Le févier est un grand arbre originaire de la Chine et dont les enfants
sucent les gousses marron pleines de baume. A travers la vitre pluvieuse
Bernadette regarde le févier. Elle interroge en silence ce témoin
quelconque de la vie, apprend à le connaître, et nul doute que déjà il
ne soit pour elle un grand personnage qu’elle ne définit pas, mais qui
l’intéresse. Que lui répond l’arbre sinon: «_Je suis là_»? Et quelle
affirmation pourrait satisfaire davantage Bernadette? Elle ne sait pas
qu’en Août il étendait sur elle, qui dormait, de grands éventails de
feuilles harmonieuses.
Ma petite fille, je laisse un peu d’ombre sur ce papier pour que tu
saches que moi aussi, dans ma belle saison, j’ai fait chanter mes
feuilles sur ton sommeil.