David, surnommé le prophète-roi, était le plus jeune des fils d'Isaïe,
bethléémite, et, suivant certaines versions, le moins aimé de son
père, qui l'avait relégué dans la campagne pour garder ses troupeaux.
Dieu le tira de ce néant pour le placer sur le trône d'Israël. David,
au milieu de la prospérité, oublia une si grande faveur. Dans un
moment d'oisiveté, en se promenant, il vit au bain Bethsabée femme
d'Urie, un des capitaines de ses troupes. Urie était absent pour le
service de son prince. David s'enflamma pour Bethsabée, qui devint
enceinte en l'absence de son mari. Le roi rappela Urie pour que son
adultère ne fût point connu; mais ce guerrier se rendit au palais du
roi sans vouloir rentrer chez lui, et répondit à David qui l'y
engageait: Comment ne jeûnerais-je pas et rentrerais-je dans ma
maison, quand l'arche du seigneur couche dans les camps et qu'elle est
peut-être au pouvoir des infidèles?.... Le roi, loin d'être touché de
ces paroles, fit marcher Urie dans un défilé, d'où, il ne put échapper
à la mort. Bethsabée épousa David, donna le jour à Salomon, et mourut
subitement à la fleur de son âge, au moment où David l'idolâtrait....
L'auteur de ce chef-d'oeuvre peint David debout, les bras étendus sur
les tristes restes de son amante, dont le visage à découvert dans le
cercueil, en lui laissant le souvenir de ses charmes, lui rappelle son
ingratitude envers Dieu et son crime envers Urie. David, en proie à
l'amour, au remords, à la reconnaissance, cède tour à tour à sa
passion, à son désespoir et à son repentir. Cette héroïde arrachait
des larmes aux sauvages de la Guyane, quand nous la chantions sur les
bords de la mer: l'écho des forêts et des montagnes lui donnait
quelque chose de mélodieux, et les cultivateurs quittaient leurs
travaux pour nous écouter. Je me croirais poëte si j'eusse fait ces
couplets.
Je suis puni, je perds ce que j'adore,
Ce cher auteur de mes forfaits.
C'est malgré moi que je t'offense encore,
Seigneur, par mes tristes regrets.
Mon coeur est déchiré sans cesse
Par le remords et le désir.
Ah! j'en mourrais de repentir
Si je n'expirais de tendresse. (_bis._)
De mon amour, déplorable victime,
Je n'ai long-temps fait que gémir.
J'ai succombé, j'ai vécu dans le crime....
Tu ne pouvais mieux m'en punir....
Grand Dieu! ta puissance suprême
N'a plus de coups à me porter.
On n'a plus rien à redouter
Quand on a perdu ce qu'on aime. (_bis._)
Elle n'est plus; la mort impitoyable
A moissonné ses jeunes ans;
Et c'est du fond d'un sépulcre effroyable
Qu'elle ravit encor mes sens.
En t'implorant mon coeur t'outrage,
Seigneur; mes voeux sont criminels,
Puisque j'apporte à tes autels
Un coeur rempli de son image.
Si je l'aimai cette amante adorable,
Si j'oubliai tant de bienfaits,
C'est toi, mon Dieu, qui me rendis coupable
En la formant de tes attraits.
A mes devoirs toujours fidèle,
Et toujours soumis à ta loi,
Hélas! je n'eusse aimé que toi,
Si je n'avais brûlé pour elle.