Tout ménage a sa cour de cassation qui ne s’occupe jamais du fond et
qui ne juge que la forme.
La bonne est mandée, elle vient, elle est pour votre femme. Il est
acquis à la discussion que Charles n’a jamais eu d’engelures.
Caroline vous regarde, elle triomphe et vous dit ces ébouriffantes
paroles: —Tu vois bien qu’il est impossible de mettre Charles au
collége.
Vous sortez suffoqué de colère. Il n’y a aucun moyen de prouver à cette
femme qu’il n’existe pas la moindre corrélation entre la proposition
de mettre son enfant au collége et la chance d’avoir ou de ne pas avoir
des engelures.
Le soir, devant vingt personnes, après le dîner vous entendez cette
atroce créature finissant avec une femme sa longue conversation par ces
mots: —Il voulait mettre Charles au collége, mais il a bien vu qu’il
fallait encore attendre.
Quelques maris, dans ces sortes de circonstances, éclatent devant tout
le monde, ils se font minotauriser six semaines après; mais ils gagnent
ceci, que Charles est mis au collége le jour où il lui échappe une
indiscrétion. D’autres cassent des porcelaines en se livrant à une rage
intérieure. Les gens habiles ne disent rien et attendent.
La logique de la femme se déploie ainsi dans les moindres faits, à
propos d’une promenade et d’un meuble à placer, d’un déménagement.
Cette logique, d’une simplicité remarquable, consiste à ne jamais
exprimer qu’une seule idée, celle qui formule leur volonté. Comme
toutes les choses de la nature femelle, ce système peut se résoudre
par ces deux termes algébriques: Oui. —Non. Il y a aussi quelques
hochements de tête qui remplacent tout.