NOTES:

[1] Plus connu comme homme d’état sous le nom de Clarendon: il a laissé

une _Histoire des guerres civiles d’Angleterre sous Charles Iᵉʳ_, et

plusieurs autres ouvrages de politique. K.

[2] On lui déclara, lorsqu’il se proposait d’aller voir à Milan son

gendre Philippe V, qu’il ne serait reçu que comme un de ses courtisans,

et que le roi d’Espagne ne pourrait, sans manquer à sa dignité,

l’admettre à sa table. K.

[3] Voyez les _Mémoires_ manuscrits de Dangeau; on les cite ici

parceque ce fait rapporté par eux a été souvent confirmé par le

maréchal de La Feuillade, gendre du secrétaire d’état Chamillart. Louis

XIV n’avait que trois ans plus que Louvois; à la mort de Mazarin le

roi avait vingt-trois ans; Louvois en avait vingt, et était, depuis

plusieurs années, adjoint de son père dans la place de ministre de la

guerre.

[4] Le maréchal de Berwick rapporte, dans ses Mémoires, que Louis XIV

l’ayant consulté sur un plan imaginé par Chamillart, pour la campagne

de 1708, et dont l’exécution devait être confiée au maréchal, il

n’eut pas de peine à en faire voir le ridicule au roi, qui ne put

s’empêcher de lui dire en riant: «Chamillart croit en savoir beaucoup

plus qu’aucun général, mais il n’y entend rien du tout.» Cependant

Chamillart resta encore ministre; et, dans la même campagne, Louis

XIV l’envoya en Flandre pour prononcer entre le duc de Vendôme et le

maréchal de Berwick, sur les moyens d’empêcher la prise de Lille. K.

[5] Le compilateur des _Mémoires de madame de Maintenon_ dit que,

vers la fin de la guerre précédente, le marquis de Nangis, colonel du

régiment du roi, lui disait qu’on ne pourrait empêcher la désertion de

ses soldats qu’en fesant casser la tête aux déserteurs. Remarquez que

le marquis, depuis le maréchal de Nangis, ne fut colonel de ce régiment

qu’en 1711.

[6] Par les instructions à moi envoyées, et puisées dans le dépôt des

affaires étrangères, il est évident que le prince Eugène était déjà

parti en 1683, et que le marquis de La Fare s’est mépris dans ses

Mémoires, quand il fait partir les deux princes de Conti avec le prince

Eugène; ce qui a induit les historiens en erreur.

Il y eut alors plusieurs jeunes seigneurs de la cour qui écrivirent aux

princes de Conti des lettres indécentes, dans lesquelles ils manquaient

de respect au roi, et d’égards pour madame de Maintenon, qui n’était

encore que favorite. Les lettres furent interceptées, et ces jeunes

gens disgraciés pour quelque temps.

Le compilateur des _Mémoires de Maintenon_ est le seul qui avance que

le duc de La Rocheguion dit à son frère, le marquis de Liancourt:

«Mon frère, si on intercepte votre lettre, vous méritez la mort.»

Premièrement, on ne mérite point la mort parcequ’une lettre coupable

est interceptée, mais parcequ’on l’a écrite: secondement, on ne mérite

point la mort pour avoir écrit des plaisanteries. Il parut bien que

ces seigneurs, qui tous rentrèrent en grace, ne méritaient point la

mort. Tous ces prétendus discours qu’on débite avec légèreté dans le

monde, et qui sont ensuite recueillis par des écrivains obscurs et

mercenaires, sont indignes de croyance.

[7] L’auteur, qui dans sa jeunesse eut l’honneur de le voir souvent, a

droit d’assurer que c’était là son caractère. La Beaumelle, qui insulte

les maréchaux de Villeroi et de Villars, et tant d’autres, dans ses

notes du _Siècle de Louis XIV_, parle ainsi de feu M. le maréchal de

Villeroi, page 102, tome III des _Mémoires de madame de Maintenon_:

«Villeroi le fastueux, qui amusait les femmes avec tant de légèreté,

et qui disait à ses gens avec tant d’arrogance: A-t-on mis de l’or

dans mes poches?» Comment peut-il attribuer, je ne dis pas à un grand

seigneur, mais à un homme bien élevé, ces paroles qu’on attribuait

autrefois à un financier ridicule? Comment peut-il parler de tant

d’hommes du siècle passé, du ton d’un homme qui les aurait vus? et

comment peut-on écrire si insolemment de telles indécences, de telles

faussetés, et de telles sottises?

[8] Voyez les _Mémoires de Dangeau_.

On chantait à la cour, à Paris, et dans l’armée:

Français, rendez grace à Bellone.

Votre bonheur est sans égal;

Vous avez conservé Crémone,

Et perdu votre général.

[9] Voyez tome XVI, pages 372, 362, 397. B.

[10] Voltaire a mis en vers ces paroles: voyez, tome XII, le troisième

de ses _Discours sur l’homme_. B.

[11] Tout ceci doit se trouver dans les _Mémoires du maréchal de

Villars_, manuscrits; j’y ai lu ces détails. Le premier tome imprimé

de ces Mémoires est absolument de lui; les deux autres sont d’une main

étrangère et un peu différente.

On voit, par les dépêches du maréchal, combien il avait à souffrir de

la cour de Bavière: «Peut-être valait-il mieux lui plaire que de le

bien servir. Ses gens en usent ainsi. Les Bavarois, les étrangers, tous

ceux qui l’ont volé, friponné au jeu, livré à l’empereur, ont fait avec

lui leur fortune, etc.»

Il entend par ces mots, _livré à l’empereur_, une intrigue que les

ministres de l’électeur de Bavière formaient alors pour faire sa paix

avec l’Autriche dans le temps que la France combattait pour lui.--Voyez

ma note sur les _Mémoires_ de Villars, tome XIX, page 219. B.

[12] Voyez chap. XXXVI. B.

[13] Reboulet assure que l’empereur Léopold fit ériger cette pyramide:

on le crut en effet en France; le maréchal de Villars, en 1707, envoya

cinquante maîtres pour la détruire; on ne trouva rien. Le continuateur

de Thoyras, qui n’a écrit que d’après les journaux de La Haye,

suppose cette inscription, et propose même de la changer en faveur

des Anglais. Elle fut imaginée en effet par des Français réfugiés

oisifs. Il était très commun alors, et il l’est encore aujourd’hui,

de donner ses imaginations ou des contes populaires pour des vérités

certaines. Autrefois les mémoires manquaient à l’histoire, aujourd’hui

la multiplicité des mémoires lui nuit. Le vrai est noyé dans un océan

de brochures.--Le continuateur de Thoyras dont parle Voltaire est

David Durand, auteur des onzième et douzième volumes de l’_Histoire

d’Angleterre_, in-4º. Les dix premiers sont de Rapin Thoyras. B.

[14] Reboulet dit que la chancellerie allemande donnait aux rois le

titre de _Dilection_; mais c’est celui des électeurs.

[15] En 1740.--Cette place est restée aux Anglais à la paix de 1748,

à celle de 1763, et enfin à celle de 1783, après avoir essuyé un long

blocus. Une armée combinée d’Espagnols et de Français, commandée par

M. le duc de Crillon, qui venait de prendre Minorque, se préparait, en

1782, à tenter une attaque contre Gibraltar du côté de la mer; mais

les batteries flottantes destinées à en détruire les défenses furent

brûlées par les boulets rouges de la place. K.

[16] L’histoire de Reboulet appelle ce prince chef des factieux, comme

s’il eût été un Espagnol révolté contre Philippe V.

[17] C’était, à la vérité, un comte de Revontlau, né en Danemark, qui

commandait au combat de Calcinato; mais il n’y avait que des troupes

impériales.

La Beaumelle dit à ce sujet, dans ses _Notes sur l’Histoire du Siècle

de Louis XIV_, que «les Danois ne valent pas mieux ailleurs que chez

eux.» Il faut avouer que c’est une chose rare de voir un tel homme

outrager ainsi toutes les nations.

[18] Voyez les _Mémoires de Feuquières_.

[19] Sous le nom de Frédéric: voyez ma note, tome XXIV, page 358. B.

[20] Le duc de Bavière était père de ce jeune prince, appelé par

Charles II au trône d’Espagne, et mort à Bruxelles. L’électeur, dans

son manifeste contre l’empereur, dit, en parlant de la mort de son

fils, «qu’il avait succombé à un mal qui avait souvent sans péril

attaqué son enfance, avant qu’il eût été déclaré l’héritier de Charles

II.» Il ajoutait que «l’étoile de la maison d’Autriche avait toujours

été funeste à ceux qui s’étaient opposés à sa grandeur.» Une accusation

directe eût peut-être été moins insultante que cette terrible ironie.

Le duc de Bavière, en se séparant de l’empire pour s’unir à un prince

en guerre avec l’empire, donnait un prétexte à l’empereur. Louis XIV

avait traité avec autant de dureté le duc de Lorraine et l’électeur

palatin, et il avait moins d’excuses. K.

[21] Dans l’histoire de Reboulet, il est dit qu’il eut cette

souveraineté dès l’an 1700; mais alors il n’avait que la vice-royauté.

[22] On tint à Madrid, au nom de l’archiduc, plusieurs conseils où

furent appelés les hommes les plus distingués de son parti. Le marquis

de Ribas, secrétaire d’état sous Charles II, y assista. C’était lui qui

avait dressé le testament de ce prince en faveur de Philippe V. Des

cabales de cour l’avaient fait disgracier. On lui proposa de déclarer

que le testament avait été supposé; mais il ne voulut consentir à

aucune déclaration qui pût affaiblir l’autorité de cet acte: ni les

menaces ni les promesses ne purent l’ébranler. K.

[23] Berwick avait commandé avec succès en Espagne pendant l’année

1704. Des intrigues de cour le firent rappeler. Le maréchal de Tessé

demandait un jour à la jeune reine pourquoi elle n’avait pas conservé

un général dont les talents et la probité lui auraient été si utiles.

«Que voulez-vous que je vous dise? répondit-elle; c’est un grand

diable d’Anglais, sec, qui va toujours tout droit devant lui.» Dans

la campagne que termina la bataille d’Almanza, Berwick était instruit

de l’état de l’armée alliée, et de ses projets, par un officier

général portugais qui, persuadé que l’alliance du roi de Portugal avec

l’empereur était contraire à ses vrais intérêts, le trahissait par

esprit de patriotisme. (_Mémoires de Berwick._) K.

[24] Voltaire a rapporté ailleurs (voyez tome XXXIX, page 247) une

lettre écrite à Berwick, sur la victoire d’Almanza. B.

[25] L’armée du duc d’Orléans prit aussi Saragosse; lorsque les troupes

françaises parurent à la vue de la ville, on fit accroire au peuple

que ce camp qu’il voyait n’était pas un objet réel, mais une apparence

causée par un sortilége: le clergé se rendit processionnellement sur

les murailles pour exorciser ces fantômes; et le peuple ne commença à

croire qu’il était assiégé par une armée réelle, que lorsqu’il vit les

houssards abattre quelques têtes. (_Mémoires de Berwick._) K.

[26] Le respect pour la vérité dans les plus petites choses oblige

encore de relever le discours que le compilateur des _Mémoires de

madame de Maintenon_ fait tenir par le roi de Suède, Charles XII, au

duc de Marlborough: «Si Toulon est pris, je l’irai reprendre.» Ce

général anglais n’était point auprès du roi de Suède dans le temps du

siége. Il le vit dans Alt-Ranstadt en avril 1707, et le siége de Toulon

fut levé au mois d’août. Charles XII, d’ailleurs, ne se mêla jamais de

cette guerre; il refusa constamment de voir tous les Français qu’on

lui députa. On ne trouve, dans les _Mémoires de Maintenon_, que des

discours qu’on n’a ni tenus ni pu tenir; et on ne peut regarder ce

livre que comme un roman mal digéré.

[27] Entre autres Reboulet, page 233 du tome VIII. Il fonde ses

soupçons sur ceux du chevalier de Forbin. Celui qui a donné au public

tant de mensonges, sous le titre de _Mémoires de madame de Maintenon_,

et qui fit imprimer, en 1752, à Francfort, une édition frauduleuse

du _Siècle de Louis XIV_, demande, dans une des notes, qui sont ces

historiens qui ont prétendu que la reine Anne était d’intelligence avec

son frère. _C’est un fantôme_, dit-il. Mais on voit ici clairement que

ce n’est point un fantôme, et que l’auteur du _Siècle de Louis XIV_

n’avait rien avancé que la preuve en main: il n’est pas permis d’écrire

l’histoire autrement.

[28] Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van-Duren, fit écrire

par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode,

continuée par La Martinière; le tout sur les prétendus Mémoires d’un

comte de...., secrétaire d’état. Les _Mémoires de madame de Maintenon_,

encore plus remplis de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les

assiégeants jetaient dans la ville des billets conçus en ces termes:

«Rassurez-vous, Français, la Maintenon ne sera pas votre reine; nous

ne lèverons pas le siége. On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans

la ferveur du plaisir que lui donnait la certitude d’une victoire

inattendue, offrit ou promit le trône à madame de Maintenon.» Comment,

dans _la ferveur_ de l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces

nouvelles et ces discours des halles? comment cet insensé a-t-il pu

pousser l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le

roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur

que madame de Maintenon ne fût déclarée reine?

[29] On peut voir les détails de cette campagne dans les _Mémoires de

Berwick_; mais il faut les lire avec précaution. Berwick était dans

l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme, et presque toujours d’un

avis contraire au sien. Vendôme, fatigué des contradictions qu’il

éprouvait, semblait avoir perdu, pendant cette campagne, son activité

et ses talents. Louis XIV envoya deux fois Chamillart à l’armée comme

un arbitre entre les généraux.

Durant le siége de Lille, Marlborough écrivit au maréchal de Berwick,

son neveu, pour qu’il proposât à Louis XIV d’entamer une négociation

pour la paix avec les députés de Hollande, le prince Eugène, et lui.

On crut à la cour que cette proposition était la suite des inquiétudes

de Marlborough sur le succès du siége de Lille, et on obligea le duc

de Berwick à faire une réponse négative. Marlborough aimait beaucoup

la gloire et l’argent, et il pouvait alors desirer la paix comme

le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté, et d’ajouter une

autre espèce de gloire à sa réputation militaire, qui ne pouvait plus

croître. Bientôt après il s’opposa de toutes ses forces à cette paix

qu’il avait desirée, parceque la guerre lui était devenue nécessaire

pour soutenir son crédit dans sa patrie. K.

[30] Le marquis d’O.

[31] Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup

hardi. Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de

l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie; ils

prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin,

parcequ’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent

monter à cheval; mais comme il était âgé et infirme, ils eurent la

politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une chaise de poste. Cela

consuma du temps. Les pages du roi coururent après eux, le premier

écuyer fut délivré; et ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers

eux-mêmes; quelques minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui

arrivait après Beringhen avec un seul garde.

[32] L’histoire de l’ex-jésuite La Motte, rédigée par La Martinière,

dit que Chamillart fut destitué du ministère des finances en 1703, et

que la voix publique y appela le maréchal d’Harcourt. Les fautes de cet

historien sont sans nombre.

[33] Pour bien juger Desmarets, il faut lire le Mémoire qu’il présenta

au régent pour lui rendre compte de son administration: ce Mémoire fait

regretter que ce prince ne l’ait pas laissé à la tête des finances. K.

[34] C’est ce que l’auteur tient de la bouche de vingt personnes qui

les entendirent parler ainsi à Lille, après la prise de cette ville.

Cependant il se peut que ces expressions fussent moins l’effet d’une

fierté grossière que d’un style laconique assez en usage dans les

armées.

[35] Voyez les _Mémoires de Torci_, tome III, page 2; ils ont confirmé

tout ce qui est avancé ici.

[36] L’auteur des _Mémoires de madame de Maintenon_ dit, pages 92 et

93 du tome V, que «le duc de Marlborough et le prince Eugène gagnèrent

Heinsius», comme si Heinsius avait eu besoin d’être gagné. Il met dans

la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles qu’il prononça en

plein conseil, ces mots bas et plats: _Alors comme alors_. Il cite

l’auteur du _Siècle de Louis XIV_, et le reprend d’avoir dit que «Louis

XIV fit afficher sa lettre circulaire dans les rues de Paris.» Nous

avons confronté toutes les éditions du _Siècle de Louis XIV_; il n’y

a pas un seul mot de ce que cite cet homme, pas même dans l’édition

subreptice qu’il fit à Francfort en 1752.--Cette note de Voltaire est

de 1756. B.

[37] Cet endroit mérite d’être éclairci. L’auteur célèbre de l’_Esprit

des lois_ dit que l’honneur est le principe des gouvernements

monarchiques, et la vertu le principe des gouvernements républicains.

Ce sont là des idées vagues et confuses qu’on a attaquées d’une manière

aussi vague, parceque rarement on convient de la valeur des termes,

rarement on s’entend. L’honneur est le désir d’être honoré, d’être

estimé: de là vient l’habitude de ne rien faire dont on puisse rougir.

La vertu est l’accomplissement des devoirs, indépendamment du désir de

l’estime; de là vient que l’honneur est commun, la vertu rare.

Le principe d’une monarchie ou d’une république n’est ni l’honneur

ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir d’un seul; une

république est fondée sur le pouvoir que plusieurs ont d’empêcher

le pouvoir d’un seul. La plupart des monarchies ont été établies

par des chefs d’armées, les républiques par des citoyens assemblés.

L’honneur est commun à tous les hommes, et la vertu rare dans tout

gouvernement. L’amour-propre de chaque membre d’une république veille

sur l’amour-propre des autres; chacun voulant être maître, personne

ne l’est; l’ambition de chaque particulier est un frein public, et

l’égalité règne.

Dans une monarchie affermie, l’ambition ne peut s’élever qu’en plaisant

au maître, ou à ceux qui gouvernent sous le maître. Il n’y a dans ces

premiers ressorts ni honneur ni vertu, de part ni d’autre; il n’y a

que de l’intérêt. La vertu est en tout pays le fruit de l’éducation

et du caractère. Il est dit dans l’_Esprit des lois_ qu’il faut plus

de vertu dans une république: c’est, en un sens, tout le contraire:

il faut beaucoup plus de vertu dans une cour pour résister à tant de

séductions. Le duc de Montausier, le duc de Beauvilliers, étaient

des hommes d’une vertu très austère. Le maréchal de Villeroi joignit

des mœurs plus douces à une probité non moins incorruptible. Le

marquis de Torci a été un des plus honnêtes hommes de l’Europe, dans

une place où la politique permet le relâchement dans la morale. Les

contrôleurs-généraux Le Pelletier et Chamillart passèrent pour être

moins habiles que vertueux.

Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse, ne fut

guère entouré que d’hommes irréprochables; c’est une observation très

vraie et très importante dans une histoire où les mœurs ont tant de

part.--Voyez, dans ce volume, le _Supplément au Siècle de Louis XIV_,

troisième partie. B.

[38] Dans le livre intitulé _Mémoires du maréchal de Berwick_, il

est dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite. C’est ainsi

que tant de mémoires sont écrits. On trouve dans ceux de madame de

Maintenon, par La Beaumelle, tome V, page 99, que les alliés accusèrent

le maréchal de Villars de «s’être blessé lui-même, et que les Français

lui reprochèrent de s’être retiré trop tôt.» Ce sont deux impostures

ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine au-dessous du

genou, qui lui fracassa l’os, et qui le fit boiter toute sa vie. Le roi

lui envoya le sieur Maréchal, son premier chirurgien, qui seul empêcha

qu’on lui coupât la cuisse. C’est ce que je tiens de la bouche de M. le

maréchal de Villars et de ce chirurgien célèbre: c’est ce que tous les

officiers ont su; c’est ce que M. le duc de Villars daigne me confirmer

par ses lettres. Il n’oppose que le mépris aux sottises insolentes et

calomnieuses de La Beaumelle.--Les _Mémoires de Berwick_, dont parle

M. de Voltaire, ne sont pas le même ouvrage que nous avons cité dans

nos notes. Le maréchal de Berwick défendit le Dauphiné et la Provence

contre le duc de Savoie pendant les campagnes de 1709, 1710, 1711, et

1712, avec beaucoup de succès, et malgré une grande infériorité de

forces. Ces campagnes, pendant lesquelles il n’y eut aucune action

d’éclat, lui ont fait plus d’honneur auprès des militaires que la

victoire d’Almanza et la prise de Barcelone, et l’ont placé, dans

l’opinion des hommes éclairés, fort au-dessus de plusieurs généraux qui

ont eu des succès plus brillants. Il fut envoyé en Flandre, après la

bataille de Malplaquet, pour faire lever le siége de Mons: entreprise

qu’il ne trouva point impraticable: c’est ce qui a trompé l’auteur

des faux _Mémoires de Berwick_. M. de Voltaire ne parle point de ces

campagnes de Dauphiné; mais il avait passé sa jeunesse chez les princes

de Vendôme et chez le maréchal de Villars, qui n’aimaient pas le

maréchal de Berwick. K.--Les _Mémoires de Berwick_, 1737, deux volumes

in-12, sont de l’abbé Margon. Les véritables _Mémoires de Berwick_ ont

été publiés en 1778: voyez tome XIX, page 20. B.

[39] Voyez la note précédente. K.

[40] On assure qu’après la bataille, Philippe V n’ayant point de lit,

le duc de Vendôme lui dit: «Je vais vous faire donner le plus beau

lit sur lequel jamais roi ait couché»; et il fit faire un matelas des

étendards et des drapeaux pris sur les ennemis.

[41] Voyez, sur ce passage, une petite dissertation de La Harpe, dans

son _Lycée, ou Cours de littérature_ (_Philosophie du dix-huitième

siècle_, livre II, chap. II). B.

[42] Le marquis de Torci l’appelle, dans ses _Mémoires, ministre

prédicant_: il se trompe; c’est un titre qu’on ne donne qu’aux

presbytériens. Henri Sacheverel, dont il est question, était docteur

d’Oxford, et du parti épiscopal. Il avait prêché dans la cathédrale de

Saint-Paul l’obéissance absolue aux rois et l’intolérance. Ces maximes

furent condamnées par le parlement; mais ses invectives contre le parti

de Marlborough le furent bien davantage.

[43] _Mémoires de Torci_, tome III, page 33.

[44] Le lord Bolingbroke rapporte dans ses lettres qu’alors il y avait

de grandes cabales à la cour de Louis XIV; il ne doute pas, tome

II, page 244, «qu’il ne se formât dans sa cour d’étranges projets

d’ambition particulière:» il en juge par un discours que lui tinrent

depuis à souper les ducs de La Feuillade et de Mortemar: «Vous auriez

pu nous écraser, pourquoi ne l’avez-vous pas fait?» Bolingbroke, malgré

ses lumières et sa philosophie, tombe ici dans le défaut de quelques

ministres, qui croient que tous les mots qu’on leur dit signifient

quelque chose. On connaît assez l’état de la cour de France, et celui

de ces deux ducs, pour savoir qu’il n’y avait, du temps de la paix

d’Utrecht, ni desseins, ni factions, ni aucun homme en situation de

rien entreprendre.

[45] Le congrès d’Utrecht s’ouvrit le 29 janvier 1712. B.

[46] Le maréchal de Villars eut à Versailles une partie de

l’appartement qu’avait occupé Monseigneur, et le roi vint l’y voir.

L’auteur des _Mémoires de Maintenon_, qui confond tous les temps, dit,

tome V, page 119 de ces Mémoires, que le maréchal de Villars arriva

dans les jardins de Marli, et que le, roi lui ayant dit «qu’il était

très content de lui», le maréchal, se tournant vers les courtisans,

leur dit: «Messieurs, au moins vous l’entendez.» Ce conte, rapporté

dans cette occasion, ferait tort à un homme qui venait de rendre de si

grands services. Ce n’est pas dans ces moments de gloire qu’on fait

ainsi remarquer aux courtisans que le roi est content. Cette anecdote

défigurée est de l’année 1711. Le roi lui avait ordonné de ne point

attaquer le duc de Marlborough. Les Anglais prirent Bouchain. On

murmurait contre le maréchal de Villars. Ce fut après cette campagne

de 1711 que le roi lui dit qu’il était content; et c’est alors qu’il

pouvait convenir à un général d’imposer silence aux reproches des

courtisans, en leur disant que son souverain était satisfait de sa

conduite, quoique malheureuse.

Ce fait est très peu important; mais il faut de la vérité dans les

plus petites choses.--On voit, par des lettres écrites dans ce

temps-là, qu’à la première nouvelle du combat de Denain, on regardait

généralement à la cour cette affaire comme un léger avantage auquel la

vanité du maréchal de Villars voulait donner de l’importance. K.

[47] Ces renonciations ne peuvent devenir obligatoires que par la

sanction des seuls vrais intéressés, les peuples. K.

[48] La reine Anne envoya au mois d’août son secrétaire d’état, le

vicomte de Bolingbroke, consommer la négociation. Le marquis de Torci

fait un très grand éloge de ce ministre, et dit que Louis XIV lui fit

l’accueil qu’il lui devait. En effet il fut reçu à la cour comme un

homme qui venait donner la paix; et lorsqu’il vint à l’Opéra, tout le

monde se leva pour lui faire honneur: c’est donc une grande calomnie,

dans les _Mémoires de Maintenon_, de dire, page 115 du tome V: «Le

mépris que Louis XIV témoigna pour milord Bolingbroke ne prouve point

qu’il l’ait eu au nombre de ses pensionnaires.» Il est plaisant de voir

un tel homme parler ainsi des plus grands hommes.

[49] L’empereur Joseph II vient de s’affranchir de ce ridicule tribut,

et de faire démolir les fortifications de presque toutes les places de

la barrière. K.

[50] L’_Abrégé chronologique_ de Hénault. K.--Voyez tome XXVI, page

326. B.

[51] Jamais le lord Stair ne parla au roi qu’en présence du secrétaire

d’état Torci, qui a dit n’avoir jamais entendu un discours si déplacé.

Ce discours aurait été bien humiliant pour Louis XIV, quand il fit

cesser les ouvrages de Mardick.

[52] Dans l’_Essai sur les mœurs_, etc., chap. CLXXVII

(tome XVIII, page 253).

[53] Cette ville de Xativa fut rasée en 1707, après la bataille

d’Almanza. Philippe V fit bâtir sur ses ruines une autre ville qu’on

nomme à présent _San Felipe_.

[54] Les alliés ne firent de progrès en Espagne qu’à l’aide du parti

qui y subsistait en faveur de la maison d’Autriche. Ce parti s’était

formé pendant la vie de Charles II, et les fautes du ministère de

Philippe V lui donnèrent des forces. Il était impossible qu’il n’y

eût des cabales dans la cour d’un roi étranger à l’Espagne, jeune,

incapable de gouverner par lui-même: et il était impossible d’empêcher

ces cabales de dégénérer en conspirations et en partis. Peut-être

cependant eût-on prévenu les suites funestes de ces cabales, si, au

lieu d’abandonner son petit-fils aux intrigues de la princesse des

Ursins, des ambassadeurs de France, des Français employés à Madrid,

des ministres espagnols, Louis XIV lui eût donné pour guide un homme

capable à-la-fois d’être ambassadeur, ministre, et général; assez

supérieur à tous les préjugés pour n’en blesser aucun inutilement;

assez au-dessus de la vanité pour ne faire aucune parade de son

pouvoir, et se borner à être utile en secret; assez modeste pour cacher

à la haine des Espagnols pour les étrangers le bien qu’il ferait à leur

pays; un homme enfin dont le nom, respecté dans l’Europe, en imposât

à la jalousie nationale. Cet homme existait en France; mais madame de

Maintenon trouvait qu’il n’avait pas une véritable piété.

La nation castillane montra un attachement inébranlable pour Philippe

V. Lorsque les troupes de l’archiduc traversèrent la Castille, elles

la trouvèrent presque déserte; le peuple fuyait devant elles, cachait

ses vivres pour n’être pas obligé de leur en vendre; les soldats

qui s’écartaient étaient tués par les paysans. Les courtisanes de

Madrid se rendirent en foule au camp des Anglais et des Allemands,

dans l’intention d’y répandre le poison que les compagnons de Colomb

avaient porté en Espagne. (_Mémoires de Saint-Philippe._) A peine

sortis d’une ville, les partisans de l’archiduc entendaient le bruit

des réjouissances que le peuple fesait en l’honneur de Philippe.

Mais la nation aragonaise penchait pour l’archiduc. La haine entre

les deux nations semblait s’être réveillée. Les Espagnols des deux

partis montrèrent dans cette guerre le même caractère qu’ils avaient

déployé dans leurs guerres contre les Carthaginois et les Romains. La

domination de Rome, des Goths, et des Maures, la révolution dans la

religion et dans le gouvernement, ne l’avaient point changé. Plusieurs

villes se défendirent comme Sagonte et comme Numance; mais, comme dans

ces anciennes époques, nulle réunion entre les différents cantons, nul

effort suivi et combiné: cette force de caractère ne se montrait que

quand ils étaient attaqués, et alors elle devenait indomptable.

Les Catalans furent dépouillés de leurs priviléges; heureusement ces

prétendus priviléges n’étaient que des droits accordés aux villes

et aux riches aux dépens des campagnes et du peuple. Depuis leur

destruction, l’industrie de cette nation s’est ranimée; l’agriculture,

les manufactures, le commerce, ont fleuri; et l’orgueil de la victoire

a ordonné ce que, dans un temps plus éclairé, un gouvernement paternel

eût voulu faire. K.

[55] En 1751, 1752, 1753, ce chapitre n’était que le vingt-troisième.

Cette différence vient de ce qu’alors le chapitre Iᵉʳ comprenait

l’_Introduction_, et _Des états de l’Europe avant Louis XIV_, dont, en

1756, Voltaire forma deux chapitres, les CLXV et CLXVI de son _Essai

sur l’histoire générale_ (aujourd’hui, sauf les changements, chapitres

I et II du _Siècle de Louis XIV_). Le chapitre XXIII des éditions de

1751, 1752 et 1753, devenu, en 1756, le chapitre CLXXXVII de l’_Essai_,

subit alors de grands changements. Une partie de ce qui le composait

servit pour le chapitre CLXXIX, qui, en 1768, forma une partie du

chapitre III du _Précis du Siècle de Louis XV_: voyez ce chapitre, tome

XXI. B.

[56] On lit ainsi dans l’édition originale et dans toutes les autres.

Je pense que c’est par mégarde que Voltaire a laissé, en 1751, imprimer

_près de succomber_; car, en 1764, il dit, dans son édition de

Corneille (voyez tome XXXV, page 138): «_Près de_ veut un substantif.»

On a pu remarquer que devant un verbe il écrivait toujours _prêt de_.

C’était l’usage de son temps. Il a changé: aujourd’hui l’on dit _près

de_ et _prêt à_. B.

[57] On appelle généralement du nom de Flandre les provinces des

Pays-Bas qui appartiennent à la maison d’Autriche, comme on appelle les

sept Provinces-Unies la Hollande.

[58] Dès 1748, Voltaire avait publié des _Anecdotes sur Louis XIV_, qui

sont dans le tome XXXIX, page 3 et suiv. B.

[59] Voyez les deux Mémoires de Louis XIV rapportés dans ce volume

(chapitre XXVIII).

[60] Anne d’Autriche s’était prononcée contre ce mariage. Voltaire a

rapporté ses paroles tome XIX, page 338. B.

[61] Cette anecdote est accréditée par les _Mémoires de La Porte_,

page 255 et suivantes. On y voit que le roi avait de l’aversion pour

le cardinal; que ce ministre, son parrain et surintendant de son

éducation, l’avait très mal élevé, et qu’il le laissa souvent manquer

du nécessaire. Il ajoute même des accusations beaucoup plus graves,

et qui rendraient la mémoire du cardinal bien infâme; mais elles ne

paraissent pas prouvées, et toute accusation doit l’être.

[62] Cette galanterie et quelques imprudences dans sa conduite

furent la cause et des malheurs qu’elle éprouva sous le gouvernement

de Richelieu, et des bruits injurieux répandus contre elle par les

frondeurs. Richelieu voulait la perdre, et il eût réussi, sans

la fidélité et le courage de ses amis et de quelques uns de ses

domestiques. On trouve, dans des _Mémoires_ non imprimés du duc de La

Rochefoucauld, qu’elle avait formé le projet de se retirer à Bruxelles:

quoique très jeune, il était à la tête de ce complot, et s’était chargé

de l’enlever et de la conduire. K.--Il s’agit, dans cette note, de la

première partie des _Mémoires de La Rochefoucauld_, qui n’a vu le jour

qu’en 1817. B.

[63] Ces paroles, fidèlement recueillies, sont dans tous les Mémoires

authentiques de ce temps-là: il n’est permis ni de les omettre, ni d’y

rien changer dans aucune histoire de France.

L’auteur des _Mémoires de Maintenon_ s’avise de dire au hasard

dans sa note: «Son discours ne fut pas tout-à-fait si beau, et ses

yeux en dirent plus que sa bouche.» Où a-t-il pris que le discours

de Louis XIV ne fut pas tout-à-fait si beau, puisque ce furent là

ses propres paroles? Il ne fut ni plus ni moins beau: il fut tel

qu’on le rapporte.--Voltaire l’a encore rapporté dans le chapitre

LVII de son _Histoire du parlement_; voyez tome XXII, page 275. B.

[64] Le cardinal de Richelieu avait déjà donné des ballets, mais ils

étaient sans goût, comme tout ce qu’on avait eu de spectacles avant

lui. Les Français, qui ont aujourd’hui porté la danse à la perfection,

n’avaient, dans la jeunesse de Louis XIV, que des danses espagnoles,

comme la sarabande, la courante, la pavane, etc.

[65] Voltaire, qui approuve ici la danse de Louis XIV, cite, chapitre

XXVI, les vers de Racine (dans _Britannicus_), et dit que «le poëte

réforma le monarque.» B.

[66] Ce passage de Voltaire sur le masque de fer fournit au P. Griffet

le sujet du quatorzième chapitre de son _Traité des différentes sortes

de preuves qui servent à établir la vérité de l’histoire_. Le jésuite

penche à croire que le masque de fer était le duc de Vermandois. Voyez,

sur le masque de fer, tome XXVI, pages 311-18. B.

[67] Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle, et qui a

appartenu au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que j’avance;

et M. de Bernaville, successeur de Saint-Mars, me l’a souvent

confirmé.--Voyez le _Dictionnaire philosophique_, article ANA,

ANECTODES. K.

[68] Voyez mes notes, tome XXVI, pages 311 et 318. B.

[69] Ceci a été écrit en 1750.--Cette note se trouve dans les

éditions de 1768, in-8º, et de 1769, in-4º; c’est dans l’édition de

1752 du _Siècle de Louis XIV_ qu’avait été ajoutée l’anecdote du

pêcheur. Le personnage _très digne de foi_, dont parle Voltaire, est

Riousse, ancien commissaire des guerres à Cannes: voyez, ci-après, le

_Supplément au Siècle de Louis XIV_, première partie. B.

[70] Les comptes qui le prouvent étaient à Vaux, aujourd’hui Villars,

en 1718, et doivent y être encore. M. le duc de Villars, fils du

maréchal, confirme ce fait. Il est moins singulier qu’on ne pense.

Vous voyez, dans les _Mémoires de l’abbé de Choisi_, que le marquis

de Louvois lui disait, en lui parlant de Meudon: «Je suis sur le

quatorzième million.»

[71] Dans l’édition de 1768 du _Siècle de Louis XIV_, Voltaire disait:

«Le plus ardent et le plus implacable de ses persécuteurs était _le

chef de ses juges_, le chancelier Michel Le Tellier.» Cette phrase fut

reproduite en 1769, dans l’édition in-4º; mais Voltaire signala son

erreur, en 1770, dans l’article ANA des _Questions sur l’Encyclopédie_

(voyez tome XXVI, page 319), et la corrigea dans l’édition de 1775. B.

[72] Voyez ma note, tome XIX, page 79. B.

[73] J’ai retrouvé depuis cette même particularité dans Saint-Évremond.

[74] Voyez les _Mémoires de Gourville_.

[75] Racine assure, dans ses _Fragments historiques_, que le roi dit

chez mademoiselle de La Vallière: «S’il avait été condamné à mort, je

l’aurais laissé mourir.» S’il prononça ces paroles, on ne peut les

excuser: elles paraissent trop dures et trop ridicules.

[76] M. Delort, dans son _Histoire de la détention des philosophes_,

etc., 1829, in-8º, dit, tome Iᵉʳ, page 52, que Fouquet mourut à

Pignerol le 23 mars 1680. Voyez aussi ma note, tome XXVI, page 319. B.

[77] Voyez _Gui Patin_ et les Mémoires du temps.--Voici ce que Gui

Patin écrivait le 7 février 1662: «La chambre de justice a donné

un arrêt considérable contre un partisan nommé Boislève, ci-devant

intendant des finances; on avait saisi ses beaux meubles, et on avait

avis d’une bonne somme d’argent qui lui appartenait. Un sien frère,

ci-devant conseiller de la cour, aujourd’hui évèque d’Avranches, et,

de plus, grand fourbe, est intervenu prétendant revendiquer lesdits

meubles, et l’argent aussi, comme s’ils lui appartenaient; il en a fait

un serment, dont la fausseté fut aussitôt découverte par M. Talon;

ensuite de quoi les meubles et l’argent furent trouvés, et déclarés

bien saisis, et l’évêque condamné à une amende de douze mille livres

parisis.» La livre parisis valait une livre cinq sous tournois. B.

[78] Le vrai nom est Du Plessis Bellière ou Belière. B.

[79] Voyez tome XXXVI, page 384. B.

[80] Non dans la Place Royale, comme le dit l’_Histoire de La Hode_,

sous le nom de La Martinière.

[81] Mort en 1680. B.

[82] Voyez tome XXXVIII, page 435. B.

[83] Dans la _Vie de Molière_: voyez tome XXXVIII, page 431. B.

[84] Ces vers sont déjà cités dans les _Anecdotes_ imprimées en 1748:

voyez tome XXXIX, page 7. B.

[85] Voyez ma note, tome XVI, page 35. B.

[86] Voyez tome XXII, page 277. B.

[87] Ces profusions faites avec l’argent du peuple étaient une

véritable injustice, et certes un beaucoup plus grand péché, excepté

aux yeux des jésuites, que ceux qu’il pouvait commettre avec ses

maîtresses. Cette foule de charges inutiles, d’abus de tout genre, a

fait un mal plus durable. Une grande partie de ces abus a subsisté

long-temps, et subsiste même encore, quoique aucun des princes qui lui

ont succédé n’ait hérité de son goût pour le faste. K.

[88] Une _Liste de quelques gens de lettres français vivants en 1662,

composée, par ordre de M. Colbert, par M. Chapelain_, a été imprimée,

en 1726, dans le tome second des _Mémoires de littérature, par le P.

Desmolets_; et la même année, dans les _Mélanges de littérature de

Chapelain_. Un _Mémoire des gens de lettres célèbres en France, par

M. Costar_, est aussi imprimé dans le tome second des _Mémoires_ de

Desmolets; c’est là que Chapelain est appelé: «Le premier poëte du

monde pour l’héroïque.» M. Peignot a publié des _Documents authentiques

et détails curieux sur les dépenses de Louis XIV, en bâtiments et

châteaux royaux, en gratifications et pensions accordées aux savants,

gens de lettres et artistes, depuis 1663_, etc., etc. Paris, 1827,

in-8º. B.

[89] Boileau Despréaux n’est sur aucune liste de gratifications et

pensions avant 1674; il reçut alors 2000 fr. Racine et Quinault

touchaient alors chacun 800 fr. Racine n’avait eu que 600 fr. en 1663,

en même temps que l’on donnait 3000 fr. à Chapelain. Les libéralités du

roi s’étendaient aussi dans les pays étrangers. «A l’égard de celles

qui se distribuaient à Paris, dit Charles Perrault, elles se portèrent,

la première année, chez tous les gratifiés par le commis du trésorier

des bâtiments, dans des bourses de soie d’or, les plus propres du

monde; la seconde année, dans des bourses de cuir. Comme toutes

choses ne peuvent pas demeurer au même état, et vont naturellement en

dépérissant, les années suivantes il fallut aller recevoir soi-même

les pensions chez le trésorier, en monnaie ordinaire. Les années

bientôt eurent quinze et seize mois; et, quand on déclara la guerre à

l’Espagne, une grande partie de ces gratifications s’amortirent.» B.

[90] Le 17 avril. Il venait d’être reçu à l’académie française. Bussi

sortit de la Bastille le 16 mai 1666, pour aller rétablir sa santé chez

un maître chirurgien, mais sous la promesse de revenir à la Bastille

dès qu’il serait rétabli. Cependant, le 10 août, il obtint de se

retirer en Bourgogne. B.

[91] Le _bec amoureux_ était celui de mademoiselle de La Vallière. B.

[92] Voyez page 128. B.

[93] Voltaire lui a donné place dans le chapitre XIII de

l’_Ingénu_: voyez tome XXXIII, page 440. B.

[94] Lauzun avait d’abord été connu sous le nom de marquis de

Puyguilhem. On lit _Pégulin_ et _Péguilin_ dans la lettre de Gui Patin,

du 21 décembre 1671. B.

[95] La lettre du roi, contresignée Le Tellier, et qui annonce au

gouverneur de Pignerol qu’on lui envoie Lauzun, est du 25 novembre

1671. B.

[96] L’origine de cette imputation, qu’on trouve dans tant

d’historiens, vient du _Ségraisiana_. C’est un recueil posthume de

quelques conversations de Ségrais, presque toutes falsifiées. Il est

plein de contradictions; et l’on sait qu’aucun de ces ana ne mérite de

créance.

[97] On a imprimé, à la fin de ses Mémoires, une _Histoire des amours

de Mademoiselle et de M. de Lauzun_. C’est l’ouvrage de quelque valet

de chambre. On y a joint des vers dignes de l’histoire et de toutes les

inepties qu’on était en possession d’imprimer en Hollande.

On doit mettre au même rang la plupart des contes qui se trouvent dans

les _Mémoires de madame de Maintenon_, faits par le nommé La Beaumelle:

il y est dit qu’en 1681 un des ministres du duc de Lorraine vint,

déguisé en mendiant, se présenter dans une église à Mademoiselle, lui

montra une paire d’heures sur lesquelles il était écrit: «De la part du

duc de Lorraine;» et qu’ensuite il négocia avec elle pour l’engager à

déclarer le duc son héritier (tome II, page 204). Cette fable est prise

de l’aventure vraie ou fausse de la reine Clotilde. Mademoiselle n’en

parle point dans ses Mémoires, où elle n’omet pas les petits faits. Le

duc de Lorraine n’avait aucun droit à la succession de Mademoiselle; de

plus elle avait fait, en 1679, le duc du Maine et le comte de Toulouse

ses héritiers.

L’auteur de ces misérables Mémoires dit, page 207, que «le duc de

Lauzun, à son retour, ne vit dans Mademoiselle qu’une fille brûlante

d’un amour impur.» Elle était sa femme, et il l’avoue. Il est difficile

d’écrire plus d’impostures dans un style plus indécent.

[98] Lauzun est mort le 19 novembre 1723, à quatre-vingt-dix ans. B.

[99] Voyez l’_Histoire de Madame Henriette d’Angleterre_, par madame la

comtesse de La Fayette, page 171, édition de 1742.

[100] Des fragments de diamant et de verre pourraient, par leurs

pointes, percer une tunique des entrailles, et la déchirer: mais aussi

on ne pourrait les avaler, et on serait averti tout d’un coup du danger

par l’excoriation du palais et du gosier. La poudre impalpable ne peut

nuire. Les médecins qui ont rangé le diamant au nombre des poisons

auraient dû distinguer le diamant réduit en poudre impalpable du

diamant grossièrement pilé.--Voyez tome XXIX, page 93. B.

[101] Acte IV, scène 4. B.

[102] Dans un recueil de pièces extraites du porte-feuille de M.

Duclos, et imprimées en 1781, on trouve qu’un maître d’hôtel de

Monsieur, nommé Morel, avait commis ce crime; qu’il en fut soupçonné;

que Louis XIV le fit amener devant lui; que l’ayant menacé de le livrer

à la rigueur des lois s’il ne disait pas la vérité, et lui ayant promis

la liberté et la vie s’il avouait tout, Morel avoua son crime; que

le roi lui ayant demandé si Monsieur était instruit de cet horrible

complot, Morel lui répondit: «Non, il n’y aurait point consenti.» M.

de Voltaire était instruit de cette anecdote; mais il n’a jamais voulu

paraître croire à aucun empoisonnement, à moins qu’il ne fût absolument

impossible d’en nier la réalité. Dans le même ouvrage que nous venons

de citer, on donne pour garant de cette anecdote mademoiselle de La

Chausseraie, amie subalterne de madame de Maintenon. On a demandé

comment, quarante ans après cet événement, Louis XIV aurait confié des

détails si affligeants à se rappeler, à une personne qui n’avait et

ne pouvait avoir avec lui aucune liaison intime. Mais mademoiselle de

La Chausseraie expliquait elle-même cette difficulté. Elle racontait

que se trouvant seule avec le roi chez madame de Maintenon, qui était

sortie pour quelques moments, Louis XIV laissa échapper des plaintes

sur les malheurs où il s’était vu condamné; elle attribuait ces

plaintes aux revers de la guerre de la succession, et cherchait à le

consoler. «Non, dit le roi, c’est dans ma jeunesse, c’est au milieu

de mes succès que j’ai éprouvé les plus grands malheurs;» et il cita

la mort de Madame. Mademoiselle de La Chausseraie répondit par un

lieu commun de consolation. «Ah! mademoiselle, dit le roi, ce n’est

point cette mort, ce sont ses affreuses circonstances que je pleure;»

et il se tut. Peu de temps après madame de Maintenon rentra; au bout

de quelques moments de silence, le roi s’approcha de mademoiselle de

La Chausseraie, et lui dit: «J’ai commis une indiscrétion que je me

reproche; ce qui m’est échappé a pu vous donner des soupçons contre

mon frère, et ils seraient injustes; je ne puis les dissiper que par

une confidence entière:» et alors il lui raconta ce qu’on vient de

lire. Nous avons appris ces détails d’un homme très digne de foi, qui

les tient immédiatement des personnes qui avaient avec mademoiselle

de La Chausseraie les relations les plus intimes. K.--Le recueil dont

il est parlé dans cette note est celui de La Place, qui a pour titre:

_Pièces intéressantes et peu connues, pour servir à l’histoire et à la

littérature, par M. D. L. P._, 1781, in-12, qui a été réimprimé, et

suivi de sept autres volumes dans l’édition de 1785. C’est à la page

208 du tome Iᵉʳ, que se trouve ce qui concerne Madame Henriette. B.

[103] Ce Glaser est cité comme _apothicaire_ empoisonneur, dans une

lettre du 22 juillet 1676, de madame de Sévigné à sa fille...... Je

ne sais si ce Glaser avait un autre rapport que celui du nom avec

Christophe Glaser, qui, après avoir quitté la Suisse, sa patrie, vint à

Paris, où il fut pharmacien ordinaire de Louis XIV. CL.

[104] L’_Histoire de Louis XIV_, sous le nom de La Martinière, le nomme

l’abbé de La Croix. Cette histoire, fautive en tout, confond les noms,

les dates, et les événements.

[105] François Gayet de Pitaval, mort en 1743: voyez, dans le présent

volume, la seconde partie du _Supplément au Siècle de Louis XIV_. La

Beaumelle prétend que l’expression avocat sans causes est un mot usé,

et que Voltaire ne l’emploie que parceque Gayot de Pitaval «a donné

lieu à l’ingénieux Fréron de découvrir le plagiat de: _Souvent un air

de vérité_, etc.»: voyez la pièce de vers qui commence ainsi, tome XIV.

et ma note. B.

[106] L’_Histoire de Reboulet_ dit «que la duchesse de Bouillon fut

décrétée de prise de corps, et qu’elle parut devant les juges avec

tant d’amis, qu’elle n’avait rien à craindre, quand même elle eût été

coupable.» Tout cela est très faux; il n’y eut point de décret de prise

de corps contre elle, et alors nuls amis auraient pu la soustraire à la

justice.

[107] Tome XIX, page 267. B.

[108] Selon une lettre du 27 janvier 1680, de Bussi Rabutin à La

Rivière, rapportée par M. Dulaure, volume VII, page 227 de son

_Histoire de Paris_ (seconde édition), le prêtre Le Sage dit un jour la

messe sur le ventre d’une fille toute nue; mais ce n’était pas pour la

rendre impuissante. CL.

[109] Chapitre XVI, tome XIX, page 483 et suiv. B.

[110] On voit, dans les _Mémoires de Saint-Philippe_, qu’on croyait en

Espagne qu’elle avait averti Louis XIV de l’impuissance de Charles II,

seul secret d’état dont cette reine infortunée pût être instruite. K.

[111] Voyez ma note, tome XIX, page 518. B.

[112] Le sonnet irrégulier de J. Hesnault, dont Voltaire cite le

second quatrain, fut fait pour l’accident arrivé à mademoiselle de

Guerchy, fille d’honneur de la reine, et maîtresse du duc de Vitry.

Sa grossesse, dont elle fesait mystère, la mettant hors d’état

d’accompagner la reine dans un voyage, mademoiselle de Guerchy eut

recours à une sage-femme, nommée Constantin, qui, dans ses opérations

pour la faire avorter, la blessa mortellement. Vitry envoya chercher

un confesseur; et dès que le prêtre eut donné l’absolution, l’amant,

pour abréger les souffrances de sa maîtresse, lui cassa la tête, puis

s’enfuit en Bavière. La Constantin fut pendue en août 1660 (voyez la

lettre de Gui Patin, du 12 octobre de cette année). Dans sa lettre du

22 juin 1660, Gui Patin dit: «On fait ici grand bruit de la mort de

mademoiselle de Guerchy... Le curé de Saint-Eustache a refusé sépulture

au corps de cette dame: on dit qu’on l’a porté dans l’hôtel de Condé,

et qu’il y a été mis dans la chaux, afin de le consumer plus tôt, et

qu’on n’y puisse rien reconnaître si on venait à la visite.» Vitry

obtint sa grâce lorsqu’il eut négocié le mariage de Monsieur avec la

princesse de Bavière. B.

[113] Les _Mémoires_ donnés sous le nom de _madame de Maintenon_

rapportent qu’elle dit à madame de Montespan, en parlant de ses rêves:

«J’ai rêvé que nous étions sur le grand escalier de Versailles: je

montais, vous descendiez: je m’élevais jusqu’aux nues, vous allâtes à

Fontevrault.» Ce conte est renouvelé d’après le fameux duc d’Épernon,

qui rencontra le cardinal de Richelieu sur l’escalier du Louvre,

l’année 1624. Le cardinal lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau.

«Non, lui dit le duc, sinon que vous montez, et je descends.» Ce conte

est gâté en ajoutant que d’un escalier on s’éleva jusqu’aux nues. Il

faut remarquer que dans presque tous les livres d’anecdotes, dans les

_ana_, on attribue presque toujours à ceux qu’on fait parler des choses

dites un siècle et même plusieurs siècles auparavant.

[114] Il y a plus de vingt volumes dans lesquels vous verrez que

la maison d’Orléans et la maison de Condé s’indignèrent de ces

propositions; vous lirez que la princesse, mère du duc de Chartres,

menaça son fils; vous lirez même qu’elle le frappa. Les _Anecdotes de

la constitution_ rapportent sérieusement que le roi s’étant servi de

l’abbé Dubois, sous-précepteur du duc de Chartres, pour faire réussir

la négociation, cet abbé n’en vint à bout qu’avec peine, et qu’il

demanda pour récompense le chapeau de cardinal. Tout ce qui regarde la

cour est écrit ainsi dans beaucoup d’histoires.

[115] Ces jardins n’existent plus. B.

[116] Environ vingt mille de nos livres.

[117] Le 11 décembre 1686, comme l’a dit Voltaire, tome XIX, page 8. B.

[118] C’est au commencement du septième livre de l’_Histoire de la vie

et actions de Louis de Bourbon, prince de Condé_, qui a eu plusieurs

éditions, dont l’auteur m’est inconnu, et que la seconde édition de

la _Bibliothèque historique de la France_, du P. Lelong (voyez ma

note, tome XXX, page 200), attribue, sous le nº 24226, à Pierre Coste.

L’ouvrage de P. Coste n’a que cinq livres, et est intitulé: _Histoire

de Louis de Bourbon, second du nom, prince de Condé, premier prince du

sang, par P***_, un volume in-12, qui a eu aussi plusieurs éditions. B.

[119] C’est l’_Histoire du règne de Louis XIV, par Reboulet_, Avignon,

1744, trois volumes in-4º. B.

[120] Et non pas le chevalier de Forbin, comme le disent les _Mémoires

de Choisi_. On ne prend pour confidents d’un tel secret que des

domestiques affidés, et des hommes attachés par leur service à la

personne du roi. Il n’y eut point d’acte de célébration: on n’en fait

que pour constater un état; et il ne s’agissait ici que de ce qu’on

appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter qu’après la

mort de l’archevêque de Paris, Harlai, en 1695, près de dix ans après

le mariage, «ses laquais trouvèrent dans ses vieilles culottes l’acte

de célébration?» Ce conte, qui n’est pas même fait pour des laquais, ne

se trouve que dans les _Mémoires de Maintenon_.

[121] Madame de Maintenon, née le 27 novembre 1635, n’était que dans sa

cinquante et unième année. B.

[122] Il est dit, dans les prétendus _Mémoires de Maintenon_, tome I,

page 216, «qu’elle n’eut long-temps qu’un même lit avec la célèbre

Ninon Lenclos, sur les ouï-dire de l’abbé de Châteauneuf et de l’auteur

du _Siècle de Louis XIV_.» Mais il ne se trouve pas un mot de cette

anecdote chez l’auteur du _Siècle de Louis XIV_, ni dans tout ce

qui nous reste de M. l’abbé de Châteauneuf. L’auteur des _Mémoires

de Maintenon_ ne cite jamais qu’au hasard. Ce fait n’est rapporté

que dans les _Mémoires du marquis de La Fare_, page 190, édition de

Roterdam. C’était encore la mode de partager son lit avec ses amis;

et cette mode, qui ne subsiste plus, était très ancienne, même à la

cour. On voit dans l’_Histoire de France_ que Charles IX, pour sauver

le comte de La Rochefoucauld des massacres de la Saint-Barthélemi, lui

proposa de coucher au Louvre dans son lit; et que le duc de Guise et

le prince de Condé avaient long-temps couché ensemble.--C’est dans un

morceau _Sur Ninon de Lenclos_, publié en 1751 (voyez tome XXXIX, page

404), que Voltaire dit que Ninon et mademoiselle d’Aubigné couchèrent

ensemble quelques mois de suite. Dans une note du chant II de la

_Henriade_, il est question de la proposition de Charles IX au comte de

La Rochefoucauld. Voltaire en reparle encore dans son _Essai sur les

guerres civiles_, imprimé dans le tome X, à la suite de la _Henriade_.

B.

[123] On peut, par vanité, ne point vouloir être gouvernante des

enfants d’un particulier, et consentir à élever ceux d’un roi; mais le

mot de scrupule est absurde; il ne peut rien y avoir de contraire aux

principes de la morale à se charger de l’éducation d’un enfant quel

qu’il soit. Le bâtard d’un roi et celui d’un particulier sont égaux

devant la conscience. Cette lettre prouve que, même avant d’être à la

cour, madame de Maintenon savait parler le langage de l’hypocrisie. K.

[124] Voltaire distingue, comme on voit, les _Lettres des Mémoires de

madame de Maintenon_, fabriqués par La Beaumelle. B.

[125] L’auteur du roman des _Mémoires de madame de Maintenon_ lui fait

dire à la vue du château Trompette: «Voilà où j’ai été élevée, etc.»

Cela est évidemment faux; elle avait été élevée à Niort.

[126] Voyez les Lettres à son frère: «Je vous conjure de vivre

commodément, et de manger les dix-huit mille francs de l’affaire que

nous avons faite: nous en ferons d’autres.»

[127] Philippe de Valois, marquis de Villette Murcay, mort le 25

décembre 1707, à soixante et quinze ans, était fils d’Artemise

d’Aubigné, qui était fille de Théodore-Agrippa d’Aubigné, et

conséquemment _tante_ de madame de Maintenon. Le marquis de Villette,

_cousin_ de cette dernière, épousa en secondes noces, après 1691,

Marie-Claire-Isabelle Deschamps de Marsilly, laquelle, devenue veuve,

épousa Bolingbroke. B.

[128] Le compilateur des _Mémoires de madame de Maintenon_ dit, tome

IV, page 200: «Rousseau, vipère acharnée contre ses bienfaiteurs, fit

des couplets satiriques contre le maréchal de Noailles.» Cela n’est

pas vrai: il ne faut calomnier personne. Rousseau, très jeune alors,

ne connaissait pas le premier maréchal de Noailles. Les chansons

satiriques dont il parle étaient d’un gentilhomme nommé de Cabanac, qui

les avouait hautement.

[129] Voyez, dans ce volume, la troisième partie du _Supplément au

Siècle de Louis XIV_. B.

[130] Ce fait a été rapporté par le fils de l’illustre Racine, dans la

Vie de son père.

[131] Qui croirait que, dans les _Mémoires de madame de Maintenon_,

tome III, page 273, il est dit que ce ministre craignait que le roi ne

l’empoisonnât? Il est bien étrange qu’on débite à Paris des horreurs si

insensées, à la suite de tant de contes ridicules.

Cette sottise atroce est fondée sur un bruit populaire qui courut à la

mort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait des eaux (de Balaruc)

que Séron, son médecin, lui avait ordonnées, et que La Ligerie, son

chirurgien, lui fesait boire. C’est ce même La Ligerie qui a donné au

public le remède qu’on nomme aujourd’hui _la poudre des Chartreux_.

Ce La Ligerie m’a souvent dit qu’il avait averti M. de Louvois qu’il

risquait sa vie s’il travaillait en prenant des eaux. Le ministre

continua son travail: il mourut presque subitement le 16 juillet

1691, et non pas en 1692, comme le dit l’auteur des _faux Mémoires_.

La Ligerie l’ouvrit, et ne trouva d’autre cause de sa mort que celle

qu’il avait prédite. On s’avisa de soupçonner le médecin Séron d’avoir

empoisonné une bouteille de ces eaux. Nous avons vu combien ces

funestes soupçons étaient alors communs. On prétendit qu’un prince

voisin (Victor-Amédée, duc de Savoie), que Louvois avait extrêmement

irrité et maltraité, avait gagné le médecin Séron. On trouve une partie

de ces anecdotes dans les _Mémoires du marquis de La Fare_, chapitre

x. La famille même de Louvois fit mettre en prison un Savoyard qui

frottait dans la maison; mais ce pauvre homme très innocent fut bientôt

relâché. Or, si l’on soupçonna, quoique très mal à propos, un prince

ennemi de la France d’avoir voulu attenter à la vie d’un ministre de

Louis XIV, ce n’était pas certainement une raison pour en soupçonner

Louis XIV lui-même.

Le même auteur, qui, dans les _Mémoires de Maintenon_, a rassemblé

tant de faussetés, prétend, au même endroit, que le roi dit «qu’il

avait été défait la même année de trois hommes qu’il ne pouvait

souffrir, le maréchal de La Feuillade, le marquis de Seiguelai, et le

marquis de Louvois.» Premièrement, M. de Seignelai ne mourut point la

même année 1691, mais en 1690. En second lieu, à qui Louis XIV, qui

s’exprimait toujours avec circonspection et en honnête homme, a-t-il

dit des paroles si imprudentes et si odieuses? à qui a-t-il développé

une ame si ingrate et si dure? à qui a-t-il pu dire qu’il était bien

aise d’être défait de trois hommes qui l’avaient servi avec le plus

grand zèle? Est-il permis de calomnier ainsi, sans la plus légère

preuve, sans la moindre vraisemblance, la mémoire d’un roi connu pour

avoir toujours parlé sagement? Tout lecteur sensé ne voit qu’avec

indignation ces recueils d’impostures, dont le public est surchargé;

et l’auteur des _Mémoires de Maintenon_ mériterait d’être châtié, si

le mépris dont il abuse ne le sauvait de la punition.--On a prétendu

que ce médecin Séron était mort empoisonné lui-même peu de temps

après, et qu’on l’avait entendu répéter plus d’une fois pendant son

agonie: «Je n’ai que ce que j’ai mérité.» Ces bruits sont dénués de

preuves; et si le prince qui en était l’objet eut souvent une politique

artificieuse, jamais il ne fut accusé d’aucun crime particulier. Mais

la crainte d’être empoisonné par l’ordre du roi, que La Beaumelle

attribue à Louvois, est une véritable absurdité. Louis XIV était

fatigué du caractère dur et impérieux de Louvois; et l’ascendant qu’il

avait laissé prendre à ce ministre lui était devenu insupportable.

L’indignation que les violences ordonnées par Louvois, et surtout le

deuxième incendie du Palatinat, avaient excitée en Europe contre Louis

XIV, lui avaient rendu odieux un ministre dont les conseils le fesaient

haïr. On a dit aussi que Louis XIV avait promis à Louvois, confident de

son mariage, de ne jamais reconnaître madame de Maintenon pour reine;

qu’il eut la faiblesse de vouloir oublier sa parole, et que Louvois la

lui rappela avec une fermeté et une hauteur que ni le roi ni madame de

Maintenon ne purent lui pardonner. Le chagrin et l’excès du travail

accélérèrent sa mort. K.

[132] Cette lettre est authentique, et l’auteur l’avait déjà vue en

manuscrit avant que le fils du grand Racine l’eût fait imprimer.

[133] Voyez, dans ce volume, le _Supplément au Siècle de Louis XIV_,

troisième partie. B.

[134] Voyez, tome XXI, le chapitre XII du _Précis du

Siècle de Louis XV_. B.

[135] Il est dit, dans les _Mémoires de Maintenon_, que Racine, voyant

le mauvais succès d’_Esther_ dans le public, s’écria: «Pourquoi m’y

suis-je exposé? pourquoi m’a-t-on détourné de me faire chartreux? Mille

louis le consolèrent.»

1º Il est faux qu’_Esther_ fût alors mal reçue.

2º Il est faux et impossible que Racine ait dit qu’on l’avait empêché

alors de se faire chartreux, puisque sa femme vivait. L’auteur, qui a

tout écrit au hasard et tout confondu, devait consulter les _Mémoires

sur la vie de Jean Racine_ par Louis Racine, son fils; il y aurait vu

que Jean Racine voulait se faire chartreux avant son mariage.

3º Il est faux que le roi lui eût donné alors mille louis. Cette

fausseté est encore prouvée par les mêmes Mémoires. Le roi lui fit

présent d’une charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre, en 1690,

après la représentation d’_Athalie_, à Versailles. Ces minuties

acquièrent quelque importance quand il s’agit d’un aussi grand homme

que Racine. Les fausses anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau

siècle de Louis XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et

ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal

instruits prennent ces contes pour des vérités, qu’on ne peut trop les

prémunir contre tous ces mensonges. Et si l’on dément souvent l’auteur

des _Mémoires de Maintenon_, c’est que jamais auteur n’a plus menti que

lui.

[136] Cette phrase est de 1751, et me paraît dirigée contre Crébillon.

B.

[137] Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires

que «depuis la mort de Madame ce ne fut que jeu, confusion, et

impolitesse?» On jouait beaucoup dans les voyages de Marli et de

Fontainebleau, mais jamais chez madame de Maintenon; et la cour fut

en tout temps le modèle de la plus parfaite politesse. La duchesse

d’Orléans, alors duchesse de Chartres, la princesse de Conti, madame

la Duchesse, démentaient bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet

homme, qui dans le commerce était de la plus grande indulgence, n’a

presque écrit qu’une satire. Il était mécontent du gouvernement: il

passait sa vie dans une société qui se fesait un mérite de condamner

la cour; et cette société fit d’un homme très aimable un historien

quelquefois injuste.

[138] Louis XV. Cette phrase existe dès 1751. B.

[139] Louis XIV allait à la chasse le jour qu’il avait perdu quelqu’un

de ses enfants, a dit Voltaire: voyez tome XXXVII, page 61. B.

[140] L’auteur des _Mémoires de madame de Maintenon_, tome IV, dans

un chapitre intitulé: _Mademoiselle Chouin_, dit que «Monseigneur

fut amoureux d’une de ses propres sœurs, et qu’il épousa ensuite

mademoiselle Chouin.» Ces contes populaires sont reconnus pour

faux chez tous les honnêtes gens. Il faudrait être non seulement

contemporain, mais être muni de preuves, pour avancer de telles

anecdotes. Il n’y a jamais eu le moindre indice que Monseigneur eût

épousé mademoiselle Chouin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans,

des bruits de ville si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce

n’est point écrire l’histoire, c’est compiler au hasard des scandales

pour gagner de l’argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le

front d’avancer, page 244, que madame la duchesse de Bourgogne dit au

prince son époux: «Si j’étais morte, auriez-vous fait le troisième tome

de votre famille?» Il fait parler Louis XIV, tous les princes, tous

les ministres, comme s’il les avait écoutés. On trouve peu de pages

dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges hardis qui

soulèvent tous les honnêtes gens.

[141] Le récit du marquis de Canillac ne prouve ni de près, ni de

loin, l’innocence du duc d’Orléans. L.--Ce fut pour cette note que

La Beaumelle fut mis à la Bastille: voyez ci-après ma Préface du

_Supplément_. B.

[142] Voltaire a écrit _Humbert_. Guillaume Homberg, né à Batavia, le

3 janvier 1652, mort le 24 septembre 1715, était de l’académie des

sciences, où Fontanelle a fait son _Éloge_. C’est du même Homberg que

Voltaire parle dans ses lettres à Moussinot de juin et juillet 1737. B.

[143] L’auteur de la _Vie du duc d’Orléans_ est le premier qui ait

parlé de ces soupçons atroces: c’était un jésuite nommé La Motte, le

même qui prêcha à Rouen contre ce prince pendant sa régence, et qui se

réfugia ensuite en Hollande sous le nom de La Hode. Il était instruit

de quelques faits publics. Il dit, tome I, page 112, que «le prince,

si injustement soupçonné, demanda à se constituer prisonnier;» et ce

fait est très vrai. Ce jésuite n’était pas à portée de savoir comment

M. de Canillac s’opposa à cette démarche trop injurieuse à l’innocence

du prince. Toutes les autres anecdotes qu’il rapporte sont fausses.

Reboulet, qui l’a copié, dit après lui, page 143, tome VIII, que «le

dernier enfant du duc et de la duchesse de Bourgogne fut sauvé par du

contre-poison de Venise.» Il n’y a point de contre-poison de Venise

qu’on donne ainsi au hasard. La médecine ne connaît point d’antidotes

généraux qui puissent guérir un mal dont on ne connaît point la source.

Tous les contes qu’on a répandus dans le public en ces temps malheureux

ne sont qu’un amas d’erreurs populaires.

C’est une fausseté de peu de conséquence dans le compilateur des

_Mémoires de madame de Maintenon_, de dire que «le duc du Maine fut

alors à l’agonie;» c’est une calomnie puérile de dire que «l’auteur du

_Siècle de Louis XIV_ accrédite ces bruits plus qu’il ne les détruit.»

Jamais l’histoire n’a été déshonorée par de plus absurdes mensonges que

dans ces prétendus Mémoires. L’auteur feint de les écrire en 1753. Il

s’avise d’imaginer que le duc et la duchesse de Bourgogne, et leur fils

aîné, moururent de la petite-vérole; il avance cette fausseté pour se

donner un prétexte de parler de l’inoculation qu’on a faite au mois de

mai 1756. Ainsi, dans la même page, il se trouve qu’il parle, en 1753,

de ce qui est arrivé en 1756.

La littérature a été infectée de tant de sortes d’écrits calomnieux, on

a débité en Hollande tant de faux Mémoires, tant d’impostures sur le

gouvernement et sur les citoyens, que c’est un devoir de précautionner

les lecteurs contre cette foule de libelles.

[144] La déclaration de Louis XIV est du 23 mai 1715. Elle accorde aux

princes légitimés les titre et qualité de princes du sang. Un édit de

1714 leur donnait le droit de succéder à la couronne après les princes

du sang. B.

[145] Voyez tome XXII, page 286. B.

[146] Les _Mémoires de madame de Maintenon_, tome V, page 194, disent

que Louis XIV voulut faire le duc du Maine lieutenant-général du

royaume. Il faut avoir des garants authentiques pour avancer une chose

aussi extraordinaire et aussi importante. Le duc du Maine eût été

au-dessus du duc d’Orléans: c’eût été tout bouleverser; aussi le fait

est-il faux.

[147] Cette loi fondamentale n’exista jamais. M. de Voltaire voudrait

absolument que le Français fût esclave. L.

[148] Le maréchal de Berwick dit, dans ses _Mémoires_, qu’il tient de

la reine d’Angleterre que cette princesse ayant félicité Louis XIV sur

la sagesse de son testament: «On a voulu absolument que je le fisse,

répondit-il; mais dès que je serai mort, il n’en sera ni plus ni

moins.» K.

[149] Dans les premières éditions, au lieu de cet alinéa et du suivant,

on lisait:

«Il est à croire que ces paroles n’ont pas peu contribué, trente ans

après, à cette paix que Louis XV a donnée à ses ennemis, dans laquelle

on a vu un roi victorieux rendre toutes ses conquêtes pour tenir sa

parole, rétablir tous ses alliés, et devenir l’arbitre de l’Europe par

son désintéressement plus encore que par ses victoires.»

Il est mention de cet alinéa dans la seconde partie du _Supplément au

Siècle de Louis XIV_. B.

[150] Voyez page 200. B.

[151] J’ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis.

On y buvait, on y chantait, on riait. Les sentiments des citoyens de

Paris avaient passé jusqu’à la populace. Le jésuite Le Tellier était

la principale cause de cette joie universelle. J’entendis plusieurs

spectateurs dire qu’il fallait mettre le feu aux maisons des jésuites

avec les flambeaux qui éclairaient la pompe funèbre.

[152] Dans les _Anecdotes_ imprimées en 1748: voyez tome XXXIX, page

13. B.

[153] Il est déposé à la bibliothèque du roi depuis plusieurs

années.--Cette note de Voltaire est dans l’édition de 1756.

Ce fut le 10 octobre 1749 que le maréchal de Noailles (Adrien-Maurice)

déposa à la bibliothèque du roi trois volumes in-folio, contenant les

originaux et les copies qu’il avait fait faire de divers écrits que

Louis XIV lui avait remis.

M. A.-A. Renouard y a pris la copie _littérale_ que voici du

commencement et de la fin du _Mémoire_ dont parle ici Voltaire:

«Les roys sont souuent obligés a faire des choses contre leur

inclination et qui blesse leur bon naturel ils doiuent aimer a faire

plesir et il faut quils chatie souuent et perde des gens a qui

naturellement ils ueulent du bien linterest de lestat doit marcher le

premier on doit forser son inclination et ne ce pas mettre en estat

de ce reprocher dans quelque chose dimportant quon pouuoit faire

mieux mais que quelques interest particuliers en ont empesché et ont

destourné les ueues quon deuoit auoir pour la grandeur le bien et la

puissance de lestat souuent ou il y a des androits quils font peines

il y en a de delicats quil est dificile a desmesler on a des idees

confuses tant que cela est on peut demeurer sans ce desterminer mais

desque lon cest fixé lesprit a quelquechose et quon croit uoir le

meilleur party il le faut prendre, cest ce qui ma fait réussir souuent

dans ce que jay fait...

* * * * *

«... En 1671 un ministre mourut qui auoit une charge de secretaire

destat aiant le despartement des estrangers il estoit homme capable

mais non pas sen defauts il ne laissoit pas de bien remplir ce poste

qui est tres important je fus quelque temps a penser a qui je ferois

avoir la charge et apres avoir bien examiné je trouué quun homme

qui auroit long-temps seruy dans des ambassades estoit celuy qui la

rempliroit la mieux je lenuoyé querir mon choix fut aprouvé de tout

le monde ce qui narrive pas toujours je le mis en possession de la

charge a son retour je ne le connoissois que de reputation et par

les commissions dont je l’auois chargé quil auoit bien exécutée mais

lemploy que je luy ay donné sest trouué trop grand et trop estendu pour

luy jay soufer plusieurs années de sa foiblesse de son opiniastreté et

de son inaplication il men a cousté des choses considerables je nay

pas profité de tous les auantages que je pouuois avoir et tout cela

par complaisance et bonté enfin il a falu que je luy ordonnase de se

retirer parceque tout ce qui passoit par luy perdoit de la grandeur et

de la force quon doit auoir en executant les ordres dun roy de france

qui naist pas malheureux si jauois pris le party de lesloigner plustost

jaurois esuité les inconueniens qui me sont arriués et je ne me

reprocherois pas que ma complaisance pour luy a pu nuire a lestat jay

fait ce destail pour faire uoir une exemple de ce que jay dit cydeuant.»

Ces fragments prouvent que Louis XIV ne savait pas l’orthographe.

Voltaire, son éditeur, en la mettant dans ce qu’il imprimait, a fait,

pour Louis XIV, ce que les éditeurs de Voltaire ont fait depuis

quelquefois pour lui-même. B.

[154] M. Renouard a remarqué le premier que le manuscrit et la copie

portent _délicieux_ au lieu de _flatteur_. B.

[155] L’abbé Castel de Saint-Pierre, connu par plusieurs ouvrages

singuliers, dans lesquels on trouve beaucoup de vues philosophiques

et très peu de praticables, a laissé des _Annales politiques_ depuis

1658 jusqu’à 1739. Il condamne sévèrement en plusieurs endroits

l’administration de Louis XIV. Il ne veut pas surtout qu’on l’appelle

Louis-le-Grand. Si _grand_ signifie _parfait_, il est sûr que ce titre

ne lui convient pas; mais par ces Mémoires écrits de la main de ce

monarque, il paraît qu’il avait d’aussi bons principes de gouvernement,

pour le moins, que l’abbé de Saint-Pierre. Ces Mémoires de l’abbé de

Saint-Pierre n’ont rien de curieux que la bonne foi grossière avec

laquelle cet homme se croit fait pour gouverner.--Cette note est de

1756. Les _Annales_ de l’abbé de Saint-Pierre n’ont été imprimées qu’en

1758. B.

[156] M. de Pomponne.

[157] Sur trente-trois articles que contenaient ces instructions,

Voltaire en rapporte vingt-sept. Il avait omis les six premiers que

voici:

1

Œuvres de Voltaire Tome XX: Siècle de Louis XIV.—Tome II · 第 56 / 59 题