CHANSON LÉGÈRE.

Air: _Du ballet des Pierrots_.

A l'exemple du bon Horace,

Si je veux faire une chanson,

Ce n'est pas l'air qui m'embarrasse,

Bacchus vient me donner le ton.

Presque toujours ma voix ingrate

Le prend trop bas, ou bien trop clair;

Mais, pour cette fois, je me flatte

De chanter des couplets sur l'air.

Travailler est notre habitude;

Sans le travail, adieu nos jours;

Le besoin et l'inquiétude

Viendront en abréger le cours.

Aussi, j'ai la preuve certaine

Que l'on jouirait plus long-temps,

Et que l'on prendrait moins de peine

Si l'on vivait de l'air du temps.

Jugeant du ton par la dépense,

Dans un repas de cent couverts,

Voyez avec quelle insolence

Mondor se donne de grands airs:

Oui; mais dans sa métamorphose,

Quand Mondor, avec tout son bien,

Veut avoir l'air de quelque chose,

Hélas! il n'a plus l'air de rien.

Lise a seize ans, Lise est jolie

Avec son air embarrassé;

Jusqu'à présent, par modestie,

Elle marcha le nez baissé.

Depuis que sa mère lui nomme

L'époux qui viendra cet hiver,

Dès qu'elle voit le nez d'un homme,

La friponne a le nez en l'air.

De mes couplets sans conséquence

Jamais je ne me montre fier;

Mais je suis, dans cette occurrence,

Tout gonflé d'avoir chanté l'air.

Vous dont je brigue la conquête,

Belles, convenez sans façon,

Que désormais si j'ai l'air bête,

J'en aurai l'air et la chanson.

BRAZIER fils.

Le chanteur parisien Recueil des chansons de L.A. Pitou · 第 74 / 102 题