6
Aimés uotre femme uiués bien auec elle demandés en une a dieu qui uous
conuienne Je ne croy pas que uous deuiés prendre une autrichienne.
C’est M. A.-A. Renouard qui, le premier, a, en 1819, ajouté ces six
articles. B.
[158] On voit qu’il se trompa dans cette conjecture.
[159] Cela seul peut servir à confondre tant d’historiens qui, sur la
foi des Mémoires infidèles écrits en Hollande, ont rapporté un prétendu
traité (signé par Philippe V avant son départ), par lequel traité ce
prince cédait à son grand-père la Flandre et le Milanais.
[160] Philippe V était trop jeune et trop peu instruit pour se passer
de premier ministre; et en général l’unité de vues, de principes, si
nécessaire dans un bon gouvernement, doit obliger tout prince qui ne
gouverne point réellement par lui-même à mettre un seul homme à la tête
de toutes les affaires. K.
[161] Le roi d’Espagne profita de ces conseils: c’était un prince
vertueux.
L’auteur des _Mémoires de Maintenon_, tome V, page 200 et suiv.,
l’accuse d’avoir fait un «souper scandaleux avec la princesse des
Ursins le lendemain de la mort de sa première femme, et d’avoir
voulu épouser cette dame,» qu’il charge d’opprobres. Remarquez que
Anne-Marie de La Trimouille, princesse des Ursins, dame d’honneur
de la feue reine, avait alors plus de soixante-dix ans, et que
c’était cinquante-cinq ans après son premier mariage, et quarante
après le second. Ces contes populaires, qui ne méritent que l’oubli,
deviennent des calomnies punissables, quand on les imprime, et qu’on
veut flétrir les noms les plus respectés sans apporter la plus légère
preuve.--Philippe V est un des princes les plus chastes dont l’histoire
ait fait mention. Cette chasteté, portée à l’excès, a été regardée
comme une des principales causes de la mélancolie qui s’empara de lui
dès les premières années de son règne, et qui finit par le rendre
incapable d’application pendant des intervalles de temps considérables.
K.
[162] Dans les premières éditions du _Siècle de Louis XIV_, il y avait:
«Le Comte de Marivault, lieutenant-général, homme un peu brutal, et qui
n’avait pas, etc.» B.
[163] Cette parodie du prologue d’_Atys_ est déjà rapportée dans les
_Anecdotes_ publiées en 1748: voyez tome XXXIX, page 9. B.
[164] Ces mots démentent bien l’infame calomnie de La Beaumelle, qui
ose dire que «le marquis de Louvois avait craint que Louis XIV ne
l’empoisonnât.»
Au reste, cette lettre doit être encore parmi les manuscrits laissés
par M. le garde des sceaux, Chauvelin.--Ce n’était pas une lettre, mais
un mémoire. Il n’est pas dans les six volumes des _Œuvres de Louis
XIV_, publiées en 1806. A.-A. Barbier l’ayant trouvé manuscrit dans la
bibliothèque du château de Fleury, l’a fait imprimer dans la _Revue
encyclopédique_ du mois de novembre 1825. Des exemplaires ont été tirés
à part. B.
[165] Un jour Guillaume III, qui détestait Louis XIV, et qui n’aimait
guère la littérature, apostropha ainsi un comédien qui récitait devant
lui, en plein théâtre, des vers à sa louange: «Qu’on me chasse ce
coquin-là! me prend-il pour le roi de France?» CL.
[166] Dans les _Anecdotes_ imprimées en 1748: voyez tome XXXIX, page
11. B.
[167] Dans les premières éditions cet alinéa commençait ainsi: «On a
accusé Louis XIV d’un orgueil insupportable; parceque les bases de ses
statues à la place des Victoires et à celle de Vendôme sont entourées
d’esclaves enchaînés; mais ce n’est point lui qui fit ériger ces
statues. Celle de la place des Victoires, etc.» J’ai sous les yeux
trois éditions qui contiennent ce passage, que l’auteur fit disparaître
dans l’édition de _Leipsic_, 1752, deux volumes en quatre parties,
et qui est intitulée: _seconde édition_, quoique ce fût au moins la
quatrième, d’après ce que j’ai dit. Voyez, dans la _Correspondance_,
les lettres à La Condamine des 29 avril et 12 octobre 1752. B.
[168] Les esclaves enchaînés furent enlevés quelques jours avant le 14
juillet 1790, et transportés à l’hôtel des Invalides, dont ils décorent
la façade. B.
[169] Ces deux statues ont été détruites en 1792. A la place Vendôme
on a, depuis, élevé la colonne en bronze _ex œre capto_, qu’on voit
aujourd’hui. La statue de la place des Victoires était pédestre. La
statue à cheval actuelle est de Bosio, et date de 1821. B.
[170] Frédéric-Guillaume, dit le Grand, électeur de Brandebourg, en
1640, né en 1620, mort le 29 avril 1688, père du premier roi de Prusse;
on parle de lui tome XXIII, pages 28 et 615. B.
[171] Voyez page 156. B.
[172] La Beaumelle croit que ce passage, qui existe dès 1751, regarde
le roi de Prusse. B.
[173] L’auteur l’a vue avec M. de Caumartin, l’intendant des finances,
qui avait le droit d’entrer dans l’intérieur du couvent.--C’est le
Caumartin dont Voltaire a parlé tome XIX, page 79 et ci-dessus page
139. B.
[174] Ces arrérages de tailles n’étaient dus que par des gens qu’il
était impossible de faire payer. Si le retranchement de 500,000 écus de
droits ne fut pas remplacé sur-le-champ par un autre impôt, ce qui est
très douteux, il ne tarda point à l’être. K.
[175] La véritable beauté des grands chemins consiste, non dans leur
largeur, qui nuit à l’agriculture, mais dans leur solidité, et surtout
dans l’art de les diriger à travers les montagnes, en conciliant la
commodité avec l’économie. Cet art s’est perfectionné de nos jours,
surtout dans les pays où la corvée a été abolie. K.
[176] Voyez, tome XXI, le chapitre XXIX du _Précis du
Siècle de Louis XV_; et dans les _Mélanges_, année 1773, l’article Iᵉʳ
des _Fragments historiques sur l’Inde_. B.
[177] Il a été prouvé depuis que la compagnie des Indes n’avait
jamais fait qu’un commerce désavantageux, qu’elle n’avait pu soutenir
qu’aux dépens du trésor public. Toute compagnie, même lorsqu’elle est
florissante, dépense plus en frais de commerce que les particuliers,
et rend les denrées dont elle a le privilége plus chères que si le
commerce était resté libre. K.
[178] Les sommes employées à payer les primes sont levées sur la
nation, ce qu’il ne faut point perdre de vue. L’effet d’une prime est
d’augmenter pour le commerçant l’intérêt des fonds qu’il met dans le
commerce; il peut donc se contenter d’un moindre profit. Ainsi, l’effet
de ces primes est d’augmenter le prix des denrées pour le vendeur, ou
de les diminuer pour l’acheteur, ou plutôt de produire à-la-fois les
deux effets. Lorsqu’elles ont lieu seulement pour le commerce d’un
lieu à un autre, leur effet est donc d’augmenter le prix au lieu de
l’achat, et de le diminuer au lieu de la vente. Ainsi, proposer une
prime d’exportation, c’est forcer tous les citoyens à payer pour que
les consommateurs d’une denrée l’achètent plus cher, et que ceux qui la
récoltent la vendent aussi plus cher.
Proposer une prime d’importation, c’est forcer tous les citoyens à
payer pour que ceux qui ont besoin de certaines denrées puissent les
acheter à meilleur marché.
L’établissement de ces primes ne peut donc être ni juste ni utile que
pour des temps très courts et dans des circonstances particulières.
Si elles sont perpétuelles et générales, elles ne servent qu’à rompre
l’équilibre qui, dans l’état de liberté, s’établit naturellement entre
les productions et les besoins de chaque espèce. K.
[179] L’abbé Castel de Saint-Pierre s’exprime ainsi, page 105 de son
manuscrit intitulé: _Annales politiques_: «Colbert, grand travailleur,
en négligeant les compagnies de commerce maritime pour avoir plus de
soin des sciences curieuses et des beaux-arts, prit l’ombre pour le
corps.» Mais Colbert fut si loin de négliger le commerce maritime, que
ce fut lui seul qui l’établit: jamais ministre ne prit moins l’ombre
pour le corps. C’est contredire une vérité reconnue de toute la France
et de l’Europe.
Cette note a été écrite au mois d’août 1756.--Toute cette note est en
effet dans l’édition de 1756. Les _Annales_ de l’abbé de Saint-Pierre
n’ont été imprimées qu’en 1758. B.
[180] Nous ne pouvons dissimuler ici que ces plaintes étaient
justes. Le retranchement des rentes était une banqueroute; et toute
banqueroute est un véritable crime, lorsqu’une nécessité absolue n’y
contraint point. La morale des états n’est pas différente de celle des
particuliers; et jamais un homme qui fraude ses créanciers ne sera
digne d’estime, quelque bienfesant qu’il paraisse dans le reste de sa
conduite. K.
[181] Un autre négociant, consulté par lui sur ce qu’il devait faire
pour encourager le commerce, lui répondit, «Laisser faire, et laisser
passer;» et il avait raison. Colbert fit précisément le contraire; il
multiplia les droits de toute espèce, prodigua les réglements en tout
genre. Quelques artistes instruits lui ayant donné des mémoires sur
la méthode de fabriquer différentes espèces de tissus, sur l’art de
la teinture, etc., il s’imagina d’ériger en lois ce qui n’était que
la description des procédés usités dans les meilleures manufactures:
comme s’il n’était pas de la nature des arts de perfectionner sans
cesse leurs procédés; comme si le génie d’invention pouvait attendre
pour agir la permission du législateur; comme si les produits des
manufactures ne devaient pas changer, suivant les différentes modes
de se vêtir, de se meubler. On condamnait à des peines infamantes
les ouvriers qui s’écarteraient des règlements établis pour fixer la
largeur d’une étoffe, le nombre des fils de la chaîne, la nature de
la soie, du fil qu’on devait employer: et on a long-temps appelé ces
réglements ridicules et tyranniques une protection accordée aux arts.
On doit pardonner à Colbert d’avoir ignoré des principes inconnus
de son temps, et même long-temps après lui; mais ces condamnations
rigoureuses, cette tyrannie qui érige en crimes des actions légitimes
en elles-mêmes, ne peuvent être excusées. K.
[182] Voyez, sur Colbert, une note des éditeurs de Kehl, au chant VII
de la _Henriade_, tome X. B.
[183] Le premier lieutenant-général de police fut Gabriel Nicolas de
La Reinie, de 1667 à 1697; le second, de 1697 à 1718, fut le marquis
d’Argenson, dont j’ai parlé dans une note, tome XXII, page 291. B.
[184] Cette assertion a besoin d’être expliquée. M. de Voltaire
n’ignorait pas que dans les républiques aristocratiques, comme Venise,
comme la Pologne, le droit d’exercer les magistratures supérieures est
un de ceux de la noblesse; qu’en Angleterre les pairs sont de vrais
magistrats, et y forment seuls la noblesse. Il ne veut parler que des
monarchies qui se sont élevées sur les débris du gouvernement féodal;
et son observation est vraie pour tous ces pays. K.
[185] L’abbé de Saint-Pierre, dans ses _Annales politiques_, page 104
de son manuscrit, dit que «ces choses prouvent le nombre des fainéants;
leur goût pour la fainéantise, qui suffit à entretenir et à nourrir
d’autres espèces de fainéants......; que c’est présentement ce qu’est
la nation italienne, où ces arts sont portés à une haute perfection;
ils sont gueux, fainéants, paresseux, vains, occupés de niaiseries,
etc.»
Ces réflexions grossières et écrites grossièrement n’en sont pas plus
justes. Lorsque les Italiens réussirent le plus dans ces arts, c’était
sous les Médicis, pendant que Venise était la plus guerrière et la plus
opulente des républiques. C’était le temps où l’Italie produisit de
grands hommes de guerre, et des artistes illustres en tout genre; et
c’est de même dans les années florissantes de Louis XIV que les arts
ont été le plus perfectionnés. L’abbé de Saint-Pierre s’est trompé
dans beaucoup de choses, et a fait regretter que la raison n’ait pas
secondé en lui les bonnes intentions.--Cette différence d’opinion entre
les deux hommes des temps modernes qui ont consacré leur vie entière à
plaider la cause de l’humanité avec le plus de constance et le zèle le
plus pur, mérite de nous arrêter.
La magnificence dans les monuments publics est une suite de l’industrie
et de la richesse d’une nation. Si la nation n’a point de dettes, si
tous les impôts onéreux sont supprimés, si le revenu public n’est en
quelque sorte que le superflu de la richesse publique, alors cette
magnificence n’a rien qui blesse la justice. Elle peut même devenir
avantageuse, parcequ’elle peut servir soit à former des ouvriers utiles
à la société, soit à occuper ceux qui ne peuvent vivre que d’une espèce
de travail, dans les temps où, par des circonstances particulières, ce
travail vient à leur manquer. Les beaux-arts adoucissent les mœurs,
servent à donner des charmes à la raison, à inspirer le goût de
l’instruction. Ils peuvent devenir, entre les mains d’un gouvernement
éclairé, un des meilleurs moyens d’adoucir ou d’élever les ames, de
rendre les mœurs moins féroces ou moins grossières, de répandre des
principes utiles.
Mais surcharger le peuple d’impôts pour étonner les étrangers par une
vaine magnificence, obérer le trésor public pour embellir des jardins,
bâtir des théâtres lorsqu’on manque de fontaines, élever des palais
lorsqu’on n’a point de fonds pour creuser des canaux nécessaires à
l’abondance publique, ce n’est point protéger les arts, c’est sacrifier
un peuple entier à la vanité d’un seul homme.
Offrir un asile à ceux qui ont versé leur sang pour la pairie, élever
aux dépens du public les enfants de ceux qui ont servi leur pays, c’est
remplir un devoir de reconnaissance, c’est acquitter une dette sacrée
pour la nation même: qui pourrait blâmer de tels établissements? Mais
si l’on y déploie une magnificence inutile, si l’on emploie à secourir
cent familles ce qui en eut soulagé deux cents, si ce qu’on sacrifie
pour la vanité excède ce qu’on a dépensé en bienfesance, alors ces
mêmes établissements méritent une juste critique. C’est surtout en ce
point que l’amour de la justice l’emporte sur l’amour de la gloire.
L’un et l’autre inspirent également le bien: mais l’amour de la justice
apprend seul à le bien faire. Ainsi M. de Voltaire et l’abbé de
Saint-Pierre avaient tous deux raison; et on ne peut leur reprocher que
d’avoir exagéré leurs opinions. K.
[186] Charles Perrault, page 111 de ses _Mémoires_, que j’ai déjà
cités page 156, dit que ce ne fut qu’après le départ de Bernin que les
dessins de la façade, par Claude Perrault, furent présentés à Louis
XIV. B.
[187] C’est ainsi que Voltaire s’exprimait en 1751. En 1756 il appelait
Versailles _un abîme de dépenses_ (tome XVIII, page 217). On a vu qu’il
portait à plus de cinq cents millions, monnaie du temps, la dépense
faite par Louis XIV à Versailles. Mirabeau, dans la neuvième de ses
_Lettres à mes commettants_, avait dit, en 1789: «Le maréchal de
Belle-Isle s’arrêta d’effroi quand il eut compté jusqu’à douze cents
millions de dépenses faites à Versailles, et il n’osa sonder jusqu’au
fond cet abîme.» Volney, dans ses _Leçons d’histoire_, faites en 1795
à l’école normale, porte les dépenses de Louis XIV pour Versailles à
quatorze cents millions, à seize francs le marc, dit-il; ce qui fait
plus de quatre milliards cinq cents millions, à cinquante-deux francs
le marc. En rejetant les calculs de Mirabeau et de Volney, on peut s’en
tenir à celui de Voltaire: voyez ma note, tome XXXIX, page 10. B.
[188] L’abbé de Saint-Pierre critique cet établissement, que presque
toutes les nations ont imité.
[189] L’École militaire: voyez, tome XLVIII, l’_Éloge funèbre de Louis
XV_; et, dans la _Correspondance_, la lettre à Paris Duverney, du 26
juillet 1756. B.
[190] Tous ces codes sont des monuments de l’ignorance où la France et
toute l’Europe, à l’exception de l’Angleterre, étaient plongées sur les
objets qui intéressent le plus les hommes. Pussort, loué par Despréaux,
n’avait d’autre mérite que d’être parent de Colbert, et d’avoir montré
autant de barbarie que de bassesse dans l’affaire de Fouquet. Le
code criminel est une preuve du mépris que des hommes qui se croient
au-dessus des lois osent quelquefois montrer pour le peuple; le code
noir n’a servi qu’à montrer que les gens de loi consultés par Louis XIV
n’avaient aucune idée des droits de l’humanité. K.
[191] La douceur des mœurs, l’habitude de vivre dans la société, ont
plus contribué que les lois à diminuer la fureur des duels. Louis XIV
n’a réellement détruit que l’usage d’appeler des seconds. Ses lois
n’ont pas empêché que, de Stockholm à Cadix, tout gentilhomme qui
refuse un appel, ou qui souffre une injure, ne soit déshonoré. Louis
XIV lui-même n’eût ni osé ni voulu forcer un régiment à conserver un
officier qui eût obéi à ses édits. Établir la peine de mort contre un
homme qui a prouvé qu’il préférait la mort à l’infamie, est une loi
également absurde et barbare, digne, en un mot, de la superstition qui
l’avait inspirée. K.
[192] L’abbé de Saint-Pierre, dans ses _Annales_, ne parle que de cette
institution de brigadiers, et oublie tout ce que Louis XIV fit pour la
discipline militaire.
[193] Pour qu’un pays produise des chevaux, il faut que les
propriétaires de terres, ou les cultivateurs qui les représentent,
trouvent du profit à en élever; il faut, de plus, que les impôts
permettent aux cultivateurs de faire les avances qu’exige ce
commerce. Il est aisé de voir que des haras régis pour le compte du
roi ne peuvent produire que des chevaux à un prix exorbitant; et
que les réglements pour les étalons distribués dans les provinces
n’étaient, comme tant d’autres, qu’un impôt déguisé sous la forme d’un
établissement de police. K.
[194] Ces milices étaient tirées au sort; ainsi on forçait des hommes à
s’exposer malgré eux aux dangers de la guerre, sans leur permettre de
racheter leur service personnel par de l’argent; sans que les motifs
de devoir qui pouvaient les attacher à leur pays fussent écoutés, sans
qu’aucune paie les dédommageât de la perte réelle à laquelle on les
condamnait; car un homme qui peut d’un moment à l’autre être enlevé à
ses travaux par un ordre, trouve plus difficilement de l’emploi qu’un
homme libre.
Les tirages forcés jetaient la désolation dans les villages, fesaient
abandonner tous les travaux, excitaient entre ceux qui cherchaient
à se dérober au sort, et ceux qui voulaient les contraindre à le
subir, des haines durables, et souvent des querelles sanglantes. Ce
fardeau tombait principalement sur les habitants des campagnes, qui
les quittaient pour aller chercher dans les villes des emplois qui les
missent à l’abri de ce fléau. M. de Voltaire n’avait jamais été le
témoin d’un tirage de milice. Si ce spectacle, également horrible et
déchirant, eût une fois frappé ses regards, il n’eût pu se résoudre à
citer avec éloge cet établissement de Louis XIV. K.
[195] Blaise-François de Pagan, né en 1604, mort en 1665, auteur d’un
_Traité des fortifications_, 1645, in-folio, passait, de son temps,
pour le premier ingénieur. B.
[196] 10 mai 1693. B.
[197] Voyez ma note, tome XXVI, page 176. B.
[198] La première phrase de cet alinéa est de 1753; la seconde phrase
était dans l’édition de 1752; la troisième phrase est dans l’édition de
1751. B.
[199] Voyez, ci-après, le chapitre XXXVI, _Du
Calvinisme_.
[200] C’est ici la véritable cause de la prospérité de la nation
française sous Louis XIV. Les circonstances où il se trouva
contribuèrent sans doute à cette tranquillité de l’état; mais le
caractère du roi, et la persuasion qu’il sut établir que tout ce
qui était ordonné en son nom était sa volonté propre, y servirent
beaucoup. Malgré la barbarie d’une partie des lois, malgré les vices
des principes d’administration, l’augmentation des impôts, leur forme
onéreuse, la dureté des lois fiscales; malgré les mauvaises maximes
qui dirigèrent le gouvernement dans la législation du commerce et des
manufactures; enfin, malgré les persécutions contre les protestants,
on peut observer que les peuples de l’intérieur du royaume, et même,
jusqu’à la guerre de la succession, ceux des provinces frontières,
ont vécu en paix, à l’abri des lois; le cultivateur, l’artisan, le
manufacturier, le marchand, étaient sûrs de recueillir le fruit de leur
travail, sans craindre ni les brigands ni les petits oppresseurs. On
put donc perfectionner la culture et les arts, se livrer à de grandes
entreprises dans les manufactures et dans le commerce, y consacrer
des capitaux considérables, faire des avances, même pour des temps
éloignés. Cette paix dans l’intérieur d’un état est d’une plus grande
importance que la plupart des politiques ne l’ont cru. De ce qu’un état
tranquille a prospéré, il ne faut point en conclure qu’il ait eu ni de
bonnes lois, ni une bonne constitution, ni un bon gouvernement. K.
[201] Voyez ma note, tome XXXIV, page 40. B.
[202] Bois-Guillebert n’était pas un écrivain méprisable. On trouve
dans ses ouvrages des idées sur l’administration et sur le commerce,
fort supérieures à celles de son siècle. Il avait deviné une partie
des vrais principes de l’économie politique. Mais ces vérités étaient
mêlées avec beaucoup d’erreurs. Son style, qui a quelquefois de la
force et de la chaleur, est souvent obscur et incorrect. On peut le
comparer aux chimistes du même temps. Plusieurs eurent du génie,
firent des découvertes; mais la science n’existait pas encore, et ils
laissèrent à d’autres l’honneur de la créer. K.
[203] Voyez, dans la _Henriade_, une note des éditeurs sur Colbert.
K.--Cette note est au chant VII. B.
[204] Ce fut vers ce temps que Colbert fit achever le cadastre dans
quelques provinces. On ignorait tellement la méthode de faire ces
opérations avec exactitude, que l’impôt d’un très grand nombre de
terres en surpassait le produit. Les propriétaires étaient forcés de
les abandonner au fisc. Colbert fit rendre un édit qui défendit aux
propriétaires d’abandonner une terre, à moins qu’ils ne renonçassent
en même temps à toutes leurs autres possessions. Des villages entiers
laissèrent leurs terres en friche, et l’on fut obligé de leur accorder
des gratifications extraordinaires pour les engager à reprendre la
culture. M. de Voltaire ignorait sûrement ces détails, puisqu’il parle
ici de la science et du génie de Colbert. K.
[205] Voyez tome XXII, page 268; et tome XIX, pages 304 et 314. B.
[206] Voyez tome XIX, page 292. B.
[207] Si Colbert eût été assez éclairé sur ces objets, s’il eût proposé
à Louis XIV de détruire ces abus, l’amour de ce prince pour la gloire
ne lui eût point permis d’hésiter. Mais Colbert ne connaissait point
assez ni ces abus, ni les moyens d’y remédier, ni surtout ceux d’y
remédier sans causer au trésor royal une perte momentanée: les guerres
continuelles et la magnificence de la cour rendaient ce sacrifice bien
difficile. Cette cause est la seule qui, sous un gouvernement ferme,
empêche de faire dans l’administration des finances des changements
utiles. Sous un gouvernement faible il en existe une autre, la crainte
des hommes puissants à qui la destruction des abus peut nuire, et qui
se réunissent pour les protéger. K.
[208] On lit _contrôleur-général_ dans les éditions de 1768, in-8º;
1769, in-4º; 1775, in-8º. Les éditions de Kehl portent: _ministère_.
Le contrôleur-général, en 1764, était Laverdy, qui se retira en 1768,
et a péri sur l’échafaud pendant la révolution. L’édit pour la liberté
du commerce des grains avait été enregistré au parlement le 19 juillet
1764. B.
[209] Tout ministère fiscal et oppresseur se conforme nécessairement
à l’opinion de la populace pour toutes les lois qui ne se rapportent
point directement à l’intérêt du fisc. Il est également de l’intérêt
des corps intermédiaires de flatter l’opinion populaire. Ces motifs,
joints à l’ignorance, ont déterminé les mauvaises lois sur le commerce
des blés, et les mauvaises lois ont contribué à fortifier les préjugés.
On croyait arrêter ce qu’on appelle monopole, et on empêchait les
emmagasinements, qui sont le seul moyen de prévenir l’effet des
mauvaises récoltes générales, et le commerce dont l’activité peut seule
remédier aux disettes locales. On croyait faire du bien au peuple, en
fesant baisser les prix pour quelques instants et dans quelques villes;
cependant on décourageait la culture, et, par conséquent, on rendait
la denrée plus rare, et dès-lors constamment plus chère. De ce qu’en
examinant les prix des marchés et l’abondance qui y règne, on peut,
dans un commerce libre, juger de l’abondance réelle de la denrée, on
croyait pouvoir en juger dans un commerce gêné par des réglements: de
là l’usage de ces permissions particulières, le plus souvent achetées
par des gens avides, et dont l’effet est toujours contraire au but
qu’ont, ou disent avoir ceux qui les accordent.
Observons enfin que c’est surtout dans les temps de disette que les
lois prohibitives sont dangereuses; elles augmentent le mal, et ôtent
les ressources. K.
[210] En 1683. Voyez tome XIX, page 44. B.
[211] La véritable richesse d’un état consiste dans la quantité des
productions du sol qui reste au-delà de ce qui doit être employé à
payer les frais de leur culture. L’industrie contribue à augmenter la
richesse. Dans un peuple sans industrie, chacun ne cultiverait que
pour avoir le nécessaire physique, et la culture serait languissante.
Mais, quelle que soit l’industrie, si les dépenses du prince l’obligent
à mettre des impôts qui réduisent le cultivateur au nécessaire,
l’industrie de la nation cesse de contribuer à augmenter la richesse,
et ne tarde pas à diminuer avec elle. Par la même raison, si le luxe
empêche d’employer à soutenir ou à augmenter la culture une partie
des sommes qui y seraient consacrées, il peut nuire à la richesse,
quoiqu’il paraisse favoriser l’industrie. K.
[212] Au tome IV, page 136, des _Mémoires de Maintenon_, on trouve que
la capitation «rendit au-delà des espérances des fermiers.» Jamais
il n’y a eu de ferme de la capitation. Il est dit que «les laquais
de Paris allèrent à l’Hôtel de ville prier qu’on les imposât à la
capitation.» Ce conte ridicule se détruit de lui-même; les maîtres
payèrent toujours pour leurs domestiques.
[213] Il est dit dans l’histoire écrite par La Hode, et rédigée sous le
nom de La Martinière, qu’il en coûtait soixante et douze pour cent pour
le change dans les guerres d’Italie. C’est une absurdité. Le fait est
que M. de Chamillart, pour payer les armées, se servait du crédit du
chevalier Bernard. Ce ministre croyait, par un ancien préjugé, qu’il ne
fallait pas que l’argent sortit du royaume, comme si l’on donnait cet
argent pour rien, et comme s’il était possible qu’une nation débitrice
à une autre et qui ne s’acquitte pas en effets commerçables, ne payât
point en argent comptant: ce ministre donnait au banquier huit pour
cent de profit, à condition qu’on payât l’étranger sans faite sortir
de l’argent de France. Il payait, outre cela, le change, qui allait à
cinq ou six pour cent de perte; et le banquier était obligé, malgré
sa promesse, de solder son compte en argent avec l’étranger, ce qui
produisait une perte considérable. K.
[214] Voyez tome XXXI, page 493; et, tome XLIII, le paragraphe v du
_Fragment des instructions pour le prince royal de ***_. B.
[215] Ceci paraît demander quelques restrictions. 1º Il est clair que
si l’intérêt de la dette surpasse la totalité des revenus, il est
impossible de le payer. 2º Si la dette annuelle a une proportion très
forte avec le revenu, l’intérêt qu’ont les propriétaires à veiller sur
leurs biens diminue; s’ils sont cultivateurs, les sommes qu’ils peuvent
employer à augmenter les produits de la terre sont moins fortes; s’ils
afferment, ils sont obligés, pour se soulager d’une partie de la dette,
de retrancher sur le profit qu’ils laissent au fermier, et la culture
languit: la richesse diminue donc, et l’état s’obère de plus en plus. K.
[216] L’abbé de Saint-Pierre, dans son _Journal politique_, à l’article
du _Système_, dit qu’en Angleterre et en Hollande il n’y a de papiers
qu’autant qu’il y a d’espèces: mais il est avéré que le papier
l’emporte beaucoup, et ne subsiste que par la confiance.--Le crédit de
ces billets ne peut être fondé que sur la confiance qu’ils peuvent à
volonté être échangés pour de l’argent; et cette confiance est fondée
sur celle que la banque dont ils partent est en état de payer à chaque
instant ceux qui seraient présentés. La confiance est donc précaire
lorsque la masse de ces billets surpasse la somme que cette banque
peut rassembler en peu de temps. Les billets sont aux emprunts pour
les états ce que les billets à vue sont aux contrats ou aux billets
ordinaires des particuliers. Vous pouvez prêter à un homme une somme à
peu près équivalente à sa fortune; vous ne prendrez, au lieu d’argent
comptant, un billet sur lui que jusqu’à la concurrence de la somme
que vous croyez qu’il pourra rassembler au moment de votre demande.
Ces billets sont utiles, 1º parcequ’ils procurent à un état une somme
égale à leur valeur, dont il ne paie point l’intérêt, et qu’il est sûr
de ne jamais rembourser tant que la confiance durera. 2º Ils servent
nécessairement, en diminuant la nécessité des transports d’argent, à
diminuer les frais de banque pour l’état comme pour les particuliers,
et à faire baisser le taux de ces frais. Mais ils ont un grand
désavantage, celui de mettre la foi publique, les fonds de l’état,
la fortune des particuliers, à la merci de l’opinion d’un moment.
Ainsi, dans un gouvernement éclairé et sage, on n’en aurait jamais que
ce qui est nécessaire pour la facilité du commerce et des affaires
particulières. K.
[217] En France, les mauvaises lois sur les successions et les
testaments, les priviléges multipliés dans le commerce, les
manufactures, l’industrie, la forme des impôts qui occasione de
grandes fortunes en finance, celles dont la cour est la source, et
qui s’étendent bien au-delà de ce qu’on appelle les grands et les
courtisans; toutes ces causes, en entassant les biens sur les mêmes
têtes, condamnent à la pauvreté une grande partie du peuple; et cela
est indépendant du montant réel des impôts.
L’inégalité des fortunes est la cause de ce mal; et comme le luxe en
est aussi un effet nécessaire, on a pris pour cause ce qui n’était
qu’un effet d’une cause commune. K.
[218] Ceci n’est pas rigoureusement vrai; les appointements des places
qui donnent du crédit, ou qui sont nécessaires à l’administration,
ont augmenté. Quant à la paie des soldats, quoiqu’elle paraisse la
même, à l’exception d’une augmentation d’un sou, établie en France
dans ces dernières années, il y a eu des augmentations réelles par des
fournitures faites, en nature ou gratuitement, ou à un prix au-dessous
de leur valeur. La vie du soldat est non seulement plus assurée, mais
plus douce que celle du cultivateur, et même que celle de beaucoup
d’artisans. L’usage de les faire coucher deux dans un lit étroit,
et de ne leur payer l’année que sur le pied de trois cent soixante
jours, sont peut-être les seules choses dont ils aient réellement à se
plaindre. Mais les paysans, les artisans, n’ont pas toujours chacun un
lit, et ils ne gagnent rien les jours de fête. K.
[219] Nicolas Copernic, né à Thorn, en Prusse, le 19 février 1473, mort
le 24 mai 1543. CL.
[220] Huygens et Roëmer quittèrent la France lors de la révocation de
l’édit de Nantes. On proposa, dit-on, à Huygens de rester; mais il
refusa, dédaignant de profiter d’une tolérance qui n’aurait été que
pour lui. La liberté de penser est un droit, et il n’en voulait pas à
titre de grace. K.
[221] Dans la première épître de saint Paul aux Corinthiens, il est
dit, chapitre xv, verset 36: _Quod seminas non vivificatur, nisi prius
moriatur_. Voltaire revient souvent sur ce verset. B.
[222] L’abbé Sallier ne le sait pas lui-même; mais il sait bien que le
nombre est de plus de deux cent cinquante mille. L.--La Beaumelle, en
voulant corriger Voltaire, s’éloigne de la vérité. On disait, il est
vrai, que la bibliothèque du roi contenait trois cent mille volumes;
mais le récolement fait en 1792 ne porte qu’à cent cinquante mille
le nombre des livres imprimés qu’elle renferme. Aujourd’hui (1830)
le nombre des volumes peut être de cinq cent mille, sans compter les
opuscules, qu’on peut porter au même nombre. B.
[223] Il n’y a pas dans l’Europe une seule grande nation qui ait
un code de droit civil formant un système régulier, et dont toutes
les décisions soient des conséquences de principes liés entre eux.
Partout le droit civil est un mélange des lois romaines, des codes
des nations barbares, de coutumes locales, et de lois nouvelles, où
ces quatre sources de décisions dominent plus ou moins. Aucune grande
nation n’a même un code criminel. Les usages et la collection de lois
faites successivement, et dans un esprit souvent opposé, forment
la jurisprudence criminelle de toute l’Europe. Peut-être le moment
approche-t-il où les peuples auront enfin de véritables lois: du
moins les hommes éclairés, et en état de concevoir et d’exécuter ce
grand ouvrage, ne manqueraient point aux souverains qui voudraient
l’entreprendre. K.--L’uniformité des lois en France est un des
bienfaits de la révolution. Le code civil actuel est de 1807; il est
bien au-dessus de l’ordonnance de 1667; le code criminel, de 1808, et
le code pénal, de 1810, sont l’objet de nombreuses observations, et
seront certainement bientôt adoucis, mais ne sont point aussi inhumains
que l’ordonnance de 1670. B.
[224] En 1609, six cents sorciers furent condamnés, dans le ressort
du parlement de Bordeaux, et la plupart brûlés. Nicolas Remi, dans sa
_Démonolâtrie_, rapporte neuf cents arrêts rendus en quinze ans contre
des sorciers dans la seule Lorraine. Le fameux curé Louis Gauffridi,
brûlé à Aix, en 1611, avait avoué qu’il était sorcier, et les juges
l’avaient cru.
C’est une chose honteuse que le P. Lebrun, dans son _Traité des
pratiques superstitieuses_, admette encore de vrais sortiléges: il va
même jusqu’à dire, page 524, que «le parlement de Paris reconnaît des
sortiléges;» il se trompe: «le parlement reconnaît des profanations,
des maléfices, mais non des effets surnaturels opérés par le diable.»
Le livre de dom Calmet sur les vampires et sur les apparitions a passé
pour un délire; mais il fait voir combien l’esprit humain est porté
à la superstition.--Sur L. Gauffredi, voyez, tome L, le chapitre
IX du _Prix de la justice et de l’humanité_. Le livre
de dom Calmet, dont il est question dans la note de Voltaire, est
intitulé: _Traité sur les apparitions des esprits et sur les vampires,
ou les revenants de Hongrie, de Moravie_, etc., nouvelle édition, 1751,
deux volumes in-12; la première édition est de 1746. B.
[225] Platon, _Républ._, livre V. B.
[226] Voltaire dit ailleurs, dans une note (voyez tome XXIX, page 216),
que Fléchier a _tiré mot à mot la moitié_ de son oraison funèbre de
Turenne de celle que l’_évêque de Grenoble, Lingendes, avait faite d’un
duc de Savoie_. Ce n’est pas même _l’exorde tout entier_ que Fléchier
a pris à Lingendes, mais trois passages formant ensemble tout au plus
deux pages. C’est ce qu’a très bien établi le cardinal Maury, dans une
note de son _Essai sur l’éloquence de la chaire_. Le cardinal Maury
observe que Voltaire confond Claude de Lingendes, jésuite, et qui fut
en effet le premier réformateur de l’éloquence de la chaire, avec Jean
de Lingendes, qui n’était qu’abbé lorsqu’en 1637 il prononça l’oraison
funèbre de Victor-Amédée (et non Charles-Emmanuel). Cette oraison
funèbre fut imprimée dans le temps. Jean de Lingendes, évêque de
Sarlat, en 1642, de Mâcon, en 1650, n’a jamais été évêque de Grenoble.
B.
[227] Les premières phrases de cet alinéa sont de 1756; la dernière est
de 1768. L’abolition des jésuites est de 1764: voyez tome XXII, page
354 et suiv. B.
[228] Voyez le _Catalogue des écrivains_, à l’article Bossuet, vol. XIX.
[229] Bossuet prêcha l’avent de 1661. Son père vécut et mourut
conseiller au parlement de Metz. Ce fut un frère de l’évêque de Meaux
qui, plus tard, fut intendant de Soissons. B.
[230] L’oraison funèbre d’Anne d’Autriche avait été prononcée le 20
janvier 1667; ce ne fut que près de trois ans après, le 13 septembre
1669, que Bossuet fut nommé à l’évêché de Condom. B.
[231] Le _Télémaque_ n’a été imprimé qu’en 1699. Il y avait deux ans
que Fénélon était en exil. Mais l’ouvrage avait été composé vers 1694.
B.
[232] M. E.-A. Lequien, qui l’a consulté pour l’édition qu’il a donnée
du _Télémaque_ en 1819, a compté plus de quatre cents ratures dans ce
manuscrit; «si, dit-il, on appelle rature un ou plusieurs mots effacés
avec la plume soit pour les supprimer, soit pour les remplacer par
d’autres.» B.
[233] Dans l’édition de 1751 Voltaire disait: «Le _Télémaque_ n’a point
fait d’imitateurs; les _Caractères_ de La Bruyère en ont produit.»
C’est en 1756 que Voltaire se corrigea. B.
[234] Il y avait deux tragédies espagnoles sur ce sujet: _le Cid_
de Guillem de Castro, et _el Honrador de su padre_ de Jean-Baptiste
Diamante. Corneille imita autant de scènes de Diamante que de Castro.
[235] C’est ce qui a fait dire à Voltaire, dans son _Russe à Paris_
(voyez tome XIV):
Le grand Condé pleurant aux vers du grand Corneille. B.
[236] Il avait vingt ans et demi lorsqu’il composa cette ode intitulée:
_la Nymphe de la Seine_. CL.
[237] Voltaire parle peut-être d’après la tradition de son temps;
mais M. de Saint-Surin, dans sa notice sur madame de Sévigné, affirme
que cette phrase ne se trouve dans aucune des _Lettres de madame de
Sévigné_. B.
[238] C’est la sixième satire de Boileau. B.
[239] Voyez le _Catalogue des écrivains_, à l’article LA MOTTE vol.
XIX, p. 133.
[240] Boileau, épître IX, vers 43. B.
[241] La première édition des _Réflexions critiques sur la poésie et
sur la peinture_ est de 1719. B.
[242] Celle de M. Hume n’avait pas encore paru. K.--Il est à remarquer
que Voltaire n’ait pas corrigé cette phrase, qui est en contradiction
avec ce qu’on lit à l’article RAPIN DE THOIRAS, dans la _Liste des
écrivains_, tome XIX., page 184. B.
[243] Voyez tome XXXIX, page 101. B.
[244] Frédéric, roi de Prusse. B.
[245] Déplacé pendant la révolution, il y a été replacé depuis. B.
[246] Ces poinçons et carrés sont aujourd’hui à la Monnaie. B.
[247] Chez les Hollandais, la diphthongue oe se prononce comme
ou.--Par une note sur l’article XII des _Fragments sur
l’Inde_ (voyez tome XLVII), Voltaire dit que les Hollandais écrivent
_Boerhave_, mais que nous devons écrire _Bourhave_. B.
[248] Voyez, dans la _Correspondance_, la lettre au président Hénault,
du 28 janvier 1752. B.
[249] Ce chapitre était, en 1756, le CCXIVᵉ de l’_Essai
sur l’histoire générale_. C’est en 1763 qu’il fut mis à la place qu’il
a aujourd’hui. B.
[250] Voyez tome XIX, page 240. B.
[251] Voyez, tome X, le chapitre IX de l’_Essai sur
la poésie épique_. Le morceau sur Milton, qu’on lit tome XXIX, pages
167-186, est de 1771. B.
[252] Le parallèle de Swift et de Rabelais est plus étendu dans la
vingt-deuxième des _Lettres philosophiques_ (tome XXXVII, pages
255-56). C’est à Swift qu’est consacrée la cinquième des _Lettres à son
altesse monseigneur le prince de ***_ (tome XLIII). Voyez aussi, tome
XII, le _Temple du goût_. B.
[253] Voyez son texte, tome XXXVIII, page 215. B.
[254] Tome XVI, page 442. B.
[255] En France, le clergé est exempt, comme la noblesse, des tailles
et de quelques uns des droits d’aides. La noblesse était censée
remplacer les impôts par son service personnel, et le clergé par
ses prières. Pendant quelque temps on demanda au pape la permission
d’imposer des décimes sur le clergé, toujours sous le prétexte de
combattre les infidèles ou les hérétiques. Enfin l’usage de s’adresser
au clergé assemblé, et de se passer du consentement de Rome, a
prévalu: mais pour ménager Rome, qui excommuniait, il n’y a pas encore
long-temps, chaque jeudi-saint, les souverains qui obligeaient le
clergé à contribuer aux charges publiques, on donna aux décimes le
nom de _don gratuit_. Lorsqu’à la fin du règne de Louis XIV on ajouta
la capitation et le dixième aux impôts, déjà trop onéreux, ou n’osa
établir ces nouvelles taxes d’une manière trop rigoureuse; et le clergé
obtint facilement d’être exempt de ces impôts, en payant des dons
gratuits plus considérables. Il est donc évident qu’il ne doit point
ce dernier privilége aux anciens usages de la nation, puisque jusqu’à
ce moment il n’avait joui que des priviléges de la noblesse, et que la
noblesse a payé ces nouveaux impôts. Cette exemption est donc une pure
grace accordée par Louis XIV; grace qui est une injustice à l’égard des
citoyens, grace que ni le temps ni aucune assemblée nationale n’ont
consacrée. Nos souverains, mieux instruits de leurs droits et de ceux
de leurs peuples, sentiront sans doute un jour que leur intérêt et la
justice exigent également de soumettre aux taxes les biens du clergé,
dans la proportion qu’ont ces biens avec ceux du reste de la nation;
et qu’en général tout privilége en matière d’impôt est une véritable
injustice, depuis que, la constitution militaire ayant changé, il
n’existe plus de service personnel gratuit, et que les esprits s’étant
éclairés, on sait que ce ne sont point les processions des moines, mais
les évolutions des soldats qui décident du succès des batailles. K.
[256] En 1790, l’évêché de Strasbourg avait quatre cent mille livres de
rente; l’archevêché de Cambray, deux cent mille. B.
[257] Un état ne s’appauvrit pas en payant chaque année un faible
tribut, comme un homme ne se ruine pas en payant une rente sur les
revenus de sa terre. Mais ce tribut payé à Rome est, en finance, une
diminution de la richesse annuelle, et, en théologie, une véritable
simonie, qui damne infailliblement dans l’autre monde celui qu’elle
enrichit sur la terre. K.
[258] Cet article est la meilleure réponse que l’on puisse faire à ceux
qui ont accusé M. de Voltaire d’avoir sacrifié la vérité des détails
historiques à ses opinions générales. Il est ici très favorable au
clergé. Cependant il résulte de cette évaluation, portée seulement
à quatre-vingt-dix millions, que l’impôt des vingtièmes mis sur le
clergé, comme il l’est sur les particuliers, produirait dix millions,
somme fort au-dessus de celle où montent les dons gratuits évalués
en annuités. Cette même évaluation, en la supposant aussi exacte que
celle qui a servi à l’établissement des vingtièmes, ne porterait la
masse des biens du clergé qu’à environ un huitième de la totalité des
biens du royaume. Cependant il y a des cantons très étendus, où la dîme
seule est pour la plus grande partie des terres environ un cinquième
du produit net; et dans ces mêmes cantons le clergé a des possessions
immenses. K.
[259] Voyez tome XVIII, page 172; tome XXII, page 218. B.
[260] Voyez le chapitre de Louis XIII, dans l’_Essai sur les mœurs et
l’esprit des nations_, chap. CLXXV (tome XVIII, page 169
et suiv.). B.
[261] Son ouvrage est intitulé: _Declaratio pro jure regio,
sceptrorumque immunitate, adversus orationem cardinalis Perronii_,
Londres, 1616, in-4º. B.
[262] Voyez ma note, tome XVI, page 35. B.
[263] Cette question n’était difficile que parcequ’on croyait alors
devoir décider toutes celles de ce genre d’après l’autorité et l’usage.
En ne consultant que la raison, il est évident que la puissance
législative a le pouvoir absolu de régler la manière dont il sera
pourvu à toutes les places, ainsi que de fixer les appointements de
chacune, et la nature de ces appointements. Les évêchés peuvent être
électifs, comme les places de maires, ou nommés par le roi comme les
intendances, selon que la loi de l’état l’aura réglé; cette loi peut
être plus ou moins utile, mais elle sera toujours légitime. La loi peut
de même, sans être injuste, substituer des appointements en argent aux
terres dont on laisse la jouissance aux ecclésiastiques; supprimer même
ces appointements, si elle juge ces places ecclésiastiques inutiles
au bien public. Toute loi qui n’attaque aucun des droits naturels
des hommes est légitime; et le pouvoir législatif de chaque état, en
quelques mains qu’il réside, a droit de la faire. Toute propriété qui
ne se perpétue point en vertu d’un ordre naturel, mais seulement par
une loi positive, n’est point une propriété, mais un usufruit accordé
par la loi, dont, après la mort de l’usufruitier, une autre loi peut
changer la disposition. C’est par cette raison que les biens des
particuliers appartiennent de droit à leurs héritiers; que les biens
des communes leur appartiennent, et que ceux du clergé et de tout autre
corps sont à la nation. K.
[264] La Fontaine, dans sa lettre au duc de Vendôme, septembre 1689,
attribue ce bon mot au chevalier de Sillery. B.
[265] Voyez l’article LAUNOY, dans la _Liste des écrivains_, tome XIX,
page 147. B.
[266] Gaston-Jean-Baptiste-Louis de Noailles, mort en 1720. CL.
[267] «C’est ainsi que parlerait un hérétique: il faut _honorée_,» dit
La Beaumelle. B.
[268] Voyez _Essai sur les mœurs et l’esprit des nations_.--C’est au
chapitre _De Calvin et de Servet_ (voyez tome XVII, page 277), ainsi
qu’à celui _De Jean Hus et de Jérôme de Prague_ (voyez tome XVI, page
334), que renvoie Voltaire; et peut-être aussi au chapitre où il parle
des puritains anglais: voyez tome XVIII, page 295 et suiv. Sur Arius,
voyez tome XXVII, page 12 et suiv. B.
[269] Dans l’édition de 1756, on lit: «A été dans d’autres le dernier
effort de l’indépendance.» Le texte actuel est de 1768. B.
[270] Du 30 avril 1598: voyez tome XXII, page 195. B.
[271] Voyez une particularité qui le concerne, tome XXX, page 147. B.
[272] Catherine Larchevêque de Parthenay, née en 1554, morte en 1631,
avait épousé en premières noces Charles de Quellenec, baron de Pont,
auquel elle intenta ce scandaleux procès dont parle Voltaire (voyez
t. XXXII, p. 345, et aussi tome X, une note du chant second de la
_Henriade_), et qui épousa en secondes noces Réné de Rohan. Sur le
siége de La Rochelle, voyez tome XVIII, page 206. B.
[273] Au lieu de _Réformés_, les éditions antérieures à 1768 portent
_Religionnaires_. B.
[274] On lit _formes_ dans toutes les éditions. J’ai trouvé le mot
_formalités_ écrit de la main de Voltaire à la marge d’un exemplaire. B.
[275] Henri Daguesseau, intendant du Limousin, puis du Languedoc, père
du chancelier. B.
[276] Le 21 octobre: un décret de l’assemblée constituante, du 10
juillet 1790, annule l’édit de 1685, qui révoquait celui de Nantes. B.
[277] Voyez page 371. B.
[278] Cantique de Siméon. Saint Luc, II, 29-30. B.
[279] Si vous lisez l’Oraison funèbre de Le Tellier, par Bossuet, ce
chancelier est un juste, et un grand homme. Si vous lisez les _Annales_
de l’abbé de Saint-Pierre, c’est un lâche et dangereux courtisan, un
calomniateur adroit, dont le comte de Grammont disait, en le voyant
sortir d’un entretien particulier avec le roi: «Je crois voir une
fouine qui vient d’égorger des poulets, en se léchant le museau plein
de leur sang.»--Cette note est de 1756. B.
[280] Le comte d’Avaux, dans ses lettres, dit qu’on lui rapporta qu’à
Londres on frappa soixante mille guinées de l’or que les réfugiés y
avaient fait passer: on lui avait fait un rapport trop exagéré.
[281] On a imprimé plusieurs fois qu’il y a encore en France trois
millions de réformés. Cette exagération est intolérable. M. de Bâville
n’en comptait pas cent mille en Languedoc, et il était exact. Il n’y
en a pas quinze mille dans Paris: beaucoup de villes et des provinces
entières n’en ont point.--Les protestants qui vivent à Paris sont
enterrés par ordre de la police. Le nombre des morts est donc connu
par ses registres, et il en résulte qu’ils forment environ la dixième
partie de la population, les étrangers compris. Il ne serait pas
surprenant que les protestants, relégués par les lois dans les classes
qui peuplent le plus, eussent beaucoup plus que doublé depuis la
révocation de l’édit de Nantes.
Bâville ne mérite aucune croyance. Il est très vraisemblable que
la terreur qu’il avait inspirée avait forcé les huguenots à sortir
du Languedoc, ou à dissimuler, et à se cacher. Il était d’ailleurs
intéressé à en diminuer le nombre. C’était un moyen de plaire à Louis
XIV: et pourquoi, après avoir versé tant de sang pour se frayer la
route du ministère, se serait-il fait scrupule d’un mensonge? K.--On
porte aujourd’hui (1830) à onze ou douze cent mille le nombre des
protestants dans toute la France. B.
[282] Toutes ces violences, qui déshonorent le règne de Louis XIV,
furent exercées dans le temps où, dégoûté de madame de Montespan,
subjugué par madame de Maintenon, il commençait à se livrer à ses
confesseurs. Ces lois, qui violaient également et les premiers droits
des hommes et tous les sentiments de l’humanité, étaient demandées par
le clergé, et présentées par les jésuites à leur pénitent, comme le
moyen de réparer les péchés qu’il avait commis avec ses maîtresses. On
lui proposait pour modèles Constantin, Théodose, et quelques autres
scélérats du Bas-Empire. Jamais ses ministres, esclaves des prêtres, et
tyrans de la nation, n’osèrent lui faire connaître ni l’inutilité ni
les suites cruelles de ses lois.
La nation aidait elle-même à le tromper: au milieu des cris de ses
sujets innocents, expirants sur la roue et dans les bûchers, on vantait
sa justice, et même sa clémence. Dans les lettres, dans les mémoires
du temps, on parle souvent du sanguinaire Bâville comme d’un grand
homme. Tel est le malheureux sort d’un prince qui accorde sa confiance
à des prêtres, et qui, trompé par eux, laisse gémir sa nation sous le
joug de la superstition. Louis aimait la gloire, et il marchandait
honteusement la conscience de ses sujets: il voulait faire régner les
lois, et il envoyait des soldats vivre à discrétion chez ceux qui ne
pensaient point comme son confesseur. Il était flatté qu’on lui trouvât
de la grandeur dans l’esprit, et il signait chaque mois des édits pour
régler de quelle religion devaient être les marmitons, les maîtres
en fait d’armes, et les écuyers de ses états; il aimait la décence,
et les soldats envoyés par ses ordres donnaient le fouet aux filles
protestantes pour les convertir.
Qu’il nous soit permis de faire ici quelques réflexions sur les causes
de nos derniers troubles de religion.
L’esprit des réformés n’a été républicain que dans les pays où les
souverains se sont montrés leurs ennemis. Le clergé protestant de
Danemark a été un des principaux agents de la révolution qui a
établi l’autorité absolue. En France, sous Louis XIII, les ministres
protestants les plus éclairés écrivirent pour exhorter les peuples
à obéir aux lois du prince, n’exceptant que les cas où les lois
ordonnent positivement une action contraire à la loi de Dieu. Mais on
se plaisait à les contraindre à ce qu’ils regardaient comme des actes
d’idolâtrie. On les forçait, par une foule de petites injustices, à
se jeter entre les bras des factieux, tandis qu’il n’aurait fallu
qu’exécuter fidèlement l’édit de Nantes, pour ôter à ces factieux
l’appui des réformés. Cet édit de Nantes, à la vérité, ressemblait plus
à une convention entre deux partis qu’à une loi donnée par un prince à
ses sujets. Une tolérance absolue aurait été plus utile à la nation,
plus juste, plus propre à conserver la paix qu’une tolérance limitée:
mais Henri IV n’osa l’accorder, pour ne pas déplaire aux catholiques;
et les protestants ne comptaient point assez sur son autorité pour se
contenter d’une loi de tolérance, quelque étendue qu’elle pût être.
Il eût été facile à Richelieu, et plus encore à Louis XIV, de réparer
ce désordre en étendant la tolérance accordée par l’édit, et en
détruisant tout le reste. Mais Richelieu avait eu le malheur de faire
quelques mauvais ouvrages de théologie, et les protestants les avaient
réfutés. Louis XIV, élevé, gouverné par des prêtres dans sa jeunesse,
entouré de femmes qui joignaient les faiblesses de la dévotion aux
faiblesses de l’amour, et de ministres qui croyaient avoir besoin de
se couvrir du manteau de l’hypocrisie, ne put jamais soulever un coin
du bandeau que la superstition avait jeté sur ses yeux. Il croyait que
l’on n’était huguenot de bonne foi que faute d’être instruit; et la
bassesse de ses courtisans, qui, en vendant leur conscience, fesaient
semblant de se convertir par conviction, l’affermissait dans cette idée.
Ses ministres semblaient choisir les moyens les plus sûrs pour forcer
les protestants à la révolte: on joignait l’insulte à la violence,
on outrageait les femmes, on enlevait les enfants à leurs pères. On
semblait se plaire à les irriter, à les plonger dans le désespoir par
des lois souvent opposées, mais toujours oppressives, qu’on fesait
succéder de mois en mois. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait eu
parmi les protestants des fanatiques, et que ce fanatisme ait à la fin
produit des révoltes. Elles éclatèrent dans les Cévennes, pays alors
impraticable, habité par un peuple à demi sauvage, qui n’avait jamais
été subjugué ni par les lois ni par les mœurs; livré à un intendant
violent par caractère, inaccessible à tout sentiment d’humanité, mêlant
le mépris et l’insulte à la cruauté, dont l’ame trouvait un plaisir
barbare dans les supplices longs et recherchés, et qui, instrument
ambitieux et servile du despotisme et de la superstition de son maître,
voulait mériter par des meurtres et par l’oppression d’une province
l’honneur d’opprimer en chef la nation.
Quel fut le fruit des persécutions de Louis XIV? Une foule de ses
meilleurs sujets emportant dans les pays étrangers leurs richesses et
leur industrie, les armées de ses ennemis grossies par des régiments
français, qui joignaient les fureurs du fanatisme et de la vengeance à
leur valeur naturelle; la haine de la moitié de l’Europe, une guerre
civile ajoutée aux malheurs d’une guerre étrangère, la crainte de voir
ses provinces livrées aux étrangers par les Français, et l’humiliante
nécessité de faire un traité avec un garçon boulanger.
Voilà ce que le clergé célébrait dans des harangues, ce que la
flatterie consacrait dans des inscriptions et sur des médailles.
Après lui, les protestants furent tranquilles et soumis. Albéroni
forma inutilement le projet absurde de les engager à se soulever
contre le régent, c’est-à-dire contre un prince tolérant par raison,
par politique, et par caractère, pour se donner un maître pénitent
des jésuites, et qui s’était soumis au joug honteux de l’inquisition.
Pendant le ministère du duc de Bourbon, l’évêque de Fréjus, qui
gouvernait les affaires ecclésiastiques, fit rendre, en 1724, contre
les protestants, une loi plus sévère que celle de Louis XIV; elle
n’excita point de troubles, parcequ’il n’eut garde de la faire exécuter
à la rigueur. Aussi indifférent pour la religion que le régent, il ne
voulait qu’obtenir le chapeau de cardinal, malgré l’opposition secrète
du duc de Bourbon. Il trahissait, par cette conduite, et son pays,
et le souverain qui lui avait accordé sa confiance; mais quand le
cardinalat est le prix de la trahison, quel prêtre est resté fidèle?
Sous Louis XV, les protestants furent traités avec modération, sans
qu’on ait rien changé cependant aux lois portées contre eux: leur
fortune, leur état, celui de leurs enfants, ne sont appuyés que sur la
bonne foi. Ils ne peuvent faire aucun acte de religion sans encourir la
peine des galères; ils sont exclus non seulement des places honorables,
mais de la plupart des métiers. Nous devons espérer que la raison,
qui à la longue triomphera du fanatisme, et la politique, qui dans
tous les temps l’emporte sur la superstition, détruiront enfin ces
lois. La tolérance est établie dans toute l’Europe, hors l’Italie,
l’Espagne, et la France; l’Amérique appelle l’industrie, et offre
la liberté, la tolérance, et la fortune, à tout homme qui, ayant un
métier, voudra quitter son pays; et la politique ne permettra point de
laisser subsister plus long-temps des lois qui mettent en contradiction
l’amour naturel de la patrie avec l’intérêt et la conscience; et elles
pourraient amener des émigrations plus funestes que celles du siècle
dernier, et nous faire perdre en peu d’années tous les avantages du
commerce dont la révolution de l’Amérique doit être la source.
[283] Christophe Kotter, ou Cotterus, mort en 1647, dont Voltaire parle
tome XXXII, page 12. B.
[284] Christine Poniatowia, fille d’un moine polonais, apostat, morte
en 1644. CL.
[285] Justus Velsius, ou Welsens, né à La Haye, reçu docteur en
médecine à Louvain, en 1641. B.
[286] Nicolas Drabicius, décapité en 1671. CL.
[287] _Ubi enim sunt duo vel tres congregati in nomine meo, ibi sum in
medio eorum._ Matthieu, XVIII, 20. B.
[288] _Si habueritis fidem, sicut granum sinapis, dicetis monti huic:
Transi hinc illuc; et transibit._ Matthieu, XVII, 19. B.
[289] Un _Abrégé de la vie de Claude Brousson_ se trouve en tête de ses
_Lettres et opuscules_, Utrecht, 1701, in-8º. B.
[290] Cavalier a été le rival de Voltaire, et rival heureux. Ils
aimèrent l’un et l’autre mademoiselle Pimpette, fille de madame
Dunoyer, et fille de beaucoup d’esprit et de coquetterie. Ce qui devait
arriver arriva: le héros l’emporta sur le poëte; et la physionomie
douce et agréable sur la physionomie égarée et méchante. L.--J’ai
rapporté cette note de La Beaumelle parcequ’elle n’est pas rapportée
textuellement par Voltaire, et parcequ’elle m’a paru nécessaire pour
l’intelligence d’un passage du _Supplément au Siècle de Louis XIV_,
seconde partie. Cavalier, né à Ribaute, près d’Anduze, en 1679, est
mort à Chelsea, près de Londres, en 1740. B.
[291] Ce trait doit se trouver dans les véritables _Mémoires_ du
maréchal de Villars. Le premier tome est certainement de lui: il est
conforme au manuscrit que j’ai vu: les deux autres sont d’une main
étrangère et bien différente.--Cette note de Voltaire est la répétition
de celle qu’il a mise page 25; voyez, sur les _Mémoires_ de Villars, ma
note, tome XIX, page 219. B.
[292] Voyez page 27. B.
[293] Voyez tome XXIX, page 335. B.
[294] Isaac Habert, évêque de Vabres en 1645, mort en 1668. CL.
[295] Censuré en 1656, et ensuite exclus. CL.
[296] Sur Armin et Gomar, voyez tome XVIII, page 385; et, tome XLI, une
des notes du _Traité sur la tolérance_. B.
[297] Les premières éditions portaient: «le plus pur et le plus
éloquent des poëtes.» B.
[298] François Annat, dont le vrai nom paraît avoir été Canard, fut
le troisième confesseur de Louis XIV. Il abdiqua, après seize ans de
règne, en 1670, et mourut quelques mois après, le 14 juin de la même
année. CL.
[299] Voyez tome XXII, page 358. B.
[300] Du 9 février 1657. Voyez, ci-après, la deuxième partie du
_Supplément au Siècle de Louis XIV_. B.
[301] D’Argenson voyez ma note, tome XXII, page 291; et, ci-dessus,
page 247. B.
[302] Le 2 décembre, âgé de quatre-vingt-six ans. B.
[303] Née à Lille, morte en 1680: Voltaire en a parlé tome XIX, page
47. B.
[304] Michel Le Tellier, sixième et dernier confesseur de Louis XIV,
était fils d’un vigneron des environs de Coutances. Son homonyme le
chancelier Michel Le Tellier, mort plus de trente ans avant lui, était
petit-fils d’un marchand de vin à Aï. CL.
[305] Il est dit dans la _Vie du duc d’Orléans_, imprimée en 1737,
que le cardinal de Noailles accusa le P. Le Tellier de vendre les
bénéfices, et que le jésuite dit au roi: «Je consens à être brûlé vif,
si l’on prouve cette accusation, pourvu que le cardinal soit brûlé vif
aussi, en cas qu’il ne la prouve pas.»
Ce conte est tiré des pièces qui coururent sur l’affaire de la
constitution, et ces pièces sont remplies d’autant d’absurdités que la
_Vie du duc d’Orléans_. La plupart de ces écrits sont composés par des
malheureux qui ne cherchent qu’à gagner de l’argent: ces gens-là ne
savent pas qu’un homme qui doit ménager sa considération auprès d’un
roi qu’il confesse, ne lui propose pas, pour se disculper, de faire
brûler vif son archevêque.
Tous les petits contes de cette espèce se retrouvent dans les _Mémoires
de Maintenon_. Il faut soigneusement distinguer entre les faits et
les ouï-dire.--On proposa pour confesseur à Louis XIV Le Tellier et
Tournemine. Tournemine, littérateur assez savant, pensait avec autant
de liberté, et avait aussi peu de fanatisme qu’il était possible à un
jésuite. Mais il était d’une naissance illustre, et Louis XIV ne voulut
pas d’un confesseur fait pour aspirer aux premières places de l’Église
et de l’état; il craignait d’ailleurs l’ambition de sa famille. K.
[306] Consultez les _Lettres de madame de Maintenon_. On voit que ces
Lettres étaient connues de l’auteur avant qu’on les eût imprimées, et
qu’il n’a rien hasardé.
[307] Quand on a des lettres aussi authentiques, on peut les citer:
ce sont les plus précieux matériaux de l’histoire. Mais quel fond
faire sur une lettre qu’on suppose écrite au roi par le cardinal de
Noailles.... «J’ai travaillé le premier à la ruine du clergé pour
sauver votre état et pour soutenir votre trône..... Il ne vous est pas
permis de demander compte de ma conduite.» Est-il vraisemblable qu’un
sujet aussi sage et aussi modéré que le cardinal de Noailles ait écrit
à son souverain une lettre si insolente et si outrée? Ce n’est qu’une
imputation maladroite: elle se trouve page 141, tome V, des _Mémoires
de Maintenon_; et comme elle n’a ni authenticité ni vraisemblance, on
ne doit y ajouter aucune foi.
[308] Le commencement de cet alinéa est de 1751; la fin, de 1768. B.
[309] Novembre 1764: voyez tome XXII, page 361. B.
[310] François de Mailli, né en 1658, cardinal en 1719, mort en 1731.
CL.
[311] Sur Languet, voyez ma note, tome XXVI, page 11. B.
[312] Voyez le _Catalogue des écrivains_, tome XIX, page 179; et,
ci-dessus, pages 421-423. B.
[313] On verra, dans le _Siècle de Louis XV_, quelles furent les vues
et la conduite du régent.
[314] Il mourut sans vouloir se confesser: voyez tome XXVIII, pages
162-163; et, tome XXI, le commencement du chapitre III du _Précis du
Siècle de Louis XV_. B.
[315] Voyez la lettre à d’Argental du 6, et celle à Richelieu du 13
février 1755. B.
[316] Voyez, tome XXI, le chapitre II du _Précis du
Siècle de Louis XV_. B.
[317] Voyez tome XXII, page 314. B.
[318] Ce fut l’origine d’une procession qu’on appelait procession de
madame Lafosse, et qui s’est faite jusqu’à l’époque de la révolution.
Le _miracle_ est du 31 mai 1725, et fut le sujet d’un mandement de
l’archevêque, dans lequel Voltaire est cité: voyez, tome LI, les
lettres à madame de Bernières, des 27 juin et 31 août 1725. B.
[319] Voyez tome XXVIII, page 222. B.
[320] Voyez tome XXII, page 319; voyez aussi, sur les convulsions, tome
XXVIII, page 222. B.
[321] C’est la pensée de Pascal: voyez son texte et la remarque de
Voltaire, tome XXXVII, page 66. B.
[322] Sur ce journal, voyez ma note, tome XXXIII, page 267. B.
[323] Voyez tome XXXI, page 524. B.
[324] _Moyen court et très facile de faire oraison_, Grenoble, 1685,
in-12. CL.
[325] Ces vers sont parodies de Quinault, _Thésée_, acte II, scène 1ʳᵉ.
B.
[326] Ce qu’on aurait dû remarquer, c’est que le quiétisme est dans
_don Quichotte_. Ce chevalier errant dit qu’on doit servir Dulcinée,
sans autre récompense que celle d’être son chevalier. Sancho lui
répond: «Con esta manera de amor he oido yo predicar que se ha de amar
à nuestro señor por sí solo, sinque nos mueva esperanza de gloria, ó
temor de pena: aunque yo le querria amar y servir por lo que pudiese.»
[327] Ce conte se retrouve dans l’_Histoire de Louis XIV_, imprimée à
Avignon. Ceux qui ont approché de ce monarque et de madame de Maintenon
savent à quel point tout cela est éloigné de la vérité.--C’est de
l’ouvrage de Reboulet que parle Voltaire: voyez ma note, page 189. B.
[328] Cet alinéa et le précédent sont de 1768. B.
[329] Le nonce Roverti disait: «Bisogna infarinarsi di teologia e fare
un fondo di politica.»
[330] Pendant la campagne que le duc de Bourgogne fit en Flandre, il ne
vit Fénélon qu’une fois, et en public. K.
[331] Le texte de Fénélon porte:
Je n’ai plus en partage. B.
[332] Ces vers se trouvent dans les poésies de madame Guyon: mais le
neveu de M. l’archevêque de Cambrai m’ayant assuré plus d’une fois
qu’ils étaient de son oncle, et qu’il les lui avait entendu réciter
le jour même qu’il les avait faits, on a dû restituer ces vers à leur
véritable auteur. Ils ont été imprimés dans cinquante exemplaires de
l’édition du _Télémaque_, faite par les soins du marquis de Fénélon, en
Hollande, et supprimés dans les autres exemplaires.
Je suis obligé de répéter ici que j’ai entre les mains une lettre de
Ramsay, élève de M. de Fénélon, dans laquelle il me dit: «S’il était
né en Angleterre, il aurait développé son génie et donné l’essor à ses
principes, qu’on n’a jamais bien connus.»
L’auteur du _Dictionnaire historique, littéraire, et critique_, à
Avignon, 1759, dit, à l’article FÉNÉLON, «qu’il était artificieux,
souple, flatteur, et dissimulé.» Il se fonde, pour flétrir ainsi sa
mémoire, sur un libelle de l’abbé Phélypeaux, ennemi de ce grand
homme. Ensuite il assure que l’archevêque de Cambrai était _un pauvre
théologien_, parcequ’il n’était pas janséniste. Nous sommes inondés
depuis peu de dictionnaires qui sont des libelles diffamatoires. Jamais
la littérature n’a été si déshonorée, ni la vérité si attaquée. Le
même auteur nie que M. Ramsay m’ait écrit la lettre dont je parle,
et il le nie avec une grossièreté insultante, quoiqu’il ait tiré une
grande partie de ses articles du _Siècle de Louis XIV_. Les plagiaires
jansénistes ne sont pas polis: moi qui ne suis ni quiétiste, ni
janséniste, ni moliniste, je n’ai autre chose à lui répondre, sinon
que j’ai la lettre. Voici les propres paroles: «Were he born in a
free country, he would have display’d his whole genius, and given a
full career to his own principles never known.»--Le _Dictionnaire
historique_, etc., dont parle Voltaire, est celui de Barral et Guibaud:
voyez tome XXVIII, page 348. B.
[333] Elles furent appuyées par les intrigues de la princesse des
Ursins, qui, après avoir été long-temps l’amie du cardinal, s’était
brouillée avec lui pour une ridicule querelle d’étiquette. K.
[334] Voyez tome XVII, page 73. B.
[335] 20 juin 1710. Voyez tome XXXI, page 524. B.
[336] Matthieu Ricci est mort au commencement du dix-septième siècle
(le 11 mai 1610); mais ce fut sur la fin du seizième, en 1583, qu’il
s’établit en Chine. Voyez, au reste, ma note, tome XVIII, page 189. B.
[337] Voyez ma note, tome XXVIII, page 40. B.
[338] Tome XV, page 257. B.
[339] Il mourut à la fin de 1722, comme Voltaire le dit ailleurs: voyez
tome XXVIII, page 42; et, tome XLIV, la _Relation du bannissement des
jésuites de la Chine_. B.
[340] Page 463. B.
[341] En 1768, date de cet alinéa, Voltaire avait fait l’éloge de
Parennin dans le chapitre Iᵉʳ de l’_Essai sur les mœurs_ (voyez tome
XV, page 269), et dans une note du paragraphe XVIII de la _Philosophie
de l’histoire_ (voyez tome XV, page 87). Il en a parlé depuis dans les
_Questions sur l’Encyclopédie_ (voyez tome XXVIII, page 38); dans les
_Fragments sur l’Inde_, chapitre V (voyez tome XLVII); et dans les
première et septième _Lettres chinoises_ (voyez tome XLVIII). B.
[342] Voyez l’_Essai sur les mœurs_ (tome XVIII, page 464), chap.
CXCV.
[343] Je pense que Voltaire veut parler de ce qu’il dit tome XVIII, au
bas de la page 463. B.
[344] _Avertissement du libraire_ (probablement de La Beaumelle
lui-même), en tête de la _Réponse au Supplément du Siècle de Louis XIV_.
[345] En mai ou juin 1752, La Beaumelle avait fait imprimer à Gotha
quatre feuilles de ses _Remarques sur le Siècle de Louis XIV_ (voyez
page 151 de la _Réponse au Supplément_), qu’il brûla cependant pour la
comtesse de Bentink. Je ne sais si cette comtesse de Bentink est celle
qui, après la mort de la duchesse de Saxe-Gotha, brûla, dit-on, la
correspondance de Voltaire avec cette princesse.
[346] Voici ce qu’on lit dans les _Mémoires historiques et authentiques
sur la Bastille_, tome II, page 330: «Au mois d’avril 1753, on fut
informé que La Beaumelle était revenu à Paris avec des exemplaires
d’une nouvelle édition qu’il avait fait faire du _Siècle de Louis
XIV_, de Voltaire, dans laquelle il avait inséré des notes critiques
offensantes pour la maison d’Orléans...... Au mois d’octobre de la même
année, M. le duc d’Orléans lui pardonna, et il fut mis en liberté, avec
un exil à cinquante lieues de Paris.»
On trouve des détails sur la détention de La Beaumelle au tome II (page
231 et suiv.) de l’_Histoire de la détention des philosophes et des
gens de lettres à la Bastille et à Vincennes, etc., par J. Delori_.
Paris, Firmin Didot, 1829, trois volumes in-8º.
[347] Manuscrits de D’Hemery, inspecteur de police pour la librairie.
[348] Jacques-Emmanuel-Roques de Maumont de La Rochefoucauld, né en
1727, mort le 16 mars 1805, a publié une _Lettre sur la part qu’il a
eue aux démêlés de MM. de Voltaire et La Beaumelle_, Hanovre, 1755,
in-8º, dont je ne parle toutefois que d’après Meusel.
[349] _Mon séjour auprès de Voltaire_, 1807, in-8º, pages 47 et 59.
[350] Le même à qui sont adressées plusieurs lettres de la
_Correspondance générale_, années 1752 et 1753; voyez aussi ma note,
page 479. B.
[351] Il n’y en a que trois: voyez ma préface, page 477. B.
[352] Ils sont nommés ci-après, page 536, dans la seconde partie du
_Supplément_. B.
[353] Le roi de Prusse comble les gens de lettres de bienfaits, par
les mêmes principes que les princes d’Allemagne comblent de bienfaits
les nains et les bouffons, etc. Trait du _Qu’en dira-t-on_.--Dans _Mes
pensées_ (ouvrage de La Beaumelle), on lit sous le nº XLIX, éditions
de 1752 et 1761; «Qu’on parcoure l’histoire ancienne et moderne, on
ne trouvera point d’exemple de prince qui ait donné sept mille écus
de pension à un homme de lettres, à titre d’homme de lettres. Il y
a eu de plus grands poëtes que Voltaire; il n’y en eut jamais de si
bien récompensés, parceque le goût ne met jamais de bornes à ses
récompenses. Le roi de Prusse comble de bienfaits les hommes à talents,
précisément par les mêmes raisons qui engagent un prince d’Allemagne à
combler de bienfaits un bouffon ou un nain.» B.
[354] Voyez tome XXXIX, page 489. B.
[355] 1749, deux volumes in-8º. La Beaumelle dit n’en avoir fait qu’une
partie. B.
[356] Dans quelques impressions que je ne crois pas authentiques,
au lieu de cette dédicace ou lettre à M. Roques, on lit, en tête du
_Supplément au Siècle de Louis XIV_, un _Mémoire de M. F. de Voltaire_,
que La Beaumelle fit réimprimer avec des apostilles ou notes et que
voici (sans les apostilles):
«Du jour que j’arrivai à Potsdam, Maupertuis m’a témoigné la plus
mauvaise volonté. Elle éclata lorsque je le priai de mettre M. l’abbé
Raynal de son académie: il me refusa avec hauteur, et traita l’abbé
Raynal avec mépris. Je lui fis ordonner par le roi d’envoyer des
patentes à M. l’abbé Raynal; on peut croire que Maupertuis ne me l’a
pas pardonné.
«Un homme que je crois Génevois, ou du moins élevé à Genève, nommé
La Beaumelle, ayant été chassé de Danemark, arrive à Berlin avec la
première édition du _Qu’en dira-t-on_, ou de ses _Pensées_. Dans ce
livre, devenu célèbre par l’excès d’insolences qui en fait le prix,
voici ce qu’on trouve:
«Le roi de Prusse a comblé de bienfaits les gens de lettres par les
mêmes principes que les princes allemands comblent de bienfaits un
bouffon et un nain.»
«C’est cet homme proscrit dans tous les pays que Maupertuis recherche
dés qu’il est arrivé, et qu’il va soulever contre moi: en voici la
preuve dans une lettre écrite par La Beaumelle à M. le pasteur Roques,
au pays de Hesse-Hombourg:
«_Fragment de la lettre de La Beaumelle._»
«Maupertuis vient chez moi, ne me trouve pas; je vais chez lui. Il me
dit qu’un jour, au souper des petits appartements, M. de Voltaire avait
parlé d’une manière violente contre moi; qu’il avait dit au roi que je
parlais de lui peu respectueusement dans mon livre; que je traitais sa
cour philosophe de nains et de bouffons; que je le comparais aux petits
princes allemands, et mille faussetés de cette force. M. de Maupertuis
me conseilla d’envoyer mon livre au roi en droiture, avec une lettre
qu’il vit et corrigea lui-même.»
«Le roi de Prusse, qui n’a su cette anecdote que depuis quelques jours,
doit être convaincu de la méchanceté atroce de Maupertuis, puisque sa
majesté sait très bien que je n’ai jamais dit à ses soupers ce qu’il
m’impute. Elle me rend cette justice; et quand je l’aurais dit, ce
serait toujours un crime à Maupertuis d’avoir manqué au secret qu’il
doit sur tout ce qui s’est dit aux soupers particuliers du roi.
«On sait quelle violence inouïe il a exercée depuis contre M. Kœnig,
bibliothécaire de madame la princesse d’Orange: on connaît les lettres
qu’il a fait imprimer, dans lesquelles il outrage tous les philosophes
d’Allemagne, et fait dire à M. Wolf ce qu’il n’a point dit, afin de le
décrier.
«On n’ignore pas par quelles affreuses manœuvres il est parvenu
à m’opprimer. J’ai remis à sa majesté ma clef de chambellan, mon
cordon, tout ce qui m’est dû de mes pensions. Elle a eu la bonté de me
rendre tout, et a daigné m’inviter à la suivre à Potsdam, où j’aurais
l’honneur de la suivre si ma santé me le permettait.»
Ce _Mémoire_ est daté du 27 janvier 1753, dans la réimpression (avec
apostilles) qu’en donna La Beaumelle, à la suite de la _Réponse au
supplément_. B.
[357] Dans quelques unes des premières éditions, cette partie est
intitulée: _Réfutation des notes critiques que M. de La Beaumelle a
faites sur le Siècle de Louis XIV_. Le début, tel qu’on le lit ici, a
été ajouté depuis. B.
[358] Voyez ma note, tome XIX, page 347. B.
[359] L’édition dont Voltaire parle ici est celle qui fut publiée chez
G.-C. Walther, 1753, deux volumes petit in-8º. B.
[360] Voyez page 130. B.
[361] Dans les éditions du _Siècle de Louis XIV_, antérieures à 1768,
c’était à la fin de l’ouvrage qu’était placé le _Catalogue de la
plupart des écrivains_, etc., qu’on a vu tome XIX, page 47. Depuis
1753, année où Voltaire publia le _Supplément_, il a fait d’autres
augmentations au _Catalogue_. J’en ai désigné quelques unes. B.
[362] La Beaumelle dit avoir eu pour ses Lettres et ses Remarques cent
cinquante florins, cinquante exemplaires de l’édition, et quarante
rames de papier d’impression. Voltaire, dans la dix-septième de ses
_Honnêtetés littéraires_ (voyez tome XLII), parle de dix-sept louis
d’or: voyez aussi tome XXX, page 218. B.
[363] Chapitre II, tome XIX, page 265. B.
[364] Ils ont été imprimés: voyez le _Catalogue des écrivains_, tome
XIX, page 83. B.
[365] _Istoria delle guerre avvenute in Europa et particolarmente in
Italia, por la successione alla monarchia delle Spagne, dall’ anno 1696
all’ anno 1725, dal conte e marchese Francesco Maria Ottieri_; Rome,
1728 et années suivantes, huit volumes in-4º. On lit dans la _Méthode
pour étudier l’histoire_ (qui ne donne que deux volumes à l’ouvrage,
page 414 du tome XI de l’édition de 1772), que l’auteur étant mort en
1742, ce fut son fils qui publia le second volume en 1753. Le tome II
est daté de 1752; le tome III de 1753, etc. B.
[366] Voyez ma note, tome XIX, page 529. B.
[367] Voyez page 497 du présent volume. B.
[368] Les _Mémoires secrets pour servir à l’histoire de Perse_ donnent,
sous des noms persans, l’histoire de la cour de Louis XV jusqu’en
1744. La première édition est de 1745, in-12; l’édition in-18, de
1759, contient une _Liste, ou clef des noms propres_. On attribue
cet ouvrage à Resseguier; d’autres, à Pecquet, premier commis des
affaires étrangères, qui a place dans un vers du _Pauvre diable_ (voyez
tome XIV); d’autres, à La Beaumelle. Une note ou lettre publiée à la
suite du _Journal de madame Du Hausset, femme de chambre de madame de
Pompadour_, est de madame de Vieux-Maison. B.
[369] En 1703, comme Voltaire l’a dit depuis en se corrigeant: voyez ma
note, tome XXVI, page 311. B.
[370] Elle se trouve dans une édition datée de 1752, que j’ai déjà
citée plusieurs fois. B.
[371] Ce que Voltaire disait du cardinal de Fleury, en 1751, 1752 et
1753, dans le chapitre XXIII (alors à la fin du tome Iᵉʳ, et fesant
aujourd’hui le chapitre XXIV) du _Siècle de Louis XIV_, a été depuis
reporté par l’auteur dans le chapitre III du _Précis du Siècle de Louis
XV_: voyez tome XXI. B.
[372] Voltaire parle de l’_Histoire de la guerre de mil sept cent
quarante et un_. Voyez ce que je dis de cet ouvrage dans ma préface du
tome XXI. B.
[373] Par Du Ryer. Voyez tome XIX, page 296. B.
[374] Sur ce mot, voyez tome XVI, page 484; tome XLV, le dialogue A
B C, premier entretien; tome XLVIII, _Un chrétien contre six Juifs_,
vingt et unième niaiserie; tome L, le paragraphe III du
_Commentaire sur l’Esprit des lois_. B.
[375] C’est de Montesquieu que parle Voltaire: voyez tome XXXIX, page
431. B.
[376] Montesquieu, _Esprit des lois_, livre V, chap.,
XIV. B.
[377] Id., livre VIII, chap. XXI. B.
[378] Voyez, dans le _Siècle de Louis XIV_, une note des éditeurs sur
les Milices, chap. XXIX (p. 257). K.
[379] Son livre est intitulé: _Histoire du fanatisme de notre temps_,
1692, in-12, dont une _Suite_ parut en 1709, in-12, et une nouvelle
suite en 1713, deux volumes in-12. L’ouvrage entier a été réimprimé en
1737, trois volumes in-12, et 1755, trois volumes in-12. B.
[380] Ces jugements furent presque toujours rendus par des
commissaires, et, par conséquent, on peut les regarder comme injustes,
même dans la forme. K.
[381] Voyez ci-dessus, page 109. B.
[382] Voyez tome XIX, page 122. B.
[383] Le président Hénault n’a mis aucun correctif à sa phrase dans les
éditions de 1756 et de 1768. Voyez l’_Abrégé chronologique_, à l’année
1714. B.
[384] Voyez page 398. R.
[385] C’est à la page 109 du tome II de l’édition du _Siècle de Louis
XIV, avec des notes de M. de La B**_, que Villars est appelé ainsi. B.
[386] Dans quelques éditions, cette seconde partie portait le titre de
_Réfutation plus directe_. B.
[387] Voyez ce que Voltaire dit sur les portraits, tome XXX, page 215.
B.
[388] Voyez tome XIX, page 428; et, ci-dessus, page 51. B.
[389] Voyez page 136. B.
[390] Voyez la variante, page 214. B.
[391] Voyez ci-dessus, page 212. B.
[392] Le prince de Condé: voyez tome XXXII, page 77; tome XIX, page
219. Au reste, Voltaire lui-même dit que l’accusation contre le prince
de Condé était le cri de _tout Paris_; voyez, tome X, le second alinéa
de la _Dissertation sur la mort de Henri IV_. B.
[393] Mort en 1775: voyez, dans la _Correspondance_, la lettre du roi
de Prusse du 13 auguste 1775. B.
[394] Voyez cette note tout entière, page 397. B.
[395] Mademoiselle Olympe Dunoyer, à qui sont adressées les premières
lettres de la _Correspondance_ de Voltaire, en 1713 et 1714, et qu’on
appelait Pimpette, épousa le baron de Winterfeld, qui fut tué, en 1757,
à la bataille de Kollin. B.
[396] A la fin de 1713. B.
[397] Constant d’Aubigné, grand-père de la maréchale de Noailles. B.
[398] La princesse Ulrique de Prusse, depuis reine de Suède: voyez ma
note, page 175. B.
[399] Voyez tome XXIX, pages 133 et 145; tome IX, l’épître dédicatoire
des _Lois de Minos_; et, tome XIV, une des notes de la satire
intitulée: _Les Cabales_. B.
[400] Voyez le texte de La Beaumelle, dans ma note, page 483. B.
[401] Collini raconte que, dix jours après la brûlure de la _Diatribe
du docteur Akakia_ (conséquemment le 3 janvier 1753: voyez ma note
4, page 474 du tome XXXIX), Voltaire avait renvoyé au roi de Prusse
sa clef de chambellan et la croix de l’ordre du mérite; mais que, le
même jour après midi, le roi les fit reporter à Voltaire. Voltaire dit
aussi que le roi eut _la bonté de lui rendre tout_: voyez, dans la
_Correspondance_, la lettre à M. de La Virotte, du 28 janvier 1753. B.
[402] La critique de Barbier d’Aucour, dans la sixième lettre des
_Sentiments de Cléante_ sur le quatrième _Entretien_ d’Ariste et
d’Eugène, me semble minutieuse et peu exacte en cette circonstance.
_Eugène_ dit bien que «c’est une chose singulière qu’un bel esprit
allemand ou moscovite;» mais il est réfuté par _Ariste_, qui soutient
que le bel esprit est de tous les pays, _et n’est étranger nulle part_;
et de l’aveu même de Barbier d’Aucour, son critique, le P. Bouhours
est représenté par Ariste. Il y a des écrivains qui ont été plus loin,
et qui ont dit qu’il mettait en question si un _Allemand peut avoir de
l’esprit_. Bouhours n’a point écrit cette impertinence. CL.
[403] La dixième édition de cet ouvrage de Paul Barry est de 1643,
in-12. Pascal en parle dans la neuvième de ses _Lettres provinciales_.
B.
[404] Le parlement de Provence est le seul qui ait condamné les
_Lettres provinciales_; voyez ma note, page 415; mais ces Lettres ont
aussi été condamnées par un arrêt du conseil d’état du 23 septembre
1660. Leur condamnation à Rome est du 6 septembre 1657. Une traduction
italienne fut condamnée à Rome le 27 mars 1762. B.
[405] Pluche, auteur du _Spectacle de la nature_; voyez tome XXXVIII,
page 73. B.
[406] Dans quelques éditions, cette troisième partie était intitulée:
_Suite et conclusion de cette réfutation_. B.
[407] Cartouche était un malheureux voleur très ordinaire, associé
avec quelques scélérats comme lui. Le hasard fit qu’on donna son nom
à la bande de brigands dont il était. Il fut le ridicule objet de
l’attention de Paris, parcequ’on fut quelque temps sans pouvoir le
prendre. Il avait été ramoneur de cheminée, et fesait servir souvent
son ancien métier à se sauver quand on le guettait. Un soldat aux
gardes avertit enfin qu’il était couché dans un cabaret à la Courtille:
on le trouva sur une paillasse avec un méchant habit, sans chemise,
sans argent, et couvert de vermine. Son nom était Bourguignon: Il avait
pris celui de Cartouche, comme les voleurs et les écrivains de livres
scandaleux changent de nom. Il plut au comédien Legrand de faire une
comédie sur ce malheureux; elle fut jouée le jour qu’il fut roué. Un
autre homme s’avisa ensuite de faire un poème épique de _Cartouche_,
et de parodier _la Henriade_ sur un si vil sujet; tant il est vrai
qu’il n’y a point d’extravagance qui ne passe par la tête des hommes!
Toutes ces circonstances rassemblées ont perpétué le nom de ce gueux:
et c’est lui que La Beaumelle préfère à Solon, et égale au grand
Condé.--Voltaire a rapporté, page 500, la passage où La Beaumelle
parle de Cartouche et de Condé. Quant au poëme sur Cartouche, que
Voltaire dit être une parodie de _la Henriade_, il s’agit de l’ouvrage
de Grandval père, intitulé: _Le vice puni, ou Cartouche_, 1725,
in-8º. L’auteur dit qu’il a «affecté de prendre quantité de vers des
meilleures pièces de théâtre et autres ouvrages,» et il imprime ces
vers en italique. B.
[408] Il n’était que son cousin: voyez ma note, page 196. B.
[409] _Bajazet_, II, 1. B.
[410] Lebrun traduit ainsi ces deux vers du chant VII de la _Jérusalem
délivrée_, octave 12: «Simple intendant des jardins, je vis, je connus
la cour et ses injustices.» B.
[411] Voyez le texte de Cicéron, dans ma note, tome XXX, page 216. B.
[412] Voyez ci-dessus, page 4. B.
[413] Montesquieu, _Esprit des lois_, III, 5: voyez ci-dessus, page 79.
B.
[414] Voyez page 454. B.
[415] Cirey. B.