Il songeait, attentif aux étoiles dans l’ombre,
Pendant que les lions léchaient ses pieds sans nombre.
«L’amour fait danser les ânes»: le rêve rend ingénieux tels qui dans la
vie ne le furent guère. Nous avions lu ce matin notre _Zigomar_
quotidien; car nous adorons le roman-feuilleton, et tant plus est
stupide, tant plus il nous ravit; aussi bien, quel Français n’a lu son
_Zigomar_[6]? Or, nous rêvâmes être (excusez du peu!) Paulin Broquet en
personne, oui, l’étourdissant, le génial policier. Et nous venions de
surprendre, à domicile, le Rocambole suprême style, l’insaisissable à
bon droit surnommé «Peau d’Anguille», Zigomar lui-même, quoi. Nous lui
avions passé le cabriolet; oui, mais, il s’agissait de le conduire au
moins jusqu’au prochain poste de police. Or, comment l’empêcher de nous
glisser entre les pinces? Eh bien, nous inventâmes ceci, qu’à l’état de
veille nous n’aurions certes soupçonné jamais: nous le déchaussâmes
d’une de ses bottines! Oui, simplement. Essayez donc de courir, dans les
rues de Paris--et sans vous faire remarquer--un pied chaussé et l’autre
nu!
[6] En langage celtique: _Ségomar_, «le guerrier victorieux». C’est
beau la linguistique! Et la sémantique!