Elle était protestante comme sa mère et ses sœurs, maigre, avec des yeux
verts et perçants dans une figure anguleuse. Mais sa sévérité se faisait
douce pour moi. Le Seigneur était sa vie. Il semblait quand elle
marchait sur le parquet ciré de la maison natale que la harpe du roi
David accompagnât ses pas sur les eaux. On la disait colère, mais un peu
je pense de la colère des prophètes en face de ceux qui n’observent pas
assez rigoureusement la Loi. Pour ceux qu’elle voulait convertir, elle
ne connaissait pas de trêve et sa voix chargée des orages de l’Ancien
Testament retentissait jusque dans les agonies.
Je recopie dans sa Bible ce verset qu’elle a transcrit d’un Psaume:
«_Certainement c’est dans l’apparence que l’homme se promène.
Certainement c’est en vain qu’il s’agite. Il amasse des biens, et il ne
sait qui doit les cueillir._»
Elle ne mentait jamais, pas même en plaisantant. Il y avait en face
d’elle sur la table à manger un huilier dont les cornues croisaient
leurs cols en forme d’_x_.