Tu ne serais pas ma femme, eh bien, j’hésiterais...
(VIE CONJUGALE.)]
Pour ce samedi, Caroline invite monsieur et madame Deschars, le digne
monsieur Fischtaminel, enfin les plus vertueux ménages de sa société.
Tout est sous les armes chez Caroline: elle a commandé le plus délicat
dîner, elle a sorti ses splendeurs des armoires; elle tient à fêter le
modèle des femmes.
—Vous allez voir, ma chère, dit-elle à madame Deschars au moment où
toutes les femmes se regardent en silence, vous allez voir le plus
adorable ménage du monde, nos voisins d’en face: un jeune homme blond
d’une grâce infinie, et des manières... une tête à la lord Byron,
et un vrai don Juan, mais fidèle! il est fou de sa femme. La femme
est charmante et a trouvé des secrets pour perpétuer l’amour, aussi
peut-être devrai-je un regain de bonheur à cet exemple; Adolphe, en les
voyant, rougira de sa conduite, il...
On annonce: —Monsieur et madame Foullepointe.
Madame Foullepointe, jolie brune, la vraie Parisienne, une femme
cambrée, mince, au regard brillant étouffé par de longs cils, mise
délicieusement, s’assied sur le canapé. Caroline salue un gros monsieur
à cheveux gris assez rares, qui suit cette Andalouse de Paris, et qui
montre une figure et un ventre siléniques, un crâne beurre frais,
un sourire papelard et libertin sur de bonnes grosses lèvres, un
philosophe enfin! Caroline regarde ce monsieur d’un air étonné.
—Monsieur Foullepointe, ma bonne, dit Adolphe en lui présentant ce
digne quinquagénaire.
—Je suis enchantée, madame, dit Caroline en prenant un air aimable,
que vous soyez venue avec votre beau-père (profonde sensation); mais
nous aurons, j’espère, votre mari...
—Madame...
Tout le monde écoute et se regarde. Adolphe devient le point de mire
de tous les yeux; il est hébété d’étonnement; il voudrait faire
disparaître Caroline par une trappe, comme au théâtre.
—Voici monsieur Foullepointe, mon mari, dit madame Foullepointe.
Caroline devient alors d’un rouge écarlate en comprenant _l’école_
qu’elle a faite, et Adolphe la foudroie d’un regard à trente-six becs
de gaz.
—Vous le disiez jeune, blond... dit à voix basse madame Deschars.
Madame Foullepointe, en femme spirituelle, regarde audacieusement la
corniche.
Un mois après, madame Foullepointe et Caroline deviennent intimes.
Adolphe, très-occupé de madame Fischtaminel, ne fait aucune attention à
cette dangereuse amitié, qui doit porter ses fruits; car, sachez-le!