VUE SUR LES CHOSES

O Bernadette! tes yeux s’ouvrent.

Oh! Qu’est ceci? La vie. Oh! Que c’est étonnant! Tu regardes là, mais

quoi! Eh! Qu’importe? Tu vois: il y a des choses. Tu n’as pas besoin de

savoir, mais fixant un coin de la tapisserie, obstinément, tu découvres

le monde. Il est extraordinaire. Il y a ceci que tu vois peut-être et

que je ne vois plus, et il y a cela que tu ne vois pas encore et que je

vois: des chevaux, des bœufs, des prairies, de l’eau et la face de ta

mère et son sein où ta bouche se colle comme une lape au rocher. Parfois

tu souris tant c’est joyeux, mais soudain ta lèvre devient arquée et

amère comme celle du Dante: ton œil se fait hagard à contempler ce

gouffre de Pascal qui s’étend au delà de ton bonnet. Et ton bras replié

en équerre sur la poitrine, tel celui de Bonaparte, mesure ton domaine.

Furent-ils jamais plus grands que des petits, ces grands hommes? Oh!

non. Leurs regards passent ce que tu vois et ne savent plus s’arrêter

aux objets ordinaires, tandis que ton hochet te distraira et, dans ses

cercles étroits, tu enfermeras toute ta divine comédie, tes pensées et

ton sceptre.

Ma Fille Bernadette · 第 14 / 70 题