres et rend compte des plaisirs d'Hatimthai, était
tombé dans la misère, parce qu'il avait imprimé les œuvres des
écrivains médiocres que le public dédaigne; je consacre quelques
heures par jour à lire les manuscrits qu'on lui porte; et il nourrit à
présent sa famille avec le produit des bons ouvrages que je lui
conseille de publier. Je ne pourrais pas rendre de tels services, si
j'étais forcé de m'occuper de moi-même. Mais Hatimthai, que j'amuse,
doit en échange me nourrir grassement; moi, j'enrichis Calva, parce
que j'en tire à mon tour l'avantage de lui faire imprimer mes poésies,
et j'ai acquis ainsi une réputation qui satisfait mon amour-propre.
«O Hatimthai! ajoute Ricca, le vrai philosophe est un ministre
d'Oromaze dans l'état social.»
LETTRE à M. le duc de B***, lieutenant-général des armées du roi,
sur la glorieuse campagne de M. le maréchal de Broglie, en
1789[14].
Je viens d'apprendre, Monsieur le duc, une nouvelle qui me comble de
joie, et je me hâte de vous faire partager mon plaisir.
[14] Cette facétie ne se trouve imprimée dans aucune édition des
œuvres de Chamfort; elle paraît même avoir été inconnue à ses
différens éditeurs.
M. le maréchal de Broglie a l'honneur d'être nommé généralissime des
troupes françaises: depuis long-temps, je m'affligeais de voir de si
grands talens inutiles à la patrie. Eh quoi! disais-je, M. le maréchal
de Stainville a pu, par sa belle conduite dans sa campagne de Rennes,
obtenir le pardon de ses fautes et de ses disgraces en Franconie; nous
avons vu mourir, presque dans les bras de la victoire, M. le maréchal
de Biron, qui, loin d'avoir épuisé son génie dans ses travaux et dans
la guerre de la farine, semble l'avoir réservé tout entier pour sa
belle campagne du faubourg St.-Germain; nous avons admiré la savante
manœuvre qui, par la jonction subite de deux corps de troupes, a pris
en tête et en queue six mille bourgeois dans la rue St.-Dominique, et
a décidé du sort de cette grande journée! Ces grands hommes laissent
une mémoire adorée; et le vainqueur de Berghen est le seul à qui le
sort refuse de rajeunir une renommée vieillie, et d'emporter au
tombeau l'hommage des cœurs vraiment français.
Non, Monsieur le duc, les grands destins de M. le duc de Broglie ne
sont pas encore remplis; et c'est avec transport, que je vois s'ouvrir
devant lui une nouvelle carrière de gloire et de prospérité. La
première opération de M. le maréchal a été d'ordonner la formation
d'un camp de trente mille hommes à quelques lieues de Paris; et, pour
ne parler d'abord que de l'intention politique de ce camp, vous sentez
l'avantage immense qu'il y a, pour le bon parti, de persuader au roi
la grandeur du péril où nous sommes; et comment n'y serait-il pas
trompé, en voyant cet amas de troupes étrangères et nationales, ce
train formidable d'artillerie, etc.? De plus, vous voyez quelle
abondance de numéraire va jeter dans Paris le voisinage de trente
mille soldats qui arrivent chargés d'argent, fruit de leurs économies;
cet abondant numéraire refluera vers le trésor royal, ranimera la
circulation, rétablira la confiance et se répandra dans tous les
canaux du commerce et de l'industrie. On objecte le danger de la
disette, auquel ce surcroît de consommation expose la capitale; mais
quel est le bien sans inconvénient? D'ailleurs, ne connaît-on pas les
intentions hostiles et dangereuses des capitalistes, des rentiers et
en général des bourgeois de Paris? N'est-il pas à craindre que cette
ville formidable ne se déclare contre sa majesté? Et, dans ce cas,
est-il si mal de tenir l'ennemi en échec, et de lui donner de la
jalousie sur les subsistances?
Je passe, Monsieur le duc, aux dispositions purement militaires. M. le
maréchal a daigné me communiquer son plan: rien de plus beau et
pourtant de plus simple. Le corps de l'armée s'étendra dans la plaine
à gauche entre Viroflai et Meudon, l'arrière-garde postée de manière à
n'avoir rien à craindre de l'assemblée nationale, des gardes avancées
trop fortes pour être entamées par les escarmouches de la députation
bretonne. Meudon sera occupé par les deux régimens qui arrivent du
fond de la Guyenne; on fait venir des hussards d'Alsace pour nétoyer
le bois de Boulogne; on a mandé des dragons de Nancy pour fouiller les
bois de Verrières, qui sont bien autrement fourrés; deux officiers des
plus braves et des plus intelligens répondent sur leur tête de Fleury
et du Plessis-Piquet; un détachement de grenadiers suffira (du moins
on l'espère) pour contenir Fontenay-aux-Roses; tout est tranquille à
Clamart; M. le maréchal compte y établir un hôpital militaire; on
s'est assuré des bateleurs de Saint-Cloud, et on ne négligera rien
pour s'assurer de Châville. On est maître du pont de Neuilly. M. le
baron de Bezenval n'a pas le moindre doute sur Courbevoye, malgré
l'insubordination de plusieurs soldats suisses qui chicanent sur les
termes du traité de la France avec les cantons. A la vérité, on craint
que M. le duc d'Orléans ne remue dans sa presqu'île de Gennevilliers;
et que n'a-t-on pas à redouter d'un prince si peu patriote? Mais vous
savez que le roi dispose absolument des deux bacs d'Anières et
d'Argenteuil; et si l'on place un cordon de troupes depuis Colombe
jusqu'à la Seine, M. le duc d'Orléans se trouverait dans une position
vraiment critique. Observez que, s'il s'avisait d'armer les gondoles
de sa pièce d'eau, il suffirait de retenir, pour le compte du roi, les
batelets de Saint-Cloud; et, pourvu que la galiote se tint neutre, on
présume que la victoire resterait aux troupes de sa majesté.
D'après la sagesse de ces dispositions, Monsieur le duc, il ne paraît
pas douteux que M. de Broglie ne prenne Sèves, contre lequel on a déjà
fait avancer des canons; et cette place une fois prise, on convient
que Vaugirard ne saurait tenir long-temps: c'est comme Mézières et
Charleville, l'un tombe nécessairement avec l'autre. Je ne doute pas
que vous ne soyez ravi de ce plan; et je suis bien sûr qu'il obtiendra
l'approbation de M. le prince Henry et de M. le duc de Brunswick. Je
suppose, comme on doit le penser de ces deux grands hommes, que la
jalousie ne saurait égarer leur jugement.
Je compte, Monsieur le duc, publier le journal militaire de cette
glorieuse campagne. Il paraîtra tous les jours et servira de pendant à
l'un des journaux de l'assemblée nationale; ainsi le lecteur pourra,
avec deux souscriptions seulement, voir marcher de front les
opérations civiles et militaires; il pourra voir et admirer la
parfaite intelligence et l'heureux accord qui règne entre le pouvoir
législatif et le pouvoir exécutif. Ces deux monumens littéraires
suffiraient seuls pour écrire l'histoire de cette grande époque; et
l'emploi de notre digne historiographe, M. Moreau, sera du moins, pour
cette année, aussi facile que lucratif.
Voulez-vous, bien, Monsieur le duc, puisque vous vous trouvez en ce
moment à Versailles, me donner des nouvelles de M. d'Eprémesnil, de M.
de Cazalès, de M. Martin d'Auch et de M. l'abbé Maury? Ce sont les
seuls députés des trois ordres qui intéressent M. le maréchal.
PORTRAIT DE RULHIÈRE.
Il cachait un esprit très délié sous un extérieur assez épais.
Très-malicieux avec le ton de l'aménité, très-intrigant sous le masque
de l'insouciance et du désintéressement, réunissant toutes les
prétentions de l'homme du monde et du bel esprit, il faisait servir
ses galanteries à ses bonnes fortunes littéraires, et les lectures
mystérieuses de ses productions à s'introduire chez les belles dames.
Fort circonspect avec les hommes qui pouvaient l'apprécier, il était
extrêmement hardi, à tous égards, auprès des femmes qui ne doutaient
point de son mérite. Tout dévoué à la faveur et aux gens en place, il
n'évitait, dans son manège, que les bassesses qui l'auraient empêché
de se faire valoir. Souple et réservé, adroit avec mesure, faux avec
épanchement, fourbe avec délices, haineux et jaloux, il n'était jamais
plus doux et plus mielleux que pour exprimer sa haine et ses
prétentions. Superficiellement instruit, détaché de tous principes,
l'erreur lui était aussi bonne que la vérité, quand elle pouvait faire
briller la frivolité de son esprit. Il n'envisageait les grandes
choses que sous de petits rapports, n'aimait que les tracasseries de
la politique, n'était éclairé que par des bleuettes, et ne voyait
dans l'histoire que ce qu'il avait vu dans les petites intrigues de la
société.
FIN DU TROISIÈME VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TROISIÈME VOLUME.
pages.
MÉLANGES DE LITTÉRATURE ET D'HISTOIRE 1
Sur les Considérations sur l'esprit et les mœurs,
par Sénac de Meilhan 5
-- les Motifs essentiels de détermination pour
les classes privilégiées 20
-- les Vœux d'un Solitaire, pour servir de suite
aux Études de la nature, par J.-Bernardin-H.
de Saint-Pierre 27
-- le Voyage de M. le Vaillant dans l'intérieur
de l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance,
dans les années 1780, 1781, 1782, 1783,
1784 et 1785 28
-- le Réveil d'Épiménide à Paris, comédie en
un acte, en vers, par M. de Flins 51
-- la Pétition des Juifs établis en France (28
janvier 1790) 53
-- les quatre premiers volumes des Mémoires
du maréchal de Richelieu 57
-- les Observations sur les Hôpitaux, par M.
Cabanis 99
-- le Massacre de la Saint-Barthélemi, et l'influence
des étrangers en France durant la
ligue, par Gabriel Brizard 104
-- le Despotisme des Ministres de France, ou
Exposition des principes et moyens employés
par l'aristocratie, pour mettre la France dans
les fers 113
-- la Constitution vengée des inculpations des
ennemis de la révolution 119
-- l'Exposé de la Révolution de Liège, en 1789,
et la conduite qu'a tenue à ce sujet le roi de
Prusse, par M. de Dohm; traduit de l'allemand,
par M. Raynier 124
-- la Véritable origine des Biens ecclésiastiques,
par M. Roset 138
-- le Palladium de la Constitution politique, ou
Régénération morale de la France, par M. Rivière 141
-- les Mémoires secrets de Robert comte de
Paradès, écrits par lui-même au sortir de
la Bastille, pour servir à l'Histoire de la dernière
Guerre 151
-- une Lettre d'un grand Vicaire à un Evêque,
sur les Curés de Campagne, par M. Selis 160
-- un Essai sur la mendicité, par M. de Montlinot 165
-- les Prônes Civiques, ou le Pasteur patriote,
par M. l'abbé Lamourette 178
-- la Collection abrégée des Voyages faits autour
du Monde, par les différentes nations de l'Europe,
depuis le premier jusqu'à ce jour, par
M. Béranger 190
-- l'Histoire de la Sorbonne, par l'abbé du Vernet 192
-- les Œuvres de Jean Law, Contrôleur général
des finances sous la régence 214
-- des Observations faites dans les Pyrénées, pour
servir de suite à des Observations sur les Alpes,
insérées dans une traduction des lettres de
W. Coxe, sur la Suisse 219
-- la Vie privée du maréchal de Richelieu 229
-- les Mémoires secrets des règnes de Louis XIV
et Louis XV, par Duclos 294
-- le Voyage en Italie, ou les Considérations sur
l'Italie, par Duclos 307
-- les Mémoires de la Vie privée de Benjamin
Franklin, écrits par lui-même 316
-- une brochure intitulée: De l'Autorité de Rabelais
dans la Révolution présente et dans la
Constitution civile du Clergé, ou Institutions
royales, politiques et ecclésiastiques, tirées de
Gargantua et de Pantagruel 325
-- les Nouveaux Voyages dans les États-Unis de
l'Amérique septentrionale, faits en 1788,
par J. P. Brissot de Warville 327
-- les Discussions importantes débattues au parlement
d'Angleterre, par les plus célèbres orateurs,
depuis trente ans, renfermant un choix de discours,
etc., accompagné de Réflexions politiques, analogues
à la situation de la France depuis les états-généraux 333
-- les Voyages et Mémoires de Maurice-Auguste,
comte de Benyowski, magnat des royaumes de
Hongrie et de Pologne, etc. 347
-- les Ruines, ou Méditations sur les Révolutions
des Empires; par Volney 359
-- l'Éloge historique de Louis-Joseph-Stanislas Le
Féron, premier commandant de la garde nationale
de Compiègne; par M. Chabanon l'aîné 378
-- les Lettres sur les Confessions de J.-J. Rousseau;
par M. Ginguené 384
-- la Police dévoilée; par Pierre Manuel 390
-- les Mémoires du comte de Maurepas, ministre
de la marine 398
Qu'est-ce que la Philosophie? 451
Lettre à M. le duc de B***, lieutenant-général des
armées du roi, sur la glorieuse campagne de
M. le maréchal de Broglie 458
Portrait de Rulhière 463
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DU TROISIÈME VOLUME.