PREMIÈRE PARTIE DU RAISONNEMENT EXPÉRIMENTAL.
CHAPITRE PREMIER DE L'OBSERVATION ET DE L'EXPÉRIENCE.
§ I. -- Définitions diverses de l'observation et de l'expérience.
§ II. -- Acquérir de l'expérience et s'appuyer sur l'observation est
autre chose que faire des expériences et faire des observations.
§ III. -- De l'investigateur; de la recherche scientifique.
§ IV. -- De l'observateur et de l'expérimentateur; des sciences
d'observation et d'expérimentation.
§ V. -- L'expérience n'est au fond qu'une observation provoquée.
§ VI. -- Dans le raisonnement expérimental, l'expérimentateur ne
se sépare pas de l'observation.
CHAPITRE II DE L'IDÉE A PRIORI ET DU DOUTE DANS LE RAISONNEMENT
EXPÉRIMENTAL.
§ I. -- Les vérités expérimentales sont objectives ou extérieures.
§ II. -- L'intuition ou le sentiment engendre l'idée expérimentale.
§ III. -- L'expérimentateur doit douter, fuir les idées fixes et
garder toujours sa liberté d'esprit.
§ IV. -- Caractère indépendant de la méthode expérimentale.
§ V. -- De l'induction et de la déduction dans le raisonnement
expérimental.
§ VI. -- Du doute dans le raisonnement expérimental.
§ VII. -- Du principe du criterium expérimental.
§ VIII. -- De la preuve et de la contre-épreuve.
DEUXIÈME PARTIE DE L'EXPÉRIMENTATION CHEZ LES ÊTRES VIVANTS.
CHAPITRE PREMIER CONSIDÉRATIONS EXPÉRIMENTALES COMMUNES AUX ÊTRES
VIVANTS ET AUX CORPS BRUTS.
§ I. -- La spontanéité des corps vivants ne s'oppose pas à l'emploi de
l'expérimentation.
§ II. -- Les manifestations des propriétés des corps vivants sont liées
à l'existence de certains phénomènes physico-chimiques qui en règlent
l'apparition.
§ III. -- Les phénomènes physiologiques des organismes supérieurs se
passent dans des milieux organiques intérieurs perfectionnés et doués
de propriétés physico-chimiques constantes.
§ IV. -- Le but de l'expérimentation est le même dans l'étude des
phénomènes des corps vivants et dans l'étude des phénomènes des corps
bruts.
§ V. -- Il y a un déterminisme absolu dans les conditions d'existence
des phénomènes naturels, aussi bien dans les corps vivants que dans les
corps bruts.
§ VI. -- Pour arriver au déterminisme des phénomènes dans les sciences
biologiques comme dans les sciences physico-chimiques, il faut ramener
les phénomènes à des conditions expérimentales définies et aussi
simples que possible.
§ VII. Dans les corps vivants de même que dans les corps bruts, les
phénomènes ont toujours une double condition d'existence.
§ VIII. -- Dans les sciences biologiques comme dans les sciences
physico-chimiques, le déterminisme est possible, parce que, dans les
corps vivants comme dans les corps bruts, la matière ne peut avoir
aucune spontanéité.
§ IX. -- La limite de nos connaissances est la même dans les phénomènes
des corps vivants et dans les phénomènes des corps bruts.
§ X. -- Dans les sciences des corps vivants comme dans celles des corps
bruts, l'expérimentateur ne crée rien; il ne fait qu'obéir aux lois de
la nature.
CHAPITRE II CONSIDÉRATIONS EXPÉRIMENTALES SPÉCIALES AUX ÊTRES
VIVANTS.
§ I. -- Dans l'organisme des êtres vivants, il y a à considérer un
ensemble harmonique des phénomènes.
§ II. -- De la pratique expérimentale sur les êtres vivants.
§ III. -- De la vivisection.
§ IV. De l'anatomie normale dans ses rapports avec la vivisection.
§ V. -- De l'anatomie pathologique et des sections cadavériques dans
leurs rapports avec la vivisection.
§ VI. -- De la diversité des animaux soumis à l'expérimentation; de la
variabilité des conditions organiques dans lesquelles ils s'offrent à
l'expérimentateur.
§ VII. -- Du choix des animaux; de l'utilité que l'on peut tirer pour
la médecine des expériences faites sur les diverses espèces animales.
§ VIII. -- De la comparaison des animaux et l'expérimentation
comparative.
§ IX. -- De l'emploi du calcul dans l'étude des phénomènes des êtres
vivants; des moyennes et de la statistique.
§ X. -- Du laboratoire du physiologiste et de divers moyens nécessaires
à l'étude de la médecine expérimentale.
TROISIÈME PARTIE APPLICATIONS DE LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE À L'ÉTUDE
DES PHÉNOMÈNES DE LA VIE.
CHAPITRE PREMIER EXEMPLES D'INVESTIGATION EXPÉRIMENTALE
PHYSIOLOGIQUE.
§ I. -- Une recherche expérimentale a pour point de départ une
observation.
§ II. -- Une recherche expérimentale a pour point de départ une
hypothèse ou une théorie.
CHAPITRE II EXEMPLES DE CRITIQUE EXPÉRIMENTALE PHYSIOLOGIQUE.
§ I. -- Le principe du déterminisme expérimental n'admet pas des faits
contradictoires.
§ II -- Le principe du déterminisme repousse de la science les faits
indéterminés ou irrationnels.
§ III. -- Le principe du déterminisme exige que les faits soient
comparativement déterminés.
§ IV. -- La critique expérimentale ne doit porter que sur des faits et
jamais sur des mots.
CHAPITRE III. DE L'INVESTIGATION ET DE LA CRITIQUE APPLIQUÉES À LA
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE.
§ I. -- De l'investigation pathologique et thérapeutique.
§ II. -- De la critique expérimentale pathologique et thérapeutique.
CHAPITRE IV. DES OBSTACLES PHILOSOPHIQUES QUE RENCONTRE LA MÉDECINE
EXPÉRIMENTALE.
§I. -- De la fausse application de la physiologie à la médecine.
§ II. -- L'ignorance scientifique et certaines illusions de l'esprit
médical sont un obstacle au développement de la médecine expérimentale.
§ III. -- La médecine empirique et la médecine expérimentale ne sont
point incompatibles; elles doivent être au contraire inséparables l'une
de l'autre.
§ IV. -- La médecine expérimentale ne répond à aucune doctrine médicale
ni à aucun système philosophique.
Conserver la santé et guérir les maladies: tel est le problème que
la médecine a posé dès son origine et dont elle poursuit encore la
solution scientifique[1]. L'état actuel de la pratique médicale
donne à présumer que cette solution se fera encore longtemps
chercher. Cependant, dans sa marche à travers les siècles, la
médecine, constamment forcée d'agir, a tenté d'innombrables essais
dans le domaine de l'empirisme et en a tiré d'utiles
enseignements. Si elle a été sillonnée et bouleversée par des
systèmes de toute espèce que leur fragilité a fait successivement
disparaître, elle n'en a pas moins exécuté des recherches, acquis
des notions et entassé des matériaux précieux, qui auront plus
tard leur place et leur signification dans la médecine
scientifique. De notre temps, grâce aux développements
considérables et aux secours puissants des sciences physico-
chimiques, l'étude des phénomènes de la vie, soit à l'état normal,
soit à l'état pathologique, a accompli des progrès surprenants qui
chaque jour se multiplient davantage.
Il est ainsi évident pour tout esprit non prévenu que la médecine
se dirige vers sa voie scientifique définitive. Par la seule
marche naturelle de son évolution, elle abandonne peu à peu la
région des systèmes pour revêtir de plus en plus la forme
analytique, et rentrer ainsi graduellement dans la méthode
d'investigation commune aux sciences expérimentales.
Pour embrasser le problème médical dans son entier, la médecine
expérimentale doit comprendre trois parties fondamentales: la
physiologie, la pathologie et la thérapeutique. La connaissance
des causes des phénomènes de la vie à l'état normal, c'est-à-dire
la physiologie, nous apprendra à maintenir les conditions normales
de la vie et à conserver la santé. La connaissance des maladies et
des causes qui les déterminent, c'est-à-dire la pathologie, nous
conduira, d'un côté, à prévenir le développement de ces conditions
morbides, et de l'autre à en combattre les effets par des agents
médicamenteux, c'est-à-dire à guérir les maladies.
Pendant la période empirique de la médecine, qui sans doute devra
se prolonger encore longtemps, la physiologie, la pathologie et la
thérapeutique ont pu marcher séparément, parce que, n'étant
constituées ni les unes ni les autres, elles n'avaient pas à se
donner un mutuel appui dans la pratique médicale. Mais dans la
conception de la médecine scientifique, il ne saurait en être
ainsi; sa base doit être la physiologie. La science ne
s'établissant que par voie de comparaison, la connaissance de
l'état pathologique ou anormal ne saurait être obtenue, sans la
connaissance de l'état normal, de même que l'action thérapeutique
sur l'organisme des agents anormaux ou médicaments, ne saurait
être comprise scientifiquement sans l'étude préalable de l'action
physiologique des agents normaux qui entretiennent les phénomènes
de la vie.
Mais la médecine scientifique ne peut se constituer, ainsi que les
autres sciences, que par voie expérimentale, c'est-à-dire par
l'application immédiate et rigoureuse du raisonnement aux faits
que l'observation et l'expérimentation nous fournissent. La
méthode expérimentale, considérée en elle-même, n'est rien autre
chose qu'un raisonnement à l'aide duquel nous soumettons
méthodiquement nos idées à l'expérience des faits.
Le raisonnement est toujours le même, aussi bien dans les sciences
qui étudient les êtres vivants que dans celles qui s'occupent des
corps bruts. Mais, dans chaque genre de science, les phénomènes
varient et présentent une complexité et des difficultés
d'investigation qui leur sont propres. C'est ce qui fait que les
principes de l'expérimentation, ainsi que nous le verrons plus
tard, sont incomparablement plus difficiles à appliquer à la
médecine et aux phénomènes des corps vivants qu'à la physique et
aux phénomènes des corps bruts.
Le raisonnement sera toujours juste quand il s'exercera sur des
notions exactes et sur des faits précis; mais il ne pourra
conduire qu'à l'erreur toutes les fois que les notions ou les
faits sur lesquels il s'appuie seront primitivement entachés
d'erreur ou d'inexactitude. C'est pourquoi l'expérimentation, ou
l'art d'obtenir des expériences rigoureuses et bien déterminées,
est la base pratique et en quelque sorte la partie exécutive de la
méthode expérimentale appliquée à la médecine. Si l'on veut
constituer les sciences biologiques et étudier avec fruit les
phénomènes si complexes qui se passent chez les êtres vivants,
soit à l'état physiologique, soit à l'état pathologique, il faut
avant tout poser les principes de l'expérimentation et ensuite les
appliquer à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique.
L'expérimentation est incontestablement plus difficile en médecine
que dans aucune autre science; mais par cela même, elle ne fut
jamais dans aucune plus nécessaire et plus indispensable. Plus une
science est complexe, plus il importe, en effet, d'en établir une
bonne critique expérimentale, afin d'obtenir des faits comparables
et exempts de causes d'erreur. C'est aujourd'hui, suivant nous, ce
qui importe le plus pour les progrès de la médecine.
Pour être digne de ce nom, l'expérimentateur doit être à la fois
théoricien et praticien. S'il doit posséder d'une manière complète
l'art d'instituer les faits d'expérience, qui sont les matériaux
de la science, il doit aussi se rendre compte clairement des
principes scientifiques qui dirigent notre raisonnement au milieu
de l'étude expérimentale si variée des phénomènes de la nature. Il
serait impossible de séparer ces deux choses: la tête et la main.
Une main habile sans la tête qui la dirige est un instrument
aveugle; la tête sans la main qui réalise reste impuissante.
Les principes de la médecine expérimentale seront développés dans
notre ouvrage au triple point de vue de la physiologie, de la
pathologie et de la thérapeutique. Mais, avant d'entrer dans les
considérations générales et dans les descriptions spéciales des
procédés opératoires, propres à chacune de ces divisions, je crois
utile de donner, dans cette introduction, quelques développements
relatifs à la partie théorique ou philosophique de la méthode dont
le livre, au fond, ne sera que la partie pratique.
Les idées que nous allons exposer ici n'ont certainement rien de
nouveau; la méthode expérimentale et l'expérimentation sont depuis
longtemps introduites dans les sciences physico-chimiques qui leur
doivent tout leur éclat. À diverses époques, des hommes éminents
ont traité les questions de méthode dans les sciences; et de nos
jours, M. Chevreul développe dans tous ses ouvrages des
considérations très-importantes sur la philosophie des sciences
expérimentales. Après cela, nous ne saurions donc avoir aucune
prétention philosophique. Notre unique but est et a toujours été
de contribuer à faire pénétrer les principes bien connus de la
méthode expérimentale dans les sciences médicales. C'est pourquoi
nous allons ici résumer ces principes, en indiquant
particulièrement les précautions qu'il convient de garder dans
leur application, à raison de la complexité toute spéciale des
phénomènes de la vie. Nous envisagerons ces difficultés d'abord
dans l'emploi du raisonnement expérimental et ensuite dans la
pratique de l'expérimentation.