Ce vaudeville poissard est la relation fidèle du combat que nous
soutînmes depuis minuit jusqu'à six heures du matin, le 21 mars 1797,
sur la frégate la Charente, qui sortit de la rade de Rochefort dans la
nuit du 20 mars, pour nous déporter à Cayenne. Le lendemain, en
avançant en haute mer, nous vîmes à notre poursuite trois bâtiments
anglais, le Vieux Canada, de 74 canons, escorté des frégates la Pomone
et la Flore, toutes deux de 42 pièces. Toute la journée nous tentâmes
de gagner les côtes de Médoc; mais la Flore nous rasait la terre: la
Pomone gagnait au large, et le Vieux Canada fermait la marche. Dans la
journée on jeta à la mer toute la cargaison et une partie de nos
effets pour délester le bâtiment. La nuit vint, et nous nous perdîmes
de vue; à minuit la lune nous trahit et nous nous trouvâmes près de
l'écueil du phare Cordouan. Les Anglais nous débouquèrent; la marée
montait; le combat s'engagea. On délesta de nouveau le bâtiment, qui,
démâté par le canon, le gouvernail brisé, nous fit échouer sur les
ruines de l'ancienne ville des Olives, près la rade de Royan, à
dix-huit lieues de Bordeaux.
Air: _Stuila qu'a pincé Berg-op-Zoom_.
Ventrebleu qu'il est donc brutal, (_bis._)
Ce carillon de germinal;
J'crayons ma foi que c'te Charente,
Au diable f.... l'épouvante.
Voyant ces trois châtiaux flottants,
J'avions largué la voile aux vents;
Avec tout nout échapatoire,
Fallut nous casser la mâchoire.
Par là corbleu, monsieu Breuillac,
N'est ma foi point un monsieu d'Crac,
C'est f.... ben un pinc' sans rire,
Que malgré lui l'Anglais admire.
Not maison quand brutal ronflait,
Sur le rocher se reposait.
J'avions un pied dans l'onde noire,
Et plus qu'nout saoul j'ons failli boire.
Au milieu de tout c't'embarras,
Le grand marin qu'je n'voyons pas,
Qui ben mieux qu'nous connaît l'parage,
A lui seul sauva l'équipage.