Mais les larmes de Bernadette!
Sur la face sans nuage un pli se creuse comme sur une eau tranquille,
soudain: le front se fronce, le nez se fronce, les joues se froncent, la
bouche s’ouvre comme si elle ne devait plus jamais se refermer, les
mains se crispent, effilochent l’air, un long cri succède à de petits
sanglots entrecoupés. Oh! Qu’elle est malheureuse! On lui dit:
«Tais-toi, Bernadette! Tais-toi, Bernadettou!» C’est le sein qu’elle
veut, la clameur se fait impérative et rageuse. Et l’on voit luire au
coin de l’œil la première larme.
O mon enfant! De même que j’ai médité sur le premier sourire du monde,
je méditerai sur sa première larme. On t’apprendra plus tard que la
Terre, ayant offensé son Créateur, ne fut plus quelque temps qu’une
larme roulant dans la paupière du ciel. Mais quelles furent les
premières larmes versées sur cette Terre? Je crains, hélas! que dans la
dureté de leur cœur Adam et Ève n’aient trop longtemps refoulé les
leurs. Mais peut-être que le chien (tu sauras plus tard comme le chien
est bon, fidèle et obéissant), dès qu’il se fut aperçu de la peine que
ses maîtres avaient causée à Dieu, pleura dans la niche.
O Bernadette! Je ne sais pas, quand je les vois s’évaporer si vite, si,
tes larmes, ton ange gardien ne les recueille pas une à une et n’en fait
pas un chapelet béni.
La Mère de Dieu refuserait-elle rien en échange de ces perles vivantes
de mon enfant?