SIMON CAZAL.

Nîmes.

Omnibus pour ne pas dire charrette, le train qui nous conduit à Nimes,

avec un interminable arrêt de deux heures à Tarascon. Une apathie

s'est abattue sur nous durant le trajet de Marseille à Tarascon, et

nul de nous ne songe à refaire le pèlerinage à la Tarasque qui nous

amusa si fort quand nous arrivions des neiges de Grenoble et de Lyon.

Quelques photographies représentant le monstre et étalées à la

librairie des chemins de fer évoquent suffisamment à nos mémoires la

visite hâtive que nous lui fîmes.

Le buffet nous distrait une heure durant, nous passons l'autre heure

dans les wagons qu'une locomotive, sous prétexte de manœuvres,

promène indolemment sur le pont du Rhône, ce qui nous permet d'avoir

sous les yeux le double panorama de Beaucaire et de Tarascon, les

deux cités rivales qui, vues d'ensemble, donnent l'impression de deux

vieilles villes démantelées qui seraient veuves d'habitants. Le

château fort de Tarascon, construit à pic sur la rive gauche du Rhône

ne laisse pas que d'avoir une assez belle allure moyennageuse et sans

grands efforts d'imagination, on se le représente soutenant l'assaut

forcené des catapultes, tandis que par ses créneaux les assiégés

feraient pleuvoir l'huile et la poix bouillante, et aussi les

quartiers de rocs arrachés aux proches Alpines.

Nous entrons dans Nîmes la romaine, dont la gare puissamment

construite semble comme un défi jeté par nos modernes architectes aux

constructions romaines dont la ville est si pourvue. N'attendez pas un

mot de moi sur les Arènes où sur la maison Carrée que tout le monde

sait par cœur, et pour lesquelles l'admiration sans phrases me paraît

plus éloquente que tout effort descriptif. Je les connaissais, je les

ai revues; j'ai compris mon exiguïté et voilà.

Foule compacte à l'Eden, pour nous entendre! Salis très fatigué me

prie de le suppléer dans l'_Epopée_, ce que je fais sans enthousiasme

et sans chaleur. Fort heureusement les décors parlent d'eux-mêmes, et

n'ont que faire de ma voix d'ailleurs inapte aux commandements

militaires. Je me rattrape dans _Phryné_, le délicieux poème de

Maurice Donnay dont les journaux nous viennent d'apprendre un nouveau

triomphe, à savoir l'éclatant succès de _La Douloureuse_, au

vaudeville. Heureux Donnay, quel exemple tu donnes à tes cadets du

Chat Noir et aussi, pour tout dire, à tes aînés.

Notre camarade Bonnaud a reçu du public Nîmois un chaleureux accueil

en interprétant sa très spirituelle chanson sur _le mariage du Sar

Péladan_, lequel est Nîmois, comme il n'est permis à personne de

l'ignorer. Je la transcris pour vous mettre en lyesse:

Le Roman Comique du Chat Noir · 第 38 / 69 题